09/01/2026 ssofidelis.substack.com  10min #301386

Supériorité aérienne vs guerre : l'Iran et les États-Unis au compte à rebours en Asie occidentale

Illustration © The Cradle

Par  Abutalib Albohaya, le 9 janvier 2026

Alors que les médias continuent de papillonner sur des sujets éphémères, les radars militaires brossent un tableau très différent de l'Asie occidentale, qui annonce une collision imminente, tant aérienne que maritime.

En y regardant de plus près, on découvre l'un des théâtres de guerre les plus complexes de l'ère moderne. Le "pont aérien" américain, qui afflue depuis l'ouest, se heurte désormais à un "bouclier aérien" iranien pleinement opérationnel, qui verrouille le nord et le centre du pays.

Les serres de l'aigle et les remparts de Téhéran

La montée des tensions la plus significative de la part de Washington a été le déploiement discret de  F-15E Strike Eagles équipés du système Eagle Passive Active Warning and Survivability System ( EPAWSS). Ce système transforme le chasseur en un fantôme électronique conçu pour aveugler les S-300 de fabrication russe qui constituent la colonne vertébrale du réseau de défense aérienne de Téhéran.

L'EPAWSS marque une avancée notable dans le domaine de la guerre électronique. Il a été conçu pour neutraliser le réseau de défense aérienne récemment intégré de l'Iran, dont les dernières couches ont été déployées au-dessus de Karaj et Tabriz ces derniers mois. Grâce à cet outil, le Commandement central américain (CENTCOM) peut désormais opérer en profondeur dans l'espace aérien iranien sans déclencher de détection précoce.

Mais Téhéran n'est pas pris au dépourvu. Grâce à de récentes notifications aux missions aériennes ( NOTAM), la République islamique a pris des mesures drastiques pour fermer sa frontière nord. L'activation du front de Tabriz comble le vide laissé par le Caucase, tandis que le statut de "tir libre" accordé à la  base aérienne de Nojeh, à Hamedan, assure sa capacité de contre-attaque. Autrefois occupée par des bombardiers Phantom alliés aux États-Unis, Nojeh est désormais le principal pôle offensif de l'Iran, prêt à lancer des frappes de représailles longue portée.

Ravitaillement en vol, silence radio

Au-dessus de la Jordanie et de l'Arabie saoudite, des avions ravitailleurs en vol, des KC-135R et des KC-2 Voyager, ont été repérés en train d'effectuer des boucles serrées. Loin d'être de simples unités de soutien, ces avions ravitailleurs jouent le rôle de poumons artificiels, permettant aux avions de chasse américains de rester en vol et prêts au combat 24 heures sur 24.

La réponse de l'Iran est typiquement asymétrique, mais précise. Dans les deux principaux aéroports de Téhéran, Mehrabad et Imam Khomeini, une alerte "à déclenchement instantané" est en place. Les restrictions de vitesse et d'altitude ont libéré le ciel du trafic civil, offrant aux radars toute la bande passante nécessaire pour détecter les cibles furtives en approche depuis la frontière.

Le 8 janvier, à l'aube, Téhéran est passé de la protection de son espace aérien extérieur au verrouillage de son espace aérien intérieur, signalant ainsi des préparatifs de guerre imminents. La formation de ce que les analystes militaires décrivent comme "un dernier rempart" est désormais en cours.

Le dernier bastion : l'Iran verrouille son espace aérien

La ville sainte de Mashhad et l'est du pays constituent en effet la pierre angulaire de la défense interne de l'Iran. En activant les systèmes de défense aérienne au-dessus de Mashhad et de la base aérienne de Nasir, Téhéran sécurise ainsi sa capitale alternative et son bastion spirituel et politique. Cette disposition garantit la continuité du gouvernement, même en cas de frappes décapitantes sur la capitale.

Yazd et Kerman sont entrées dans l'équation de la défense aérienne non pas comme des mesures symboliques, mais comme des poumons antimissiles. Ces provinces centrales abritent en effet des stocks de missiles balistiques profondément enfouis au cœur de chaînes de montagnes, constituant ainsi la réserve stratégique de Téhéran et assurant à la République islamique une capacité de riposte, même en cas de neutralisation de ses bases avancées.

L'île de Kish, au sud, devient l'œil vigilant de la République. Des défenses aériennes renforcées protègent désormais les installations radar qui surveillent les mouvements de la cinquième flotte américaine. Kish fonctionne très efficacement comme une tour de contrôle avancée, donnant à l'Iran un avertissement précoce vital quelques minutes avant tout lancement provenant de la région.

Au nord, le corridor caspien est désormais opérationnel. Des alertes aériennes sécurisent la chaîne d'approvisionnement militaire de Téhéran avec la Russie au-dessus de Rasht et de Bandar Anzali. Bandar Anzali, quartier général de la flotte du nord, s'est transformé en un centre logistique et militaire, permettant de s'adapter à des scénarios où le  détroit d'Ormuz serait bloqué, faisant de la mer Caspienne la seule porte d'entrée sécurisée de Téhéran.

Les défenses nord de Téhéran ont été renforcées par une couverture radar étendue vers l'Azerbaïdjan et l'Arménie, notamment grâce au déploiement d'un système avancé à longue portée dans la  province de Gilan, qui s'étend désormais loin dans l'espace aérien nord.

Les responsables iraniens ont à plusieurs reprises tiré la sonnette d'alarme sur la vulnérabilité de cet axe, allant même jusqu'à  inciter publiquement Bakou à enquêter sur l'utilisation éventuelle de l'espace aérien azerbaïdjanais par des drones étrangers lors de frappes passées, une affirmation démentie par les autorités azerbaïdjanaises.

Enfin, la base aérienne de Dasht-e-Naz, à Sari, a été militarisée pour servir de base de repli.

Nichée derrière les montagnes d'Alborz, cette forteresse naturelle a été équipée pour accueillir des opérations logistiques et de commandement aérien au cas où les pistes de Téhéran seraient compromises.

McFaul attend en mer, Warthog tourne en rond sur terre

Pendant ce temps, les F-15E se préparent à mener des missions de frappe en profondeur, tandis que les avions  A-10 Thunderbolt II, surnommés "Warthog" [phacochère], sont chargés de protéger les bases avancées américaines contre les attaques de drones en essaim. Ces avions fournissent une puissance de frappe et des capacités antichars à la posture avancée du CENTCOM.

Simultanément, l' USS McFaul, un destroyer lance-missiles équipé du système de combat Aegis, est désormais ancré dans le dispositif de la cinquième flotte américaine. Sa mission est claire : intercepter tout tir de missile de représailles depuis Hamedan et absorber la riposte maritime de l'Iran avant qu'elle n'atteigne sa cible.

Guerre des spectres, de la logique et de l'illusion

Une guerre silencieuse est déjà en cours, façonnée par des capteurs, des signatures radar et des manœuvres furtives de systèmes de guerre électronique.

Si le brouillage traditionnel perturbe les signaux radar, l'EPAWSS va plus loin. Il capture les émissions radar, puis les renvoie, déformées et retardées, à l'aide d'une mémoire radiofréquence numérique (DRFM). Des cibles fantômes apparaissent alors sur les écrans radar iraniens, incitant les opérateurs à gaspiller leurs missiles et à révéler leurs postes de tir.

Les systèmes iraniens déployés à Hamedan dépendent du suivi actif, diffusant de puissants signaux radar pour détecter les menaces aériennes. Les avions américains fonctionnent différemment : leurs capteurs passifs écoutent ces signaux sans trahir leur propre présence. Dès que Nojeh active ses radars en conditions de tir libre, il apparaît sur les écrans des F-15E et du McFaul situés à proximité.

Stratégiquement, l'Iran mise sur la densité de ses radars. Un vaste réseau de détection s'étend de Tabriz à Téhéran et Hamedan, assurant que si un radar est neutralisé, un autre prendra le relais. Le CENTCOM contrecarre cette stratégie grâce à sa suprématie numérique : l'EPAWSS offre une  protection à spectre complet et une connaissance de la situation sur tous les axes, transformant le ciel en un champ de bataille de sixième génération.

Fin de partie : tous les préparatifs sont désormais terminés

Ce qui se passe actuellement reflète la course effrénée de Washington pour rétablir sa force de dissuasion, après avoir échoué à éviter une riposte régionale au génocide de Gaza. Bien que l'Axe de la Résistance ait subi des revers importants, comme le repositionnement militaire du Hezbollah sous la pression israélienne ou l'intensification des frappes américaines sur les fronts irakien et yéménite, il reste  politiquement et opérationnellement pertinent.

Ses composantes continuent d'agir de manière coordonnée à des moments clés, testant les seuils de tolérance des États-Unis et d'Israël. Bien qu'il ne soit pas coordonné de manière centralisée, l'Axe montre des signes de synchronisation et de logique de représailles dans ses réponses à la pression croissante.

L'afflux d'avions de transport C-17 vers les  bases jordaniennes d'Azraq et  qatarie d'Al-Udeid a permis de mettre en place les dernières pièces du dispositif militaire de Washington. Avec des capacités avancées de guerre électronique et de recherche et sauvetage au combat désormais intégrées en Jordanie et à Chypre, l'infrastructure nécessaire aux campagnes aériennes est en place.

Côté Téhéran, Tabriz et Hamedan s'imposent comme les deux rampes de lancement pour une riposte stratégique.

L'arrivée du McFaul, les mouvements serrés des pétroliers dans le golfe Persique et le verrouillage de l'espace aérien sur les flancs de l'Iran indiquent tous la même chose : l'ère des feintes et des postures dissuasives est révolue. Les préparatifs de combat sont en cours.

Entre incursion chirurgicale et équilibre durable de la menace

Deux scénarios planent désormais sur la région.

Le premier est une incursion chirurgicale silencieuse. Washington pourrait tenter des violations électroniques ciblées du réseau radar iranien, notamment au-dessus de Karaj et d'Hamedan, afin de mesurer la réactivité de Téhéran. Mais même une sonde limitée pourrait provoquer une escalade immédiate si le commandement iranien la considère comme une violation de ses lignes rouges.

Le second est un équilibre soutenu de la menace. Selon ce scénario, les deux parties absorbent le coût d'une nouvelle escalade et s'engagent dans une impasse anxiogène. Avec le McFaul en position d'interception et les missiles iraniens intacts, chacun a conscience du danger d'une erreur de calcul.

Le ciel de l'Asie occidentale pourrait être agité pendant des semaines, avec le bourdonnement des capteurs, la tension des radars verrouillés et le compte à rebours de la durée de vie des batteries.

D'Akrotiri à Nourjah, du canal de Suez au détroit d'Ormuz, le théâtre des opérations aériennes est désormais opérationnel. La suprématie aérienne n'est plus acquise. La prochaine frappe testera les limites de la portée américaine dans une région qui ne se laisse plus impressionner.

Traduit par  Spirit of Free Speech

 thecradle.co

 ssofidelis.substack.com