10/01/2026 ssofidelis.substack.com  7min #301466

 Groenland : la nomination d'un émissaire américain provoque la colère de Copenhague

Une société minière revendique l'exploitation des terres rares au Groenland via un cabinet de lobbying lié à Trump

Par  Nate Bear, le 9 janvier 2026

La société qui poursuit le Groenland devant les tribunaux pour obtenir le droit d'exploiter des minéraux rares, a engagé un cabinet de lobbying étroitement lié à l'administration Trump, accroissant ainsi la menace d'une action américaine contre le territoire.

Energy Transition Minerals a  a annoncé hier avoir engagé Ballard Partners, un cabinet de lobbying dirigé par Brian Ballard,  grand donateur et collecteur de fonds pour Trump, afin de faire valoir ses revendications sur le territoire. Pam Bondi, procureure générale, et Susie Wiles, cheffe de cabinet de Trump, ont toutes deux été nommées directement par Trump après avoir travaillé chez Ballard Partners.

Cette information, qui n'a jamais été rapportée auparavant, survient alors que la Maison Blanche durcit son discours sur le Groenland, déclarant cette semaine qu'elle  explore toutes les options pour prendre le contrôle du territoire, y compris une invasion militaire.

Energy Transition Minerals, une société minière australienne, a obtenu il y a près de vingt ans une licence pour explorer le gisement de Kvanefjeld, qui contient plus de 11 millions de tonnes de minéraux de terres rares, dont de grandes quantités d'uranium. Kvanefjeld est le plus grand gisement de thorium, le deuxième plus grand gisement d'uranium et le troisième plus grand gisement de terres rares au monde.

Dans un monde avide de nouvelles sources d'énergie, l'importance de Kvanefjeld est indéniable.

Victoire des autochtones

En 2021, après sa victoire aux élections nationales où l'avenir de Kvanefjeld était au cœur des débats, le parti autochtone Inuit Ataqatigiit a  interdit à Energy Transition Materials d'exploiter le site. Cette décision était une promesse de campagne et une victoire pour les militants et la coalition d'éleveurs de moutons, de pêcheurs et d'autochtones qui soutiennent que la pollution radioactive provenant de la mine détruirait leurs moyens de subsistance.

Pour ETM, c'était aller trop loin dans la démocratie. L'année suivante, la société a poursuivi le Groenland en justice en vertu de  lois néolibérales antidémocratiques sur les  "différends entre investisseurs et États", affirmant que cette décision lui a illégalement retiré les droits accordés au milieu des années 2000. La société, qui a accusé récemment le Groenland de retarder la procédure d'arbitrage, réclame une indemnisation de 11,5 milliards de dollars, soit plus de quatre fois le PIB du Groenland. Écho inquiétant aux accusations américaines selon lesquelles le Venezuela aurait "volé" des actifs américains en nationalisant ses champs pétrolifères, Energy Transition Minerals affirme que ses actifs ont été "expropriés" quand le Groenland a bloqué l'exploitation minière à Kvanefjeld.

De son côté, la société Ballard Partners, basée en Floride, qui n'avait même pas de bureau à Washington DC avant le premier mandat de Trump, a su tirer profit de ses relations avec l'ancien président et de la corruption de son administration pour devenir  le plus grand cabinet de lobbying aux États-Unis.  Ses clients comptent désormais des piliers de la sécurité nationale américaine, tels que Palantir, Boeing, Amazon et Meta. Ballard représente également le constructeur de prisons privées GEO Group, qui fournit des installations à l'ICE, ainsi que le Qatar, pour lequel  Pam Bondi était un agent étranger enregistré.

La décision d'ETM de faire appel à Ballard Partners, dont le rôle consistera,  selon la société, à fournir des conseils sur les questions de politique publique et de réglementation qui façonnent la chaîne d'approvisionnement mondiale en terres rares, suscite de vives inquiétudes au Groenland, au Danemark et dans le reste du monde.

D'après mes investigations, ETM ne s'intéressait guère à la politique américaine jusqu'à récemment. Basée à Sydney, cette société ne compte aucun dirigeant américain et n'entretient aucune relation avec des agences américaines spécialisées dans le droit, les affaires publiques ou les relations publiques. Pourtant, à l'instar de Donald Trump, ETM entretient des relations conflictuelles avec le gouvernement groenlandais et tient les mêmes propos sur le Groenland et les terres rares que Trump sur le Venezuela et son pétrole. Sa rhétorique et ses intérêts matériels sont alignés sur ceux de Donald Trump. Et désormais, ETM dispose d'une ligne directe avec le Bureau ovale.

Le danger pour le Groenland est donc bien réel et croissant.

Katie Miller, ex-porte-parole du département DOGE d'Elon Musk et épouse de Stephen Miller, conseiller néonazi de Trump, a tweeté la semaine dernière que les États-Unis vont bientôt annexer le Groenland.

Dans une  interview accordée hier au  New York Times, Trump a réaffirmé son intention de posséder le Groenland, estimant que les accords et baux en vigueur sont inadéquats.

Les États-Unis sont très certainement en train de se servir du cas d'ETM pour exercer une pression maximale sur les dirigeants autochtones du Groenland, sous la menace d'une intervention militaire. La collaboration entre ETM et Ballard signifie également qu'ETM aura une ligne directe avec la Maison Blanche et que l'administration Trump disposera d'alliés sur le terrain au Groenland, capables d'intimider, de harceler et de rapporter l'information.

Le moment choisi par ETM pour embaucher Ballard est également extrêmement opportun pour la procureure générale Pam Bondi. Bondi,  qui a gagné des millions de dollars au cours de ses sept années au sein du cabinet, a signé un accord éthique l'empêchant de participer à toute affaire impliquant Ballard Partners ou l'une de ses parties représentées. Cet accord  expire au début du mois prochain. Bondi pourrait donc jouer un rôle clé dans le procès d'ETM et dans les démarches des États-Unis pour annexer le Groenland, en assurant la liaison entre son ancien et son actuel patron.

Autre signe inquiétant :  ETM a engagé le même cabinet de conseil que celui utilisé par Trump l'année dernière pour lever 2,5 milliards de dollars pour son site web Truth Social. ETM affirme avoir engagé Cohen & Company Capital Markets pour l'aider à se préparer à une éventuelle cotation au Nasdaq, ce qui est pour le moins surprenant, car ETM n'a jamais exploité une seule mine. La société dispose depuis des années du capital de ses actionnaires, mais elle est incapable de mettre en œuvre son projet d'activité principal. Une société essentiellement inactive et empêtrée dans une coûteuse bataille juridique cherche donc à s'introduire en bourse aux États-Unis, une démarche assez peu logique. À moins, bien sûr, qu'elle n'ait glané des informations grâce à ses relations au sein de l'administration Trump, qui l'encourageraient à envisager la mise en œuvre prochaine de son projet d'activité principal.

Le cas d'ETM, du Groenland et de Trump témoigne de la convergence de plusieurs facteurs à un moment précis de l'histoire.

Un multiplicateur de force agit sur un autre multiplicateur de force, comme indiqué dans  mon dernier article.

L'État voyou s'apprête à commettre une nouvelle violation flagrante du droit international.

Une fois encore, le vol des ressources d'une population autochtone paraît inévitable, grâce aux lois néolibérales capitalistes autorisant les entreprises à piétiner la démocratie.

Il faut s'y opposer.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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