• Quelques mots sur le Groenland puisqu'il se trouve en succession directe du Venezuela, pendant que Poutine s'essaye aux 'Orechnik'. • Exemple de l'expansionnisme défensif de Trump, toujours dans sa manière assez leste.
Il est très difficile pour nous de faire un commentaire sur le projet trumpiste d'"annexion" du Groenland, par la force ou par le dollar, ou bien encore par la trouille des pays européens, - au choix. Le projet est à la fois si évident et si vain dans sa présentation superficielle, parce que le Groenland est nécessairement un lieu immense et très privilégié pour la défense des États-Unis, et qu'il est de toutes les façons utilisé comme tel depuis les années 1949-1952 avec ce qui fut l'immense base de Thulé Air Force Base (rebaptisée Pituffik Space Base en 2023). Au paroxysme de la Guerre Froide, quand Thulé était un relais fondamental pour la défense aérienne du continent (NORAD pour North American Aerospace Defense) et pour l'aviation stratégique (SAC pour Strategic Air Command), la base abritait 10 000 hommes de diverses armes et unités (300 aujourd'hui où la base est transformée en une énorme station avancée de repérage et de communication avec les relais spatiaux, d'où sa dépendance du United States Space Command, la présence humaine étant limitée à la gestion des équipements et matériels électroniques).
Les intentions de Trump sont très mal perçues dans les forces armées où l'on juge que, si nécessaire, Pituffik peut être renforcée à son niveau des années 1950, pour d'autres missions mieux adaptées aux actuelles "menaces", et que d'autres bases peuvent être installées grâce à un Danemark bienveillant si on ne le dépouille pas de son immense plateau de glace. Un incident significatif a marqué la base, en avril dernier, lorsque J.D. Vance y a effectué une visite. La colonelle Susannah Meyers, qui commandait la base, a été relevée de son commandement après avoir envoyé à tous ses subordonnés le message suivant par e-mail :
« J'ai passé le week-end à réfléchir à la visite de vendredi [du vice-président Vance] : aux actions entreprises, aux paroles prononcées et à l'impact que cela a dû avoir sur chacun d'entre vous. Je ne prétends pas comprendre la politique actuelle, mais je sais que les préoccupations de l'administration américaine évoquées par le vice-président Vance vendredi ne reflètent pas celles de la base spatiale Pituffik. Je m'engage à ce que, aussi longtemps que j'aurai la chance de diriger cette base, nos deux drapeaux [Danemark et USA] flotteront fièrement, ensemble. »
De façon assez significative, la même expression a été choisie par ' Wikipédia' et Andrew Korybko (dans le texte ci-dessous) pour caractériser, l'un la base de Thulé-Pituffik, l'autre le Groenland dans son entièreté : le "joyau de la Couronne". Cela devrait indirectement nous signifier que l'essentiel de la puissance US déployable par les USA dans cet avant-poste peut se contenter d'une Thulé-Pituffik renforcée à d'autres fonctions que la surveillance spatiale et d'autres bases satellites, voire de bases supplémentaires qu'il serait aisé d'acquérir.
La différence se trouve bien entendu dans ceci que Thulé fut confiée aux USA à la formation de l'OTAN et seulement pour la durée de l'organisation. Cela implique que, par l'annexion du Groenland, les USA se débarrassent pour garder cette position stratégique vitale de la nécessité de se trouver dans l'OTAN. Le parti des "Otaniens" au Pentagone (dont la colonelle Meyers, qui glorifie la présence du drapeau danois dans la base, le drapeau US étant présent toujours en retrait, dans les seuls domaines opérationnels de la base) voit donc dans la politique trumpiste, aussi bien, une avancée politique vers un retrait éventuel des USA de l'OTAN.
Ils n'ont pas tort, les "Otaniens". Malgré tous les arguments déployés par les stratèges, et qui sont largement satisfaits par la présence actuelle des bases US qui furent un bastion de la défense aérienne du continent donc de la 'Fortress America', la politique de Trump est d'abord, justement, une politique uniquement du type 'America First' et 'Fortress America'. Cette politique est réalisée comme le reste depuis quelques mois, sans souci des règles, des alliances, du sens des actes et tout ce genre de choses barbares et sans vergogne. Pour cette raison, on commence à prendre au sérieux le projet de Trump qui n'est autre que d'une sorte de pur "expansionnisme défensif" (catégorie assez rare et spécifiquement trumpiste), avec la réalisation qu'on se dirige vers la possibilité d'un affrontement intéressant si les Européens consentent à ne pas baisser leurs culottes avant même le départ de la course.
On lit ci-dessous le texte de Andrew Korybko sur le 'joyau de la Couronne'. Il est à noter que Korybko, pourtant très modéré sur les matières stratégiques, tout comme Timofey Bordachev, témoignent d'une tendance russe "comprendre" les ambitions expansionnistes défensives de Trump, que les Russes eux-mêmes comprennent de mieux en mieux avec l'affaire ukrainienne.