19/01/2026 mondialisation.ca  8min #302292

Le régime infernal

Par  Philip Giraldi

À en juger par les sondages d'opinion, le public américain s'avère de plus en plus exaspéré par le comportement erratique du président Donald J. Trump et de son staff de conseillers peu recommandables. La semaine dernière, il a rencontré le ministre danois des Affaires étrangères ainsi que son homologue de l'Assemblée législative du Groenland. La réunion n'a pas permis de résoudre la controverse autour des prétentions "inacceptables" de Trump, qui exige que les États-Unis acquièrent le Groenland, "en l'achetant" si nécessaire, afin de préserver leur sécurité nationale contre une éventuelle invasion par des navires russes et chinois qui, selon lui, infesteraient déjà les eaux arctiques au nord. Pour appuyer son propos, Trump  a maintenant annoncé son intention de sanctionner par des droits de douane tous les pays qui ne partagent pas son point de vue sur le Groenland, risquant ainsi l'isolement international de Washington.

Plusieurs pays européens ont déjà déployé des troupes au Groenland pour montrer à Trump que ce territoire, sous souveraineté danoise, relève de l'OTAN. Par ailleurs, un certain nombre de membres du Congrès américain, principalement des Démocrates, se trouvent actuellement en Europe  pour faire clairement comprendre à Trump qu'il a une fois de plus perdu la tête. Des législateurs démocrates et républicains ont également présenté un projet de loi destiné à empêcher Trump de s'emparer du Groenland par la force, même si un projet de loi similaire pour bloquer toute intervention militaire contre le Venezuela a échoué la semaine dernière. Ironie du sort, le Groenland abrite déjà "Pituffik", une  base américaine de l'OTAN. Si Trump avait recours à la force pour s'emparer du Groenland, ce serait non seulement fatal pour l'OTAN, mais ce serait surtout la preuve que les États-Unis sont complètement hors de contrôle, comme leur "plus proche allié et meilleur ami", Israël.

L'invasion récente du Venezuela, et le kidnapping du président du pays, a coûté la vie à plus de 100 Vénézuéliens et Cubains. Elle est l'aboutissement d'une série de meurtres de pêcheurs vénézuéliens innocents, perpétrés sans la moindre preuve de culpabilité, dans les eaux internationales, ainsi que de la saisie de pétroliers battant pavillon vénézuélien, voire russe, dans les Caraïbes et l'océan Atlantique. Ces opérations illégales ont logiquement mené à la parodie qui s'est déroulée à Caracas, lorsque les "valeureux"combattants de la Delta Force de Trump ont kidnappé Nicolas Maduro et son épouse pour les transférer à Manhattan South, un des tribunaux favoris du gouvernement fédéral en raison de ses taux de condamnation quasi systématiques. Le juge présidant le procès n'est autre qu'un juif orthodoxe de 92 ans, un atout indéniable tant qu'il reste éveillé pendant les plaidoiries, car Maduro a été décrit par les suspects habituels comme un ennemi d'Israël, un partisan du Hamas et du Hezbollah, considérés comme des groupes terroristes par l'État juif et les États-Unis, ainsi qu'un ami de l'Iran. C'est l'Iran qui aurait armé le Venezuela de drones et de missiles censés pouvoir frapper les États-Unis, une autre fiction "inquiétante" bien pratique pour justifier l'opération de pillage du pétrole et autres ressources nationales du pays.

L'assaut militaire contre le palais présidentiel de Caracas n'a pas renversé le régime vénézuélien, et la vice-présidente du pays, Delcy Rodríguez, a rapidement pris les rênes du gouvernement en place. Fidèle à lui-même, Donald Trump s'est néanmoins proclamé président du pays et affirme que les États-Unis le "dirigeront" pendant la phase de transition imposée par l'Oncle Sam. La "gestion" semble clairement axée, dans un premier temps, sur l'exploitation et la vente du pétrole vénézuélien, même si le montant de la première tranche des bénéfices de l'entreprise, soit 500 millions de dollars, qui ont été commodément déposés sur un compte "offshore" au Qatar, a quelque peu surpris.  On prétend que cet argent a été déposé là pour bloquer toute velléité de créanciers de le réclamer, afin qu'il puisse être versé au Venezuela une fois la phase de transition achevée. C'est du moins ce que l'on pourrait qualifier d'écran de fumée. Mais qui va contrôler et avoir accès à ce compte ? La question reste entière, avec un Trump aux commandes, se proclamant président du pays.

Trump a également reçu un cadeau quelque peu inattendu après l'enlèvement de Maduro. Il a rencontré jeudi à la Maison Blanche Maria Corina Machado, leader de l'opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, que Trump a ouvertement convoité malgré les guerres qu'il a déclenchées et poursuivies l'année dernière. Machado avait judicieusement ramené sa médaille du Nobel de la paix, qu'elle a remise au président en le remerciant pour  pour le travail extraordinaire accompli "en faveur de la paix mondiale". En échange, elle a reçu un "sac cadeau de la Maison Blanche à l'effigie de Trump". Trump a accepté le présent et l'a remerciée, même si le comité du prix Nobel a déclaré que celui-ci n'est pas cessible. On pourrait se dire qu'un fonctionnaire public honnête et courtois aurait refusé un tel cadeau, mais Trump, ce grand homme guidé par l'éthique et l'intelligence, n'a rien fait de tel, et la médaille restera donc à la Maison Blanche jusqu'à ce que l'homme orange la rapatrie chez lui, à Mar-a-Lago.

La semaine dernière, Trump a également été impliqué dans une crise majeure liée à sa guerre contre l'Iran, qui devait débuter après une réunion du cabinet, mercredi. Mais celle-ci a été annulée, ou plutôt reportée. Il a été informé par son cabinet, vraisemblablement par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le secrétaire d'État Marco Rubio, le conseiller à la sécurité nationale et le vice-président JD Vance, que les États-Unis ne sont pas encore prêts à attaquer l'Iran, qui se prépare depuis des mois à une telle éventualité. Ils ont laissé entendre que la concentration des effectifs américains dans la région est insuffisante pour mener une attaque dévastatrice capable de vaincre les défenses iraniennes et de provoquer un changement de régime à Téhéran. Selon certains rapports israéliens, Trump aurait également reçu un appel de son mentor, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui l'aurait informé que l'armée israélienne a besoin de plus de temps pour se préparer à la riposte dévastatrice de l'Iran en cas d'attaque conjointe des États-Unis et de l'État hébreu.

Il y a quelques semaines, Trump a justifié son intention d'attaquer l'Iran pour "protéger" les manifestants iraniens, alors que les manifestations étaient initialement largement pacifiques et que les protestataires étaient principalement préoccupés par l'effondrement de l'économie du pays, principalement causé par les sanctions imposées par les États-Unis. Les manifestations ont dégénéré en violence lorsque des infiltrés armés, sous le contrôle du Mossad israélien et des services du renseignement américains, présents en Iran depuis de nombreuses années et opérant au sein de minorités ethniques et de groupes radicaux tels que  Mojahedin e-Khalq (MEK), se sont joints aux manifestants pour semer le chaos. Selon certaines sources, les services du renseignement iranien auraient décrypté les codes de communication des infiltrés et réussi à identifier et neutraliser ces faux manifestants, permettant ainsi au gouvernement de rétablir le contrôle de la situation. Les manifestations actuelles indiquent d'ailleurs un soutien au régime.

Toutefois, les États-Unis et Israël ont clairement l'intention de renverser le régime iranien par la force dès qu'ils estimeront avoir l'avantage sur le plan militaire. Les États-Unis sont d'ailleurs  en train d'accroître leur présence militaire dans la région, notamment avec le porte-avions USS Abraham Lincoln et plusieurs navires de guerre de son groupe d'attaque qui font actuellement route vers le Moyen-Orient depuis la mer de Chine méridionale, soit un déplacement d'environ une semaine. Ils enverront également davantage de bombardiers, de chasseurs, d'avions ravitailleurs et de systèmes de défense aérienne. Cependant, la guerre reste une entreprise risquée. Et, bien que Washington semble ignorer ses implications, le véritable danger pourrait provenir de la politique israélienne dite "Option Samson",consistant à recourir à ses armes nucléaires "secrètes" si le pays estime être menacé par ses ennemis, ou en l'occurrence, par un pays qui se contente de se défendre. La troisième guerre mondiale, ça vous branche ? Par avance, grand merci, cher M. Trump !

Philip Giraldi

Article original en anglais : The Government from Hell [Le gouvernement venu de l'enfer], The Unz Review, le 17 janvier 2026.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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Philip M. Giraldi, Ph.D., est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative qui milite en faveur d'une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur l'intérêt national.. Son site web est  councilforthenationalinterest.org, et son adresse électronique est  email protected

Il est associé du CRM (Centre de recherche sur la Mondialisation)

La source originale de cet article est  The Unz Review

Copyright ©  Philip Giraldi,  The Unz Review, 2026

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