20/01/2026 legrandsoir.info  7min #302353

Le Macron kaki, un homme de guère

Jacques-Marie BOURGET

En écoutant les propos ahurissants d'Emmanuel Macron, lors de ses voeux adressés aux Armées, on tremble. Impossible de se coucher sans avant regarder si un agent de Poutine ou Poutine lui-même n'est pas caché sous votre lit prêt à vous égorger. Il est surprenant que ce délire présidentiel n'ait pas provoqué des hurlements de protestation, non seulement de la part des "pacifistes", mais simplement de citoyens non encore touchés par cette contagion guerrière.

« La première victime de la guerre c'est la vérité ». C'est très pédant de citer Eschyle -le tragédien grec vieux de cinq siècles avant Jésus-Christ- en commençant cet article dont l'objet est de parler de l'air du temps. Mais aucune plume n'a écrit mieux depuis. Et si j'évoque le son des canons, alors que vous l'ignorez peut-être, c'est que nous sommes en guerre. C'est ce que j'ai cru comprendre en écoutant Emmanuel Macron présenter ses vœux à l'Armée française. Dans les accents du président j'ai entendu une mélodie de la trompette de Déroulède, ce forcené du XIXe siècle, prêt à déclencher une bataille par jour et à envoyer tous les hommes mourir au front, sauf lui. Donc Macron veut, très vite, plus de chars, d'avions de canons de drones et autres ferrailles mortelles parce que, a-t-il répété, la guerre n'attends pas : elle marche déjà aux pas de nos portes. D'ailleurs le président anticipe, montre l'exemple en expédiant 15 chasseurs alpins tricolores occuper les défenses d'un Groenland, que Trump entend dévorer. Tremblez carcasses : j'espère que, dans un magasin de « surplus » vous avez déjà acheté des rangers et des treillis. Soyez prévoyants avant la rupture des stocks comme celle que nous avons connue avec les masques Covid. Outre celles, de glace au paradis des phoques, soyez donc prêts à connaître les tranchées d'Ukraine, d'Iran, de Russie et plus si gens très méchants.

Ce militarisme d'individus qui n'ont jamais entendu une détonation -hors celle d'une fusée d'artifice-, m'accable. M'accable car je crois être en France, avec l'âge, celui qui a vu le plus grand nombres de cadavres de guerre. Et ce n'est jamais aussi joli qu'une toile de David. Je veux dire des tas de corps mutilés, tronçonnés, écrasés tous à bout d'un sang forcément impur ; tout cela observé de 1967 à 2000 sur un arc qui va de Saïgon à l'Amérique centrale, et un autre du cap de Bonne Espérance à Alger. Et si j'ai occupé ma vie à voir ces hommes tomber, ces enfants, ces femmes, ces vieux, à décrire les massacres, c'est pour tenter de dissuader mes prochains de se battre. Et c'est raté : le Président de la République Française vient d'adopter la guerre comme amie.

Revenons à notre vieil Eschyle avec sa maxime sur la vérité fuyant les champs de bataille. Je ne peux que l'approuver, toujours pour la même raison : avec le temps j'ai pu, « en direct » entasser trop de mensonges venus justifier les bombes. J'énumère les plus gros comme un pense bête qui, je l'espère, peut marquer les mémoires. En 1989 c'est dans la morgue de Timisoara, dans une Roumanie où Ceaucescu s'accroche au trône, que des journalistes découvrent « des victimes assassinées sur ordre du dictateur ». Emoi planétaire, des océans de mots et d'images coulent dans toutes les oreilles du monde : ces suppliciés de Timisoara vient d'accréditer la réalité d'un monstre. Puis les moulins à mensonges s'enrayent : les morts découverts dans la morgue n'ont succombé qu'à une maladie ou un crime de rue, mais jamais été liquidés sur ordre de Ceaucescu. Douleur dans les rangs des journalistes occidentaux qui ont gonflé le mensonge à l'hélium de leurs poumons.

En 1990 c'est au tour de l'Irak, que les occidentaux (encore eux) veulent dépecer au prétexte que Saddam Hussein possède des « Armes de Destruction Massive ». Les médias publient des croquis montrant des camions servant d'abri à ces terribles ADM. Il y a urgence : aplatir l'Irak avant qu'il ne nous tue. D'ailleurs, ayant envahi le Koweït (une ancienne province de l'Irak détachée par les Britanniques), les troupes de Saddam ont arraché des bébés de couveuses de l'hôpital de Koweït City, pour embarquer le précieux matériel vers l'Irak. A la télévision ont voit des témoins nous confirmer cette horreur. Et c'est faux. Une fois encore les médias ont menti. A Bagdad j'ai vu les bombes « Alliés » tomber du ciel, mais aucun tir de ces terribles ADM de Saddam, qui n'étaient que des fantômes.

En 1992 c'est l'Algérie qui est la cible des médias mensonges. Alors que le pays est en sang, ravagé par des morts que l'on peine à compter, les journalistes et les politiciens, principalement français, évoquent une série de « règlements de compte entre généraux de l'Armée de Libération Nationale ». Et recouvrent ces cadavres d'un mot-linceul qui veut englober ces tueries sous le qualificatif de « Qui tue qui ». Ne cherchons pas à comprendre, c'est ainsi : en Algérie, c'est bien connu, on s'égorge pour pas grand-chose. Cette volonté de ne rien voir reste aujourd'hui encore une terrible injustice faite aux Algériens. En réalité le « Qui tue qui » n'était pas un règlement de compte mais la première offensive, de l'Etat Islamique vers le monde Arabe. Libérés d'Afghanistan après la chute de l'URSS, les djihadistes avaient une nouvelle mission au Maghreb : prendre le pouvoir à Alger et y établir un califat. Les généraux algériens ne se battaient pas « entre eux », mais contre une agression étrangère ; que les Américains et Français voyaient d'un très bon œil.

De mars à juin 1999 c'est au tour de la Serbie d'être punie. Les missiles et bombes tuent et détruisent. Comme il apparait outrancier de frapper un vieil allié de la France, ces bombes et missiles ne sont des bombes et des missiles mais, dans le langage de l'OTAN, deviennent des « frappes », une sorte de fessée. Une expression qui perdure quand elle vient nous dire, par exemple, que Gaza n'est pas bombardée mais fait l'objet de « frappes », des bombardements qui ne tuent pas. En Serbie l'OTAN intervenait, nous disait-on, pour interrompre le règne du dictateur Milosevic, qui « jouait au football avec des têtes humaines et provoquait la mort de milliers d'êtres humains au Kosovo ». Finalement, là encore, on vous a menti : le dictateur ne jouait à aucune manière de foot et, heureusement, au Kosovo on n'a jamais compté les « dizaines de milliers de morts » annoncées.

En 2003 le manège du mensonge se réimplante dans un Irak que les Américains ont décidé de détruire et Saddam reste la tête de turc. Selon Colin Powell, « le maitre de Bagdad » possède -cette fois- des armes biologiques telles que l'anthrax dont le secrétaire d'état US secoue un échantillon à la tribune de l'ONU. Hussein est également accusé d'être l'instigateur des attentats du 11 septembre à New York. L'Irak va être détruite et de son chaos naîtra un nouveau djihadisme barbare. Plus tard il aura la peau de la Syrie. Saddam sera pendu. Mais pas une goutte d'anthrax ne sera découverte ni aucun lien entre le président irakien et l'explosion des Twin Towers le 11 septembre 2001.

Terminons cet inventaire à la Pinocchio par un mensonge très français, cette fois la destruction de la Libye. Ici c'est Nicolas Sarkozy qui donne le tempo. Il bouscule les européens pour une coalition contre Kadhafi et arrive à convaincre Obama qu'elle est utile. En fait c'est surtout sa secrétaire d'état Hillary Clinton, une menteuse va-t'en guerre, qui pousse à la roue du crime. Cette fois le prétexte est que : « plus de mille » prisonniers sont en cours d'exécution à Benghazi, à l'est du pays. Pour les sauver il faut donc tuer le Colonel. Sarkozy en fait une obsession et passe toutes ses heures le sabre au clair. Kadhafi sera torturé, et exécuté par un agent des services secrets français la DGSE. Là encore l'explication par le mensonge tombe comme un mantra : il n'y a jamais eu « des milliers de prisonniers menacés d'exécution » à Benghazi.

Avec cette kyrielle de mensonges nous assistons à la mort de la crédibilité de la « grande » presse. A quelques exceptions près la voie de secours se trouve maintenant sur Internet. Si sur la « toile » le mensonge a déjà pignon sur la propagande, bien installé par des ouvriers du mensonge, il reste encore un espace pour cette vérité chère à Eschyle. Grâce à des journalistes qui ont déserté le clan du « fake », grâce à des témoins qui filment les ignominies en direct, grâce à des lanceurs d'alerte, il reste un espace pour décrire l'histoire telle qu'elle est en vérité nue. Et ce n'est pas un hasard si près de deux cents collaborateurs de presse ont été massacrés à Gaza. C'est qu'ils avaient du courage et le moyen de l'Internet pour filmer un génocide en direct. Qu'ils reposent en paix, au paradis d'Eschyle.

Jacques-Marie BOURGET

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