20/01/2026 voltairenet.org  6min #302355

La réorganisation du monde

par Thierry Meyssan

Le monde change très vite. L'année 2026 devrait être marquée par le retour des zones d'influence et la fin des Empires coloniaux. Surtout, elle verra le retour du droit international contre les règles que nous connaissions jusqu'à présent. Seuls ceux qui sont capables de comprendre ces évolutions et de s'y adapter rapidement continueront à se développer.

La carte du monde établie lors du sommet d'Anchorage, le 15 août 2025. Le planisphère est divisée en trois zones d'influence. Celles-ci sont indiquées de manière générale et sont actuellement négociées avec plus de précisions.

Nous assistons à la réorganisation du monde suite au sommet d'Anchorage (15 août 2025), au cessez-le-feu à Gaza (10 octobre 2025) et à l'opération Absolute Resolve au Venezuela (3 janvier 2026). Il est désormais clair que les présidents Donald Trump et Vladimir Poutine se sont partagés le monde en Alaska. La validation de l'ensemble se fera lors du prochain sommet Trump-Xi.

La seule information dont nous disposons est la carte de l'état-major russe, publiée par Andrei Martyanov. Elle divise le monde en trois zones d'influence, ce qui ne contredit pas le principe d'un monde multipolaire. Le droit international primitif - je veux dire antérieur à la Guerre froide - ne résout que quelques problèmes. Il accorde toute latitude aux États pour faire ce qu'ils veulent dans les limites qu'ils se sont eux-mêmes fixés.

J'ai expliqué dans ma dernière chronique que, contrairement à ce que tout le monde raconte, si les États-Unis ont commis un crime en enlevant le président Maduro, au regard des règles précédentes, ils étaient dans leur droit de le faire, au regard de leurs seuls engagements. Que l'on trouve choquante cette réalité, ne change rien. C'est désormais la manière dont nous devrons fonctionner.

Jusqu'à présent, le monde était gouverné par le G5/6/7/8/7, hier composé de l'Allemagne, du Canada, de la France, des États-Unis, de l'Italie, du Japon, du Royaume-Uni et de l'Union européenne.

Sa disparition marque la fin des Empires anglais et français. Nous devons admettre que la France devra décoloniser la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie ; les États-Unis devront décoloniser les Samoa, Guam et les îles Vierges ; la Nouvelle-Zélande devra décoloniser Tokelau ; enfin le Royaume-Uni devra décoloniser Angilla, les Bermudes, les îles Vierges, Caïman et Malouines, Gibraltar, Monserrat, Sainte-Hélène et les îles Turques-et-Caïques ;
Cela devra être fait très rapidement si la France, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni souhaitent conserver une présence dans leurs anciennes colonies.

Il est probable que le Commonwealth se délitera. Ses États membres abandonneront, tout au moins, leur citoyenneté partagée.

Le G7 sera remplacé par un C4/5 composé de la Chine, des États-Unis, de l'Inde et de la Russie auxquels le président Trump espère rattacher le Japon [1]. Cependant, il est probable que le Japon n'y sera pas admis, compte-tenu de ses déclarations bellicistes. La Chine ne décolère pas de la montée du militarisme impérial japonais, du négationnisme du gouvernement de Sanae Takaichi, de ses vues sur les microprocesseurs taïwanais et de ses recherches de terres rares.

Compte tenu de leur puissance respective, les quatre principales puissances mondiale pourront décider de faire ce qu'elles voudront dans tous les cas non régis par le droit international - comme les États-Unis l'ont fait au Venezuela.

Plusieurs alliances régionales permettront à des puissances secondaires de jouer un rôle important.

Je ne parlerai pas de l'OTAN qui sera dissoute à la mi-2027, ou plus tôt si le transfert du Groenland du Danemark aux USA s'y prête. Les objurgations de quelques Européens n'y changeront rien : ils ne feront pas plus la guerre aux États-Unis qu'à la Russie.
L'Alliance AUKUS (Australie, États-Unis, Royaume-Uni) ne survivra pas non plus au partage du monde.
L'UE devrait également disparaitre. Le tour de piste d'Ursula von der Leyen à la cérémonie de signature de l'accord de libre-échange UE/Mercosur ne fait que précipiter sa chute : les peuples de France, de Pologne, d'Autriche, d'Irlande et de Hongrie viennent de réaliser que cette bureaucratie ne défend pas leurs intérêts, mais sacrifie leurs paysans aux besoins de l'industrie allemande.

Plusieurs organismes prendront le relai : la Force expéditionnaire interarmées (JEF), une mini-OTAN britannique, regroupe déjà l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, le Danemark, la Norvège, l'Islande, la Suède, la Finlande et les Pays-Bas autour du Royaume-Uni. L'Ukraine s'y agrégera, tandis que l'Islande rejoindra les États-Unis (après la cession du Groenland). En effet, le Canada et le Groenland sont situés sur le plateau continental américain, ainsi qu'une partie de l'Islande, ce qui donne un appétit compréhensible aux États-Unis.
De leur côté, la Bulgarie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, et la Suède ont déjà constitué une « alliance du Front oriental ». Il n'est pas sûr que cette nouvelle organisation soit pérenne car, pour le moment, elle n'a ni budget, ni secrétariat.

Ces alliances militaires seront doublées de coalitions politiques, comme l'UE a doublé l'OTAN. L'initiative des trois mers est la principale. Elle rassemble l'Autriche, la Bulgarie, la Croatie, l'Estonie, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Tchéquie. Elle vise à reformer la médiévale République des Deux-Nations ou le projet de Fédération Międzymorze du maréchal Józef Piłsudski : créer une fédération entre l'Allemagne et la Russie.

C'est un projet polonais, porté par le président Karol Nawrocki (Droit et Justice), tandis que l'alliance du front oriental est un projet porté par le Premier ministre, Donald Tusk (Coalition civique).

Au moyen-orient, la dualité Arabie saoudite / Iran a pris fin avec la médiation chinoise de 2023. Elle est remplacée par une rivalité Arabie saoudite / Émirats arabes unis. Celle-ci s'est déjà exprimée au Yémen et au Soudan. Ceux qui étaient, il y a encore quatre ans, les meilleurs amis du monde, sont désormais des rivaux absolus.
Riyad tente de coaliser derrière lui et le Pakistan, la Türkiye, l'Égypte et la Somalie.
De son côté Abou Dhabi, qui a déjà lié des alliances militaires avec des factions soudanaise, libyenne et somalienne, devrait se rapprocher un peu plus d'Israël et s'adjoindre l'Éthiopie.

En Afrique, l'Alliance des États du Sahel, composée du Burkina Faso, du Mali et du Niger, est la seule alliance militaire régionale. Elle devrait être encouragée par la Chine et la Russie.
En Amérique latine, l'Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (ALBA) ne fonctionne plus. Au contraire une coalition est en train de se former autour de l'Argentine et du Chili avec l'assentiment des États-Unis.

La Chine, l'Inde et la Russie souhaitent préserver les Nations unies. Du coup, le président Trump a renoncé à quitter le palais de verre. Il faut bien comprendre qu'une grande partie de ce que l'ONU a construit sera démantelé, pour le rendre conforme au droit international. Car, contrairement à ce dont nous nous sommes persuadés, les Nations unies ne sont pas le droit international.

 Thierry Meyssan

[1] «  Le C-5 de Trump : une manœuvre pour faire entrer les États-Unis dans les BRICS ? », par Alfredo Jalife-Rahme, Traduction Maria Poumier, La Jornada (Mexique), Réseau Voltaire, 19 décembre 2025.

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