20/01/2026 ssofidelis.substack.com  7min #302357

Les affabulations de Trump dépassent le registre du simple ego frustré

Par  Larry Johnson, le 20 janvier 2026

Donald Trump n'est pas le premier président des États-Unis qualifié de narcissique et de mythomane, mais si une compétition olympique opposait Trump à Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama et Joe Biden, il décrocherait le gros lot haut la main.

Commençons par les fables de Trump concernant sa prétendue capacité à mettre fin à huit guerres. Les huit conflits que Trump prétend avoir "résolus" ou "stoppés" depuis son retour au pouvoir en 2025, dans le cadre de son rôle autoproclamé de "président de la paix", seraient les suivants, si l'on en croit ses déclarations publiques et ses publications sur les réseaux sociaux :

  • Israël et le Hamas (conflit à Gaza) : Trump s'attribue le mérite d'avoir négocié un cessez-le-feu dans ce conflit qui dure depuis deux ans, alors qu'Israël continue d'assassiner des Palestiniens, à un rythme toutefois moindre qu'avant le cessez-le-feu, sans que l'efficacité de la prétendue trêve ne soit garantie
  • Israël et l'Iran : il affirme avoir mis fin aux hostilités entre ces deux pays, faisant probablement référence à la brève flambée de violence de 2025 ou aux tensions plus globales, mais aucune guerre à grande échelle n'était en cours et la situation est toujours instable. De plus, Trump a ordonné le bombardement de l'Iran... Ce n'est pas exactement le genre d'action qu'on associe à la paix.
  • Le Pakistan et l'Inde : Trump s'est vanté d'avoir prévenu une escalade nucléaire entre ces deux rivaux, affirmant que des millions de vies auraient été sauvées, même si les faits semblent plutôt faire référence à des escarmouches frontalières qu'à une guerre active. L'Inde a explicitement contesté l'affirmation de Trump selon laquelle il aurait négocié un cessez-le-feu dans leur conflit frontalier, notamment au Cachemire en mai 2025. Des responsables indiens, dont le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Vikram Misri, et le ministre des Affaires étrangères, S. Jaishankar, ont toutefois assuré que l'accord a été directement négocié entre les armées indienne et pakistanaise, sans médiation américaine ni intervention d'une tierce puissance.
  • Le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) : il affirme avoir résolu ce conflit, mais les combats se sont poursuivis malgré un cessez-le-feu négocié par les États-Unis et signé en juin 2025 (un accord officiel a été conclu en décembre). La RDC a accusé le Rwanda de violer l'accord et les groupes rebelles, comme le M23 soutenu par le Rwanda, ont poursuivi leur progression, les combats se poursuivant même pendant les négociations. Ce qui contredit l'affirmation de Trump selon laquelle ce "glorieux triomphe" lui serait dû, car la paix n'a pas été préservée.
  • La Thaïlande et le Cambodge : Trump affirme avoir mis fin aux affrontements frontaliers, allant même jusqu'à qualifier, en plaisantant, une supposée flambée de violence de "guerre du quart-temps supplémentaire", alors qu'il s'agit davantage d'un différend diplomatique que d'une guerre à part entière. Ni la Thaïlande ni le Cambodge n'ont confirmé les affirmations de Trump concernant les multiples cessez-le-feu, notamment celui de la fin de l'année 2025, et les affrontements frontaliers ont repris peu après l'annonce de l'accord de paix de Kuala Lumpur en octobre 2025. Les responsables des deux pays n'ont pas confirmé le rôle de médiateur des États-Unis en tant que facteur clé, et la reprise des frappes aériennes et des combats contredit directement l'affirmation selon laquelle le conflit serait terminé.
  • L'Arménie et l'Azerbaïdjan : Trump s'attribue le mérite d'avoir mis fin aux hostilités, évoquant le cessez-le-feu dans la région du Haut-Karabakh, mais les tensions et incidents sporadiques persistent. L'Arménie et l'Azerbaïdjan n'ont ni démenti ni contredit la médiation de Trump. Pashinyan et Aliyev ont participé à la cérémonie à la Maison Blanche et les déclarations ultérieures des deux parties, notamment celles du ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères et des responsables arméniens, évoquent de manière positive le plan négocié par les États-Unis, tout en soulignant les mesures en cours pour le ratifier et le mettre en œuvre. Toutefois, l'accord n'est pas encore entré en vigueur : il s'agit d'un accord-cadre/d'une déclaration commune devant être approuvé par les parlements des deux pays et impliquant des modifications constitutionnelles (notamment en Arménie, éventuellement par référendum après les élections de 2026).
  • L'Égypte et l'Éthiopie n'ont pas conclu d'accord de paix officiel, malgré les affirmations de Trump selon lesquelles son intervention aurait évité une guerre au sujet du Grand barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD) sur le Nil. Il s'agissait en réalité d'un différend sur le partage de l'eau, résolu par la médiation. Malgré les affirmations de Trump, l'Égypte et l'Éthiopie n'ont pas conclu d'accord de paix officiel au sujet du Grand barrage. Le conflit persiste sous forme de tension diplomatique sur les droits de l'eau, sans conflit armé à "régler" et avec une médiation actuellement en cours mais sans issue, ce qui met à mal sa prétendue implication dans un règlement définitif.
  • La Serbie et le Kosovo : Trump affirme avoir déjoué une guerre potentielle, alors qu'aucun combat actif n'a eu lieu depuis 1999. Il fait probablement référence aux accords de normalisation économique qu'il prétend avoir facilités, alors que les problèmes sous-jacents persistent.

Alors que Trump aspire désespérément à être sacré "président de la paix", il a ordonné des bombardements en Syrie et au Nigeria, des attaques contre des bateaux dans la mer des Caraïbes qui étaient supposés transporter de la drogue, l'enlèvement du président vénézuélien Maduro, et s'obstine avec véhémence à revendiquer le contrôle du Groenland.

La question du Groenland a suscité des commentaires pour le moins étranges de la part de Donald Trump, en réponse à un SMS envoyé par le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, et le président finlandais, au cours du week-end. Voici le SMS envoyé par M. Store à M. Trump le dimanche 18 janvier à 15 h 48 :

"Cher Président, cher Donald, Je vous fais part de notre position concernant les contacts transatlantiques, le Groenland, Gaza, l'Ukraine et votre annonce d'hier sur les droits de douane. Vous connaissez notre position sur ces questions. Mais nous estimons qu'il est essentiel de tout mettre en œuvre pour apaiser les tensions et désamorcer d'éventuelles crises. Face aux nombreux bouleversements actuels, nous devons rester unis. Nous vous proposons un appel plus tard dans la journée, ensemble ou séparément. Faites-nous savoir ce qui vous sied le mieux !

Cordialement, Alex et Jonas".

Sans perdre une minute, Trump a répondu à M. Store le dimanche 18 janvier à 16 h 15 :

"Cher Jonas, Puisque votre pays a décidé de ne pas m'attribuer le prix Nobel de la paix alors que j'ai mis fin à huit guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix, même si elle reste évidemment ma priorité. Je peux désormais m'intéresser à ce qui est bon et approprié pour les États-Unis d'Amérique. Le Danemark ne peut garantir la souveraineté de ce territoire contre la Russie ou la Chine, et pourquoi devrait-il d'ailleurs en revendiquer la « propriété » ? Aucun document écrit n'existe, un bateau y a simplement accosté il y a des centaines d'années, mais nous aussi avions des bateaux dans ces eaux. J'ai fait plus pour l'OTAN que quiconque depuis sa création, et maintenant, l'OTAN devrait se préoccuper de ce qui est bon pour les États-Unis. Le monde ne sera pas en sécurité tant que nous n'aurons pas le contrôle total et absolu du Groenland. Merci encore ! Président DJT"

Toute cette histoire n'est que pure invention, et Trump n'est qu'un affabulateur. Un affabulateur est un individu inventant de faux souvenirs ou concoctant des histoires dans l'intention de tromper. En d'autres termes, un affabulateur croit sincèrement à ses propres mensonges, même s'ils ne sont étayés par absolument aucun fait. Le plus inquiétant dans les allégations de Trump, c'est qu'elles sont principalement dues à des défaillances mnésiques, fréquemment associées à des lésions cérébrales ou à certains types de démence.

Quelqu'un doit absolument reprendre les clés de la voiture à Donald.

La journée a été riche en podcasts. Nima est de retour en ligne depuis l'Iran, tandis que le juge Napolitano affronte l'hiver dans le New Jersey. J'ai également discuté avec Stanislav Krapivnik à Moscou et Glenn Diesen en Norvège. Glenn et moi avons eu une conversation passionnante sur la réponse chaotique de l'Europe à la menace de Trump de conquérir le Groenland.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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