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L'Ukraine finance sa guerre avec l'argent que l'Europe n'a pas

Par Ian Proud, le 17 janvier 2026

La fin de la guerre en Ukraine pourrait avoir des conséquences économiques et politiques dévastatrices pour l'Europe.

La triste réalité veut que la fin de la guerre en Ukraine pourrait avoir des conséquences économiques et politiques aussi dévastatrices pour l'Europe que si la guerre s'éternisait.

L'Ukraine est déjà confrontée à un déficit de financement de 63 milliards de dollars américains pour 2026, et il serait surprenant que ce chiffre n'augmente pas si le conflit se poursuit. Les dépenses budgétaires massives de l'Ukraine sont motivées par deux facteurs :

  • le coût énorme du maintien d'une armée permanente de près d'un million de personnes
  • les dépenses considérables liées à l'importation d'armes occidentales pour soutenir l'effort de guerre.

Ces importations d'armes ne sont pas des investissements productifs, car elles sont littéralement consumées dans le feu de l'action. Il en va de même, bien sûr, pour la Russie. Les deux pays ont connu une baisse de leur croissance économique en 2025, avec respectivement 2,1 % pour l'Ukraine et 1,5 % pour la Russie. Les experts occidentaux interprètent cette situation comme la preuve d'une meilleure performance de l'économie ukrainienne.

Or, il n'en est rien. En effet, l'économie russe est environ douze fois plus puissante que celle de l'Ukraine en valeur nominale, et un peu plus de dix fois plus puissante si l'on considère le PIB en parité de pouvoir d'achat.

Cette différence se reflète dans les chiffres des dépenses consacrées à la Défense.

En 2025, la Russie a enregistré un montant record de 143 milliards de dollars pour la Défense, contre environ 60 milliards de dollars pour l'Ukraine, soit environ 2,3 fois plus. Pourtant, les dépenses de Défense russes ne représentent que 6,3 % de son PIB, contre 31,7 % pour l'Ukraine. Les dépenses en matière de défense sont donc beaucoup moins déterminantes pour la prospérité économique de la Russie.

Les dépenses de Défense représentent une part bien plus faible de l'activité économique totale qu'en Ukraine. La Russie peut ainsi financer ses besoins en matière de Défense avec ses propres ressources financières, tandis que l'Ukraine dépend exclusivement de l'argent des donateurs occidentaux pour poursuivre le conflit.

Malgré ces dépenses colossales, la Russie n'a enregistré qu'un déficit budgétaire de 1,7 % du PIB en 2025. Ce chiffre reste bien inférieur à la règle budgétaire de l'UE, qui est de 3 % du PIB, certains pays comme la France et la Pologne affichant des déficits deux fois supérieurs à ce seuil, voire plus.

En revanche, le déficit budgétaire de l'Ukraine avoisine les 20 % du PIB. Ce déficit a dû être comblé par des financements étrangers, car le pays affiche une dette de 107 % de son PIB et n'a plus accès aux prêts étrangers.

C'est la raison pour laquelle l'UE est intervenue en accordant un prêt de 90 milliards d'euros, dont les deux tiers sont destinés à la Défense.

La Russie, quant à elle, présente une dette d'environ 15 % du PIB et n'a pas vraiment besoin d'emprunter massivement pour financer son effort de guerre. À titre de comparaison, 15 % du PIB représentent un niveau bien inférieur à celui des États-Unis ou de n'importe quel pays européen, dont beaucoup, comme l'Ukraine, sont endettés à plus de 100 % de leur PIB.

L'Ukraine se défend avec de l'argent que l'Europe n'a pas.

Malgré le choc des sanctions, la Russie a les moyens de poursuivre la guerre sans se ruiner ni augmenter considérablement ses emprunts.

Ce qui signifie également que, lorsque la guerre prendra fin, la Russie pourra effectuer la transition économique vers la paix de manière moins douloureuse. La Russie ne sera pas contrainte d'imposer des réductions massives de son budget Défense pour vivre avec ses moyens et pourra y parvenir progressivement.

L'Ukraine sera quant à elle confrontée à un gouffre financier colossal lorsque le conflit prendra fin.

Selon l'OCDE, la croissance économique du pays devrait encore baisser pour atteindre 1,7 % en 2027, à moins que le conflit ne prenne fin.

Or, ce scénario implique que les pays étrangers continuent à injecter des capitaux importants. En 2025, les dépenses de Défense ukrainiennes représentaient 31,1 % du PIB et les deux tiers des dépenses budgétaires de l'État. Aucune de ces dépenses ne contribue à améliorer l'économie ukrainienne, déjà peu performante.

Malgré tout le soutien dont bénéficie Kiev, le PIB de l'Ukraine s'élevait à un peu moins de 210 milliards de dollars en 2025, selon le FMI.

Notons toutefois que l'Ukraine a reçu 52,4 milliards de dollars de financement extérieur en 2025, soit environ un quart de son PIB en fin d'année.

Sans ce financement étranger, l'économie ukrainienne se contracterait soudainement de plus de 20 %.

En d'autres termes, sans la guerre, l'économie ukrainienne reculerait de plus de 20 %.

La Russie n'est pas confrontée au même problème. Au contraire, la fin de la guerre pourrait aider le pays à maîtriser l'inflation, son plus grand défi économique, à mesure que l'activité reprend son cours normal.

Une question demeure toutefois : comment l'Ukraine a-t-elle pu connaître une croissance si faible en dépit de l'afflux de financements étrangers ?

L'une des principales raisons tient au fait que l'Ukraine a enregistré un déficit commercial de 30 milliards de dollars au cours de la même période, un record selon la Banque nationale d'Ukraine.

Ainsi, 52 milliards de dollars de fonds étrangers sont entrés en Ukraine au cours de l'année, mais 30 milliards sont immédiatement ressortis. Ce déficit commercial massif est alimenté par deux facteurs.

Tout d'abord, une augmentation considérable des importations d'armes en provenance de fournisseurs occidentaux, qui ont doublé depuis 2022, notamment parce qu'elles ne sont plus fournies gratuitement.

Ensuite, l'Ukraine a augmenté ses importations de ressources naturelles, notamment de gaz, car la production nationale a été durement touchée par la guerre. Le charbon est un autre domaine concerné, car la Russie a annexé le Donbass, une région riche en mines de charbon.

Même après la fin de la guerre, ce déficit commercial ne pourra être entièrement comblé, même si l'Ukraine parvient à réduire son déficit commercial global.

À titre de comparaison, l'excédent commercial de la Russie en biens s'élevait déjà à plus de 100 milliards de dollars en octobre 2025, bien que la balance commerciale globale soit plus réduite, à environ 36 milliards de dollars, en raison d'un important déficit dans le secteur des services, notamment en raison du grand nombre de Russes ayant émigré à l'étranger depuis le début de la guerre.

La fin de la guerre pourrait, au contraire, permettre aux excédents commerciaux de la Russie d'augmenter davantage. Un assouplissement futur des importations de ressources naturelles en Europe pourrait permettre à la Russie de bénéficier d'un commerce déjà accru avec l'Asie et d'un renouveau de ses échanges commerciaux avec l'Europe.

Quoi qu'il en soit, les excédents constants enregistrés par la Russie contribuent à soutenir la croissance économique et les réserves de change, qui ont augmenté de plus de 135 milliards de dollars pour atteindre 734 milliards de dollars en 2025.

Plus précisément, la Russie a presque entièrement placé ses fonds de réserve dans l'or, pour un montant de plus de 310 milliards de dollars.

Le stockage de ses réserves en or permet à la Russie de se protéger de l'appétit des bureaucrates occidentaux, qui ont gelé environ 300 milliards de dollars de réserves au début de la guerre.

Ce qui signifie que la Russie dispose d'un excédent de 434 milliards de dollars de réserves de change, presque entièrement à l'abri de l'expropriation occidentale. L'augmentation de 10 milliards de dollars des réserves de devises étrangères en 2025 est indubitablement due à une accumulation de réserves en devises autres que le dollar, l'euro et la livre sterling, indiquant ainsi une tendance à un commerce croissant en yuans chinois et en roupies indiennes.

La fin de la guerre pourrait, d'ici quelque temps, conduire au déblocage des actifs russes immobilisés aux États-Unis, en Europe et au Japon.

La capacité de réserve de l'Ukraine est également relativement solide, avec 57,3 milliards de dollars au début de l'année 2026, un chiffre record. Cette augmentation est toutefois entièrement due à l'afflux de capitaux étrangers destinés à financer l'effort de guerre. La fin de la guerre entraînera probablement un déclin des réserves ukrainiennes, car son déficit commercial persistant n'est plus compensé par les flux de capitaux étrangers, comme c'est le cas depuis le début du conflit.

Mais la suspension soudaine et imprévue des financements étrangers à la fin de la guerre provoquera un effondrement spectaculaire de l'économie ukrainienne.

Mais pas d'inquiétude, l'Europe est déterminée à maintenir une armée de 800 000 soldats en Ukraine à la fin de la guerre. Une décision essentiellement motivée par des considérations économiques plus que par des impératifs de sécurité.

L'Ukraine ne serait pas en mesure de financer une armée aussi importante avec ses propres moyens. Une fois de plus, l'Europe devra donc intervenir pour répondre aux besoins budgétaires de l'Ukraine et financer les salaires des soldats démobilisés.

Selon une récente étude de l'Institut de Kiel, ce projet entraînera une augmentation de la dette et des impôts en Europe. Elle provoquera aussi une perte d'activité pour les entreprises européennes du secteur de la Défense. En effet, le retour à la paix entraînera inévitablement une chute importante de la consommation quotidienne de munitions et de matériel militaire.

Les deux tiers du prêt de 90 milliards d'euros récemment accordé par l'UE à l'Ukraine seront consacrés au soutien militaire, notamment à l'armement. Cette décision a déclenché des tensions entre l'Allemagne et la France au sujet d'une clause "acheter européen" proposée par la France, qui souhaite empêcher l'Ukraine d'acheter du matériel américain. Les Français, comme à leur habitude, tentent peut-être de s'assurer que leurs entreprises obtiennent une part décente du gâteau, alors que les commandes d'armes ukrainiennes vont inévitablement décroître.

À l'instar de l'armée française, l'Europe s'achemine inévitablement vers une débâcle économique lorsque la guerre prendra fin, s'étant engagée à maintenir en vie une Ukraine en faillite économique.

Elle se condamne à augmenter sa dette et ses impôts pour soutenir les mauvaises décisions de politique étrangère prises depuis 2014.

Elle tente de stimuler son complexe industriel de défense, et a beau se démener pour stimuler son secteur industriel de la Défense, elle perdra inévitablement des opportunités commerciales avec la fin de la guerre.

Pour les principaux partis politiques européens, cette situation ne fait qu'accentuer la tendance qui risque de les mener à un Armageddon électoral lorsqu'ils se présenteront aux urnes à partir de 2027.

D'ici là, ils sont coincés : poursuivre la guerre est électoralement suicidaire, mais y mettre fin l'est tout autant. Pour reprendre les mots de mon vieux père, ancien soldat britannique, ils se comportent comme l'oiseau mythique Oozlum, volant en rond jusqu'à disparaître dans leur propre croupion.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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