21/01/2026 legrandsoir.info  6min #302403

L'Enfer sur terre : le système carcéral israélien est un réseau de camps de torture

B'Tselem

Israël a transformé ses prisons en un réseau de camps de torture pour les Palestiniens. Les prisonniers y subissent de graves violences, des humiliations délibérées, la famine, la privation de sommeil, le déni de soins médicaux et des mauvais traitements dans tous les établissements où ils sont détenus. Certains ont également été victimes d'agressions sexuelles graves. Depuis octobre 2023, au moins 84 Palestiniens sont morts dans ces camps de torture.

Les responsables politiques, et notamment le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, se vantent, dans des reportages télévisés complaisants et sur les réseaux sociaux, de ce qui se passe dans ces camps.

Aujourd'hui, nous publions « L'enfer sur terre », un rapport sur la situation des Palestiniens détenus par Israël. Ce rapport s'appuie sur les témoignages de Palestiniens publiés ces derniers mois, ainsi que sur des recherches, des rapports, des actualités et des chiffres de l'administration pénitentiaire israélienne. Il fait suite à notre précédent rapport sur le sujet, « Bienvenue en enfer », paru en août 2024.

Les mauvais traitements systématiques et délibérés continuent de caractériser la politique d'Israël envers les prisonniers palestiniens et constituent une autre facette de l'offensive coordonnée du régime israélien contre le peuple palestinien.

Introduction du rapport

En juillet 2024, B'Tselem a publié * Welcome to Hell* (« Bienvenue en enfer »), un rapport sur le traitement des détenus palestiniens dans le système carcéral israélien et leur détention dans des camps de torture soumis à des conditions inhumaines. Le rapport présentait les témoignages de 55 hommes et femmes palestiniens détenus dans des prisons et centres de détention israéliens depuis le 7 octobre 2023. Ces témoignages ont révélé les résultats d'un processus précipité au cours duquel les établissements pénitentiaires israéliens, militaires comme civils, ont été transformés en un réseau de camps voués à l'abus systématique des détenus. Un espace de ce type, dans lequel toute personne qui y entre est condamnée à une douleur et à des souffrances délibérées, sévères et incessantes, fonctionne de facto comme un camp de torture.

La présente mise à jour examine la situation des prisonniers palestiniens détenus par Israël jusqu'au début du mois de janvier 2026.

La transformation des prisons israéliennes en camps de torture pour les détenus palestiniens doit être comprise dans le contexte de l'assaut coordonné d'Israël contre les Palestiniens en tant que collectif depuis octobre 2023, notamment à travers le génocide en cours à Gaza. Les fondements du régime façonné depuis la création de l'État d'Israël - qui rendent possible le génocide à Gaza, la violence généralisée et le nettoyage ethnique en Cisjordanie, ainsi que la persécution des citoyens palestiniens d'Israël - façonnent également le traitement des prisonniers. Au premier rang de ces fondements figurent la déshumanisation des Palestiniens en tant que groupe et le recours à une violence extrême à leur encontre (pour approfondir, voir le rapport de B'Tselem de juillet 2025, Our Genocide).

Cette mise à jour reprend les catégories de mauvais traitements recensées dans le rapport initial et s'en sert pour évaluer la situation actuelle ainsi que les nouveaux développements. Elle s'appuie sur 21 témoignages recueillis par B'Tselem auprès de Palestiniens libérés dans le cadre de l'accord entre Israël et le Hamas en octobre 2025 ou dans les mois qui l'ont précédé. De nombreux anciens détenus ont trop peur de témoigner, car - selon les personnes interrogées - les autorités israéliennes ont menacé de réarrêter toute personne qui partagerait des informations sur son expérience en prison. Ces menaces ont été formulées avant comme après la libération des prisonniers, illustrant la manière dont Israël utilise la privation de liberté comme un moyen central d'oppression des Palestiniens.

Ces tentatives de réduire au silence les prisonniers libérés constituent l'un des aspects d'une politique à multiples facettes, menée par le régime d'apartheid israélien, visant à déshumaniser les Palestiniens et à leur dénier toute humanité en tant que collectif, que ce soit par l'incarcération et la torture ou par l'intimidation, la répression politique et la censure.

La présente mise à jour s'appuie également sur plusieurs autres sources, notamment des recherches et rapports récents d'organisations de défense des droits humains qui surveillent régulièrement les conditions dans les prisons israéliennes, des articles de presse, des données du Service pénitentiaire israélien (IPS) et des documents soumis dans le cadre de requêtes devant la Haute Cour de justice israélienne.

Pris dans leur ensemble, tous ces éléments conduisent à une conclusion sans équivoque : Israël poursuit sa politique systémique et institutionnalisée de torture et de mauvais traitements à l'encontre des prisonniers palestiniens, une politique approuvée et soutenue par le  système politique, le  système judiciaire, les médias et, bien sûr, les autorités pénitentiaires elles-mêmes, qui se vantent ouvertement des conditions tortionnaires dans lesquelles les détenus palestiniens sont maintenus.

Un exemple frappant en est une série de contenus de relations publiques conjointement promus par Itamar Ben Gvir, le ministre chargé du système pénitentiaire, et l'unité de communication du Service pénitentiaire israélien, offrant aux médias israéliens de «  rares aperçus » de quartiers de prison où les Palestiniens sont détenus dans des conditions infrahumaines (voir « Aile Rakefet », p. 13). Dans ces contenus, le ministre Ben Gvir et des responsables de l'IPS exposent les mauvais traitements infligés aux prisonniers, les médias jouant le rôle de porte-voix de l'idéologie raciste et violente du ministre, avec peu ou pas de critique des crimes et des graves violations des droits humains en cause.

Loin d'être menés dans l'ombre, ces abus systémiques sont exhibés publiquement, sans aucune tentative de  dissimulation. En réalité, les responsables  s'en vantent ouvertement, et l'ensemble du régime israélien s'en rend complice. Par conséquent, ce rapport et d'autres ne visent pas à « révéler » les conditions inhumaines de détention des prisonniers palestiniens - des conditions connues et normalisées dans l'opinion publique israélienne au cours des deux dernières années. Bien que les abus soient manifestes et largement documentés, les acteurs internationaux se sont jusqu'à présent abstenus d'intervenir efficacement, ce qui constitue un autre facteur permettant la poursuite de la torture systémique. La torture des prisonniers palestiniens, tous qualifiés de «  terroristes » par les médias israéliens, est devenue une norme acceptée.

Face à cette réalité, nous appelons une nouvelle fois tous les États, organismes et institutions internationales à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour obtenir la cessation immédiate des traitements cruels et de la torture infligés aux prisonniers palestiniens par le régime israélien. Compte tenu de la gravité de ces crimes, il incombe à la communauté internationale d'exiger qu'Israël rende des comptes et de veiller à ce que les responsables soient traduits en justice.

Suite et rapport complet (en anglais)  btselem.org

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