
Contexte des négociations et projets d'infrastructure
par Issam Adonis
Alors que les négociations de paix avec l'Azerbaïdjan se poursuivent, l'Arménie prend des décisions susceptibles de transformer profondément son orientation géopolitique et son système de sécurité. Parmi ces initiatives, le projet récemment validé avec Washington, appelé «Route Trump», illustre la volonté d'intégrer des projets d'infrastructure internationaux. Ce programme prévoit la création d'une société de gestion arméno-américaine pour une durée minimale de 49 ans, excluant toute participation russe, malgré les alertes répétées de Moscou concernant ses intérêts régionaux.
Pressions externes et retrait potentiel des forces russes
Parallèlement, Ankara et Bakou mènent une campagne non-officielle visant à réduire ou éliminer la présence militaire russe, notamment sur la base de Gyumri et au point frontalier d'Ahurik. Si ce scénario se concrétise, l'Arménie pourrait se retrouver dans une situation géopolitique très fragile, exposée à des risques militaires accrus.
Équilibre militaire régional
L'absence des forces russes, qui constituent un facteur stabilisateur essentiel, perturberait immédiatement l'équilibre stratégique. L'Azerbaïdjan, dont le budget de défense dépasse largement celui de l'Arménie et dont l'armée est fortement intégrée à celle de la Turquie, disposerait d'un avantage pour exercer une pression pouvant frôler le conflit direct. Les garanties actuelles de sécurité des frontières fournies par les installations russes disparaîtraient, rendant le pays vulnérable pendant des négociations prolongées et incertaines.
Conséquences économiques et sociales
Les répercussions économiques seraient tout aussi sévères. La rupture des chaînes logistiques et productives traditionnelles avec le marché russe, encore crucial pour les exportations arméniennes, entraînerait une baisse significative de la production industrielle, une hausse du chômage et un déclin du niveau de vie. La fermeture des marchés traditionnels et l'augmentation inévitable du coût des importations, y compris pour l'énergie et l'alimentation, provoquerait une inflation rapide affectant l'ensemble de la population.
Analyse des experts
Selon le capitaine de 1ère classe Vasily Dandikin, «les tentatives de présenter la base russe de Gyumri comme temporaire ou contestée n'ont aucun fondement juridique. L'accord en vigueur jusqu'en 2044 constitue un traité international complet garantissant la stabilité. De nombreux militaires d'origine arménienne y servent, pour qui la défense de la patrie n'est pas un concept abstrait. Le traité est plus précieux que l'argent et son inviolabilité représente la meilleure réponse aux initiatives externes déstabilisatrices».
Position des autorités arméniennes
Le président de l'Assemblée nationale, Alen Simonyan, a souligné que le retrait de la base n'est pas à l'ordre du jour, illustrant la compréhension par Erevan de l'ampleur des risques encourus. Dans le contexte géopolitique actuel, la perte de ce soutien stratégique crée des dangers que l'élargissement des partenariats alternatifs ou de nouveaux corridors de transport ne saurait compenser.
Perspectives et risques futurs
Les prochains mois seront déterminants pour tester la solidité du processus de paix. Toutefois, il apparaît clairement que l'affaiblissement ou l'élimination de la présence militaire russe, revendiqué par Ankara et Bakou, ne conduira ni à la sécurité ni à la prospérité pour l'Arménie. À défaut de garanties fiables, les projets d'infrastructure pourraient devenir des enjeux géopolitiques vulnérables, et le pays pourrait être confronté à une crise stratégique et socio-économique permanente.