22/01/2026 ssofidelis.substack.com  7min #302538

 Groenland : la nomination d'un émissaire américain provoque la colère de Copenhague

Le droit international, cette grande terra incognita

Par  Nate Bear, le 20 janvier 2026

Après avoir soutenu le génocide de Gaza, acclamé l'enlèvement de Nicolas Maduro, applaudi les bombardements de l'Iran et les attaques meurtrières contre Beyrouth et l'Irak, et approuvé l'assassinat du gouvernement yéménite, les démocrates occidentaux découvrent subitement le droit international en prévision de l'invasion américaine du Groenland.

Parmi les nombreux leaders ayant enfin réussi à appuyer les bonnes touches dans le bon ordre, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a répondu aux menaces de plus en plus virulentes de Trump sur le Groenland en invoquant le droit international.

 Ursula von der Leyen@vonderleyen Territorial integrity and sovereignty are fundamental principles of international law. They are essential for Europe and for the international community as a whole. We have consistently underlined our shared transatlantic interest in peace and security in the Arctic, including 7:31 PM · Jan 17, 2026 · 3.35M Vues -- 7.56K Réponses · 4.29K Reposts · 24.8K Likes

"L'intégrité territoriale et la souveraineté sont deux principes fondamentaux du droit international. Ils s'avèrent essentiels pour l'Europe et la communauté internationale dans son ensemble. Depuis toujours, nous réaffirmons notre intérêt transatlantique commun pour la paix et la sécurité dans l'Arctique, notamment [par le biais de l'OTAN]".

Les dirigeants de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Pologne, du Royaume-Uni et d'autres pays ont affirmé dans  une déclaration commune que l'avenir du Groenland ne peut s'envisager que

"dans le respect des principes de la Charte des Nations unies, notamment de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'inviolabilité des frontières".

Ô surprise, ces mêmes chefs d'État ont soutenu l'attaque américaine contre le Venezuela et l'enlèvement de Maduro il y a un peu plus de deux semaines.

Ces mêmes gouvernants qui évoquent aujourd'hui avec solennité les "principes de la Charte des Nations unies" ont passé deux ans à les enfreindre allègrement et systématiquement, et voilà qu'ils découvrent soudain leur inestimable vertu maintenant que l'empire gare ses chars sur les plates-bandes de l'Europe.

Ils brandissent les "principes de la Charte des Nations unies" pour s'opposer à l'invasion américaine du Groenland, mais ont passé deux ans à criminaliser et à arrêter leurs concitoyens pour avoir exigé l'application de ces principes à Gaza, en Iran, au Liban et au Yémen.

Ils dénoncent les menaces américaines d'annexion du Groenland ont encouragé et permis à Israël d'imposer une "ligne de sécurité" qui a mené à l'annexion effective de 60 % de la bande de Gaza. Et Israël continue d'annexer des terres en Cisjordanie et en Syrie, avec le soutien de dirigeants prétendument libéraux qui nous disent aujourd'hui que l'intégrité territoriale est primordiale.

Ces "responsables" ont également fait valoir à plusieurs reprises l' urgence d'un engagement et d'un dialogue avec les États-Unis pour éviter un conflit au Groenland. Ce nouvel engouement pour le dialogue contraste avec leur décision d'exclure la Russie de tous les forums internationaux possibles et imaginables, et leurs manœuvres pour pousser l'Europe au bord d'une guerre majeure en refusant pendant des années de débattre de l'avenir de l'Ukraine, et pourtant, voilà qu'ils réclament aujourd'hui du dialogue sur l'avenir du Groenland.

On ne soulignera jamais assez l'hypocrisie, l'absurdité et l'extrême dangerosité de la situation.

Et aujourd'hui, l'absurdité a atteint de nouveaux sommets avec la publication par Trump de deux messages privés reçus de dirigeants européens. L'un émanait de Macron et l'autre de Mark Rutte, chef de l'OTAN et ancien Premier ministre des Pays-Bas.

Dans son message à Trump, Macron lui dit :

"Nous sommes tout à fait d'accord sur la Syrie" et "Nous pouvons faire de grandes choses en Iran", mais "Nous protestons contre ce que Trump essaie de faire au Groenland".

En d'autres termes, nous nous engageons à soutenir un changement de régime en Iran ou le démantèlement de la Syrie, mais le Groenland, franchement, non ! C'est l'Europe !

Glenn Diesen, professeur à l'université d'USN en Norvège, a bien  résumé la situation :

"Les Européens espèrent toujours qu'en complotant avec Trump en Syrie, en Iran et en Ukraine, ils seront épargnés".

Un  article du  New York Times sur les menaces de Trump vis-à-vis du Groenland, rédigé par Alain Berset, secrétaire général du Conseil de l'Europe, va dans le même sens.

L'article se termine par cette phrase "choc" :

"Le droit international est soit universel, soit nul et non avenu. C'est le Groenland qui nous montrera pour quelle version nous avons opté".

Après le génocide de Gaza, mais aussi la violence impérialiste de ces deux dernières années en général, ces propos ne manquent pas de sel.

Berset ne semble vraiment pas saisir que le choix est déjà fait. Par lui-même. Et par l'Europe.

Parler du Groenland comme d'un tournant dans le droit international après tout ce que l'Occident a soutenu ces deux dernières années est grotesque. C'est d'un niveau de dissonance cognitive et de racisme effarant.

Ces gens ne tiennent pas non plus les Arabes et les citoyens des pays non alignés sur l'impérialisme occidental pour des créatures humaines.

Et la violence exercée par l'empire ne leur semble pas illégale non plus.

Une traduction basique de son article pourrait être la suivante : "Nous qui croyions que la violence impériale et le changement de régime étaient réservés aux étrangers, pas à nous !"

J'utilise sciemment le terme "étranger" certainement pas dans l'intention d'offenser qui que ce soit. Cette mentalité impériale et raciste imprègne tout ce que rapporte l'actualité.

Les principes du droit international ne sont évidemment invoqués que si les intérêts de l'empire blanc sont en jeu.

En ce sens, Trump est très utile, car il fait resurgir quelque chose de très réel, enfoui sous les artifices sophistiqués de la gouvernance libérale technocratique.

Et il aura fallu un gangster comme Trump pour exposer la loi de l'impunité qui a toujours prévalu.

L'Europe suit une voie calamiteuse.

Elle est en effet piégée. Entre les idéaux professés et un pays dirigé par un homme qui a décidé de tourner le dos aux ambitions européennes. Et c'est l'impasse.

Car l'État américain, ce gangster, contrôle l'Europe.

Non seulement l'Europe s'est privée de gaz russe bon marché, mais elle s'est même laissée convaincre par les États-Unis de saboter les gazoducs qui acheminaient ce précieux combustible. Maintenant, l'Europe se retrouve obligée d'acheter du gaz américain, sombrant encore un peu plus dans le servile.

Et en bons petits soldats, les Européens ont suivi sans broncher.

Puis, quand les États-Unis se sont lassés du dossier ukrainien - comme pour tous leurs projets impériaux -, ils ont exigé des Européens qu'ils règlent l'addition. Mais pour s'assurer des profits des entreprises d'armement américaines, Trump a imposé l'utilisation d'armes américaines. Les dirigeants européens ont docilement consenti. Aujourd'hui, l'UE et le Royaume-Uni investissent des milliards en Ukraine, sous l'égide de l'État voyou américain, et assistent au délabrement total d'un pays dans une guerre par procuration sans fin.

L'Europe a tout misé sur l'atout américain, mais a perdu la partie.

Voilà pourquoi l'Europe cédera aux États-Unis tout ce qu'ils veulent au sujet du Groenland.

Ils n'ont aucun moyen de pression.

Ils n'ont rien.

Pas même pas la dignité.

Trump et sa clique affichent leur aversion profonde pour l'Europe libérale.

JD Vance s'est rendu à Munich pour reprocher aux valeurs libérales (en décodé : "toute l'immigration musulmane") le déclin de l'Europe. Le récent document sur la stratégie de sécurité nationale a même  ouvertement déclaré que les États-Unis vont devoir soutenir et entretenir la flamme des mouvements anti-immigration et nativistes en Europe.

Macron et ses acolytes se font constamment tacler par Trump, qui publie leur correspondance privée sur les réseaux sociaux, et ils encaissent sans broncher.

Et pourtant, malgré tout, malgré les menaces, le mépris et les humiliations, les Européens croient encore au partenariat avec les États-Unis.

Car l'Europe n'a nulle part ailleurs où aller.

L'histoire du Groenland tient du roman tragique.

Trahison. Égo. Humiliation. Violence. Amant éconduit.

Et le recours frénétique aux valeurs morales pour servir les intérêts de notre protagoniste apporte le zest d'absurdité burlesque indispensable à toute bonne tragédie.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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