22/01/2026 reseauinternational.net  10min #302567

 Witkoff annonce le début de la deuxième phase de l'accord sur Gaza alors que les factions palestiniennes saluent favorablement le Comité de transition

Conseil de la Paix : 1 milliard pour sauver le monde (ou s'asseoir sur Gaza)

par Mounir Kilani

En janvier 2026, Donald Trump franchit un seuil inédit dans l'histoire des relations internationales : transformer la paix en produit d'abonnement, réservé aux États solvables et piloté hors de tout cadre juridique. Avec son «Conseil de la Paix», club VIP à un milliard de dollars le ticket, Washington ne cherche plus à arbitrer le monde, mais à le gérer comme un portefeuille, selon une logique de rentabilité et d'accès payant.

Derrière la farce diplomatique se dessine une rupture grave : la fin du multilatéralisme, la mise sous tutelle des peuples - Gaza en tête - et l'aveu d'une hégémonie américaine qui, faute de convaincre, tente désormais de facturer. Bienvenue dans un monde où la paix se vend, se renouvelle, et s'exclut... un monde où l'absurde devient protocole.

Et si la paix mondiale devenait un abonnement à renouveler ?

En ce début d'année 2026, Donald Trump, jamais à court d'idées grandioses et autocentrées, vient de lancer son dernier gadget diplomatique : le «Conseil de la Paix». Imaginé comme un club sélect destiné à «promouvoir la stabilité, restaurer une gouvernance fiable et légitime, et assurer une paix durable» dans les zones de conflit, le projet commence par Gaza et s'étend potentiellement à d'autres théâtres mondiaux.

Mais derrière ces nobles intentions se cache une farce ubuesque : un mandat limité à trois ans pour les membres, prolongeable indéfiniment moyennant un chèque d'au moins un milliard de dollars en cash. Oui, vous avez bien lu : la paix mondiale, version Trump, s'achète comme un abonnement premium à un country club floridien.

Un organisme «intergouvernemental» à l'image de son créateur

Selon le projet de charte émanant de Washington, ce Conseil serait structuré autour d'un noyau dur : un «conseil» de dirigeants avec Trump en «président fondateur» - parce que, bien sûr, qui d'autre pour incarner la paix éternelle ?

S'y ajoutent :

  • un comité exécutif fondateur mêlant officiels américains comme Marco Rubio et Steve Witkoff, d'anciens dirigeants et des figures du secteur privé ;
  • un comité exécutif pour Gaza soutenant un Haut Représentant (l'ancien ministre bulgare Nikolaï Mladenov) ;
  • un comité national pour l'administration de Gaza placé sous Ali Shaath, ex-vice-ministre palestinien.

Le tout est vaguement défini, avec Trump aux manettes des décisions comme des fonds. On jubile déjà à l'idée de voir ce magnat de l'immobilier transformer la diplomatie en émission de téléréalité géante, où les nations paient pour obtenir un siège à la table des «vainqueurs».

Cette structure opaque soulève des questions légitimes sur la gouvernance. Des sources diplomatiques rapportent que Trump envisage d'étendre le rôle du Conseil au-delà de Gaza, afin de superviser «d'autres conflits qu'il déclare avoir résolus». Une mégalomanie assumée, qui piétine allègrement les institutions internationales, au premier rang desquelles l'ONU, déjà affaiblie.

Les gouvernements européens expriment leurs «inquiétudes» quant à l'impact de cette initiative sur la crédibilité onusienne - euphémisme poli pour dire qu'ils y voient une tentative américaine de privatiser la paix au profit d'un ego surdimensionné.

Une paix sans droit : le vide juridique absolu

Un point central mérite d'être explicitement posé : le «Conseil de la Paix» ne repose sur aucun fondement juridique international reconnu.

Pas de traité ratifié, pas de mandat du Conseil de sécurité, pas d'ancrage dans le droit international humanitaire, aucun mécanisme de responsabilité ou de contrôle. La paix devient ici une initiative privée transnationale, hors de tout cadre légal, où la norme est remplacée par la contribution financière.

Gaza : de la cause politique à la gestion sous tutelle

Le projet ne traite pas Gaza comme un peuple doté de droits, mais comme un territoire à administrer.

Aucune référence au droit au retour, à la fin de l'occupation, à la souveraineté palestinienne ou à un processus politique autonome. Gaza est réduite à un espace sous tutelle, laboratoire d'une paix technocratique où la gestion remplace l'émancipation.

En somme, on propose de «pacifier» Gaza en retirant aux Palestiniens tout ce qui fait d'eux un sujet politique, pour n'en faire qu'un objet administratif : une population à gérer, à reconstruire, à discipliner - mais surtout à priver définitivement de voix et d'avenir souverain.

C'est la version 2026 du colonialisme managérial : on ne colonise plus avec des colons, mais avec des tableaux Excel et un chèque d'un milliard.

La liste des invités : un mélange explosif, avec quelques absents notables

Environ soixante pays ont reçu l'invitation tant convoitée - ou pas. Parmi les «heureux élus» figurent la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, la Turquie, et même la Russie et la Biélorussie, dont le ministère des Affaires étrangères a déjà signalé sa «disponibilité» à rejoindre l'initiative.

Une carte exclusive révèle ce patchwork hétéroclite, mélangeant alliés occidentaux et rivaux géopolitiques, comme si Trump organisait une garden-party où Poutine côtoierait Macron. Le résultat, pourtant, est des plus maigres : seulement huit nations ont publiquement accepté à ce jour, signe évident que l'enthousiasme n'est pas au rendez-vous.

Et les exclus ? La Chine, notamment, n'a même pas signalé avoir reçu une invitation - un «oubli» stratégique révélateur. Dans un monde multipolaire en pleine recomposition, où Pékin et les BRICS imposent de plus en plus leurs règles, ce snobisme américain ressemble à un aveu de faiblesse.

En excluant cette puissance mondiale, Trump transforme son «Conseil de la Paix» en club occidental déguisé, obsolète avant même son lancement, alors que les vents géopolitiques soufflent déjà vers l'Eurasie et le Sud global.

Le silence des États : une gêne plus qu'un soutien

Le faible nombre d'adhésions publiques ne relève pas de la simple prudence diplomatique, mais d'un malaise profond. Participer, c'est entériner la privatisation du multilatéralisme. Refuser, c'est s'exposer à des pressions économiques. Ce silence vaut déjà verdict : le monde n'y croit pas.

Seuls les habitués de Mar-a-Lago osent lever la main : Orbán qui bave d'avance, Milei en mode fanboy, les Émirats attirés par l'odeur du cash sale, le Vietnam prêt à signer sans poser de questions, le Kazakhstan opportuniste à l'affût d'un deal énergétique, le Maroc en quête d'un nouveau marchandage Sahara/US et d'un selfie royal avec le boss orange, sans oublier quelques micro-États prêts à tout pour une photo souvenir avec Trump.

Pendant ce temps, les vrais poids lourds - Poutine, qui observe l'invitation comme un chat regarde une souris empoisonnée ; Xi Jinping, qui ghoste royalement ce club de losers occidentaux ; Modi et Lula, qui se marrent dans leur coin en se disant «payer un milliard pour siéger au cirque orange ? Plutôt crever» - snobent l'initiative comme on refuserait de payer un milliard pour s'asseoir dans un jacuzzi où fermente l'ego trumpien et applaudir pendant que le vieux showman se branle l'ego en direct sur Truth Social.

Personne n'a envie de claquer un milliard pour regarder un épisode pilote déjà annulé avant diffusion.

Le prix de l'entrée : un milliard pour la paix éternelle ?

Le clou du spectacle : pour dépasser le mandat initial de trois ans et rester membre à vie, il faut débourser au minimum un milliard de dollars. Une somme qui, sous couvert de contributions, sent fortement le «pay-to-play» trumpien - souvenez-vous de ses hôtels et de ses golfs.

Imaginez les débats budgétaires dans les hémicycles pour justifier ce «jeton d'entrée» auprès des contribuables, alors même que l'Europe ploie déjà sous les tarifs douaniers imposés par Washington. Cette monétisation de la diplomatie n'est pas seulement critiquable : elle est hilarante par son absurdité, révélant un président qui traite les nations comme des investisseurs dans une start-up bancale.

Un précédent dangereux : quand la paix devient un produit

En instaurant un ticket d'entrée à un milliard de dollars, le Conseil crée un précédent glaçant :
si la paix est payante, alors la guerre devient implicitement rentable.

Demain, qui décidera quels conflits méritent un investissement, lesquels peuvent être ignorés, et lesquels doivent durer faute de sponsors ?

Imaginez le business model parfait : prolonger une guerre pour faire monter les enchères, puis facturer la «paix» aux États solvables, pendant que les usines d'armement américaines tournent à plein régime et que les actionnaires se frottent les mains.

C'est la diplomatie version Trump : un marché où la stabilité se vend au plus offrant, et où les conflits non rentables sont laissés à l'abandon, transformant le chaos mondial en opportunité d'affaires pour le clan orange.

Vive la farce, mort à l'hégémonie

Dans le contexte géopolitique de janvier 2026, marqué par des tensions persistantes en Europe et une Amérique recentrée sur ses intérêts hémisphériques, ce Conseil apparaît comme une bulle spéculative diplomatique. Il risque d'exacerber les divisions plutôt que de les apaiser, tout en marginalisant davantage l'ONU au profit d'un cirque personnel.

Finalement, le «Conseil de la Paix» apparaît moins comme une initiative diplomatique que comme le révélateur d'une mutation historique. Il incarne la vision d'une superpuissance qui conçoit désormais les relations internationales comme une extension de ses marchés et de sa communication.

Cette tentative de transformer l'influence en produit d'appel - un club sélect à un milliard de dollars - illustre, de manière presque caricaturale, les contorsions d'une hégémonie contestée en quête de nouveaux modèles.

Plutôt que de résoudre les conflits, ce projet pourrait bien accélérer la multipolarité, où la Russie, la Chine et les puissances émergentes imposent un ordre plus équilibré, loin des caprices d'un milliardaire recyclé en pacificateur.

Trump, merci pour le rire - et pour rappeler que la vraie paix ne s'achète pas : elle se construit collectivement.

Ce Conseil ne pacifie rien.
Il acte la fin d'une époque où Washington décidait seul, où l'ONU servait de décor, et où la légitimité se confondait avec la puissance.

La farce est réelle.
Le basculement l'est plus encore.

NB : Alors que ces lignes sont écrites, Trump parade à Davos, au Forum économique mondial, temple feutré du capitalisme global. Officiellement, son discours du 21 janvier évite encore largement le Board of Peace, préférant marteler le Groenland et ses bilans de première année. Officieusement, l'agenda est clair : une cérémonie d'annonce et de lancement formel du Conseil de la Paix est évoquée pour jeudi 22 janvier, en plein cœur du WEF - comme si la paix mondiale devait être adoubée par les mêmes élites qui spéculent sur les crises.

La charte complète, rendue publique le 18 janvier et consultable sur le site du  Times of Israel, confirme ce que beaucoup redoutaient : un Conseil sans mandat international reconnu, hors cadre onusien à l'exception d'un dispositif limité à Gaza, concentrant des pouvoirs exorbitants entre les mains d'un seul homme - Trump, président fondateur, doté d'un droit de veto, d'un pouvoir de dissolution et d'un contrôle exclusif des invitations.

Plus révélateur encore, Netanyahou a accepté ce mercredi 21 janvier d'y siéger, offrant à cette initiative un cachet politique lourd de conséquences pour Gaza, désormais traitée comme un dossier de gouvernance managériale plutôt que comme une cause de droit international.

À Davos, derrière les sourires et les coupes de champagne, le malaise est palpable. Les Européens murmurent leur gêne, certains dénonçant ouvertement une privatisation de la paix et une concurrence directe avec les Nations unies. Si demain des chèques d'un milliard venaient à pleuvoir dans les salons alpins pour des sièges permanents, le Conseil de la Paix cesserait d'être une provocation pour devenir un aveu brutal : la diplomatie mondiale ne se décide plus dans les enceintes internationales, mais dans les clubs de milliardaires.

Cela pourrait changer la donne - ou accentuer le ridicule - si annonces, signatures et transferts massifs se concrétisent au milieu des neiges suisses.

 Mounir Kilani

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