22/01/2026 mondialisation.ca  7min #302609

 Witkoff annonce le début de la deuxième phase de l'accord sur Gaza alors que les factions palestiniennes saluent favorablement le Comité de transition

Trump établit sa propre Onu : un dangereux écho des années trente

Par  Marc Vandepitte

Une crise entre les États-Unis et les autres pays de l'OTAN au sujet du Groenland a - provisoirement - été évitée. Mais dans l'ombre de cela, Trump s'affaire à quelque chose de bien plus lourd de conséquences, qui conduit la diplomatie internationale vers un dangereux point de bascule. Il s'agit du Board of Peace (Peace Council / Conseil de paix) que Trump a mis en place à Washington.

En novembre 2025, le Conseil de sécurité de l'ONU avait formellement  approuvé, par la Résolution 2803, un tel conseil en tant qu'administration temporaire pour la reconstruction de Gaza. Mais cette initiative va bien plus loin. Le conseil, présidé par Trump lui-même, est présenté dans de récents documents officiels comme un mécanisme mondial de gestion des conflits.

D'après des  documents divulgués, le conseil a toutes les allures d'une ombre de l'ONU. Il y a quelques jours, Trump  a déclaré que le « Conseil de paix » « pourrait » remplacer l'ONU. Ainsi, ce qui a officiellement commencé comme un organisme pour la reconstruction de Gaza, avec l'approbation de l'ONU, se révèle désormais être une attaque directe contre les Nations unies.

L'ONU n'est certes pas parfaite. La composition du Conseil de sécurité est problématique,[1] et ses membres permanents disposent d'un droit de veto dont ils ont abusé depuis des décennies. Mais il y a une grande différence entre un système défaillant qui doit être réformé et un système parallèle qui remplace l'idée du droit international par la loi du plus fort.

Un nouveau club mafieux

La composition de ce « Conseil de paix » ressemble à un projet de nouvel ordre mondial, dans lequel le diplomate traditionnel cède la place au négociateur. Au sommet trône Donald Trump lui-même en tant que président  à vie, entouré d'un cercle restreint de proches, tels que son gendre Jared Kushner et l'influent magnat de l'immobilier et négociateur en chef Steve Witkoff.

Ils constituent le noyau dur  d'une direction complétée par des poids lourds du monde financier, dont le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, et des investisseurs en capital-risque tels que Marc Rowan d'Apollo Global Management.

En associant aussi des personnalités chevronnées comme l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et la diplomate néerlandaise Sigrid Kaag à la mise en œuvre, le conseil tente de projeter une aura d'expérience internationale et de pragmatisme, tandis que la véritable mise en scène reste fermement entre les mains de Mar-a-Lago.

De ce fait, le fondement de la coopération internationale est échangé contre un système de loyauté personnelle. Une telle structure de pouvoir est sans précédent dans l'histoire moderne. Trump dispose d'un  droit de veto personnel et de la compétence exclusive de nommer ou de révoquer des États membres.

La portée de l'initiative ressort déjà de la liste des invités, qui couvre  plus de soixante pays et constitue ainsi un défi direct à l'universalité de l'ONU.

Alors que des alliés comme le Premier ministre hongrois  Viktor Orbán et le président argentin  Javier Milei ont exprimé immédiatement leur soutien, l'invitation a aussi été largement lancée à  des acteurs régionaux tels que la Turquie, l'Égypte et les Émirats arabes unis afin de garantir la stabilité à Gaza.  Netanyahou aussi, l'architecte du génocide à Gaza, devient membre du conseil.

Les pays qui veulent un siège permanent doivent payer pour l'obtenir : une contribution  d'un milliard de dollars assure une place à la table. Celui qui ne paie pas obtient un siège temporaire de trois ans, entièrement dépendant de la faveur du président.

Le résultat est un organisme de pouvoir hybride composé de milliardaires, de services de renseignement et de technocrates qui décident ensemble de l'avenir des zones de conflit, au-dessus de la tête des populations locales et en dehors du droit international. On pourrait aussi le décrire comme une ONU mafieuse.

Comme s'il s'agissait d'une introduction en bourse, Trump veut faire  signer la charte fondatrice du conseil à Davos.

L'ombre de la Société des Nations

Ce scénario rappelle de manière effrayante les années trente du siècle dernier. À l'époque, la Société des Nations (SDN), prédécesseur de l'ONU, a été paralysée pas à pas. Des régimes fascistes et autoritaires voyaient les règles internationales comme un obstacle à leur propre volonté d'expansion et à leur politique de puissance.

Lorsque le Japon occupa la Mandchourie en 1931, que l'Italie envahit l'Éthiopie en 1935 et que l'Allemagne nazie commença ouvertement à démanteler le système des traités d'après-guerre (entre autres en se réarmant), ils quittèrent la Société des Nations. Cet organisme devint alors un tigre de papier sans moyens de puissance propres.

Comme à l'époque, nous voyons aujourd'hui les États-Unis échanger les règles universelles contre leurs propres structures parallèles et des accords opportunistes, avec toutes les conséquences que cela implique. Quand les grandes puissances ont abandonné la Société des Nations au profit de leurs propres « deals », le monde a glissé vers la destruction totale de la Seconde Guerre mondiale.

Le « Conseil de paix » de Trump menace de faire exactement la même chose en rendant insignifiante l'ONU, le seul endroit où les pays dialoguent encore sur la base du droit.

Signal d'alarme

Comme dans les années trente, la montée de l'extrême droite ne se traduit pas seulement par le démantèlement des institutions démocratiques, mais aussi par un bellicisme imprudent. La création de ce « Conseil de paix » est une attaque frontale contre les valeurs communes qui ont été péniblement construites après 1945. Le conseil est le symptôme d'un ordre juridique qui s'effondre.

Si le monde permet que l'ONU soit remplacée par un club de pouvoir privatisé, nous répéterons les erreurs fatales des années trente et nous nous dirigerons vers un nouvel embrasement mondial. Cette initiative doit être un signal d'alarme impérieux pour nous tous.

Marc Vandepitte

Note :

[1] La composition reflète le monde de 1945, pas celui d'aujourd'hui : l'Afrique et l'Amérique latine sont sous-représentées, tandis que des pays comme l'Inde, le Brésil ou le Nigeria n'ont pas de voix permanente. Et sans pouvoir exécutif propre, le Conseil dépend des États membres pour faire appliquer les décisions, ce qui peut parfois le faire paraître impuissant ou sélectif.

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

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