
par Amal Djebbar
For sure, la France va bien. Enfin... relativement. Disons qu'elle va comme quelqu'un qui sourit pendant qu'on lui maintient la tête sous l'eau. Mais attention : nous avons un tuba. Un vieux tuba, jauni par les réformes successives, rafistolé avec des promesses, et qui commence sérieusement à prendre l'eau. Mais for sure, il fonctionne encore. À peu près.
For sure, au World Economic Forum, on parle d'avenir, d'innovation, de start-up nation résiliente. Pendant ce temps-là, chez nous, on innove surtout dans l'art de faire tenir un pays à bout de souffle avec des mots creux et des graphiques PowerPoint. Les chiffres, les courbes montent, essentiellement celles de la dette et de la défiance, mais for sure, c'est maîtrisé. Totalement maîtrisé.
La France va mal, mais élégamment. Elle s'enfonce avec panache. Le chômage change de nom, la pauvreté devient une «transition sociale», l'hôpital est «en tension», l'école «en mutation», et la colère «mal comprise». Tout est une question de vocabulaire. Tant qu'on renomme le naufrage, ce n'est pas vraiment un naufrage. For sure.
On nous explique que les efforts sont nécessaires, que la douleur est temporaire, que demain ira mieux - demain étant une notion très flexible, souvent repoussée après le prochain quinquennat. En attendant, on respire à tour de rôle avec le tuba. Les uns prennent de grandes bouffées d'air, les autres boivent la tasse. Mais for sure, c'est équitable. Sur le papier.
Au WEF, la France est «attractive». C'est vrai : elle attire les capitaux, les investisseurs, et parfois même ses propres citoyens... vers la sortie. Mais for sure, partir n'est pas fuir, c'est «s'ouvrir à l'international». Quand on reste, en revanche, il faut «faire preuve de responsabilité». Traduction : tenir encore un peu sans respirer trop fort.
Le tuba, lui, date d'une autre époque. Il a servi pendant les crises, les réformes, les urgences, les «quoi qu'il en coûte» et les «en même temps». Aujourd'hui, il siffle, il se bouche, il laisse passer l'eau salée du réel. Mais on nous assure qu'il est moderne, performant et surtout indispensable. Sans lui, ce serait le chaos. Avec lui... c'est juste un peu plus lent. For sure.
Et puis, il y a ce ton. Calme. Sûr. Presque enthousiaste. Celui qui dit : «Faites-nous confiance». Celui qui parle de lucidité tout en regardant ailleurs. Celui qui promet de garder la tête hors de l'eau, même si le corps, lui, commence sérieusement à flotter à l'horizontale.
Alors oui, la France va mal. Très mal, parfois. Mais for sure, elle va mal avec un accent international et un tuba réglementaire. Et tant qu'il reste une petite bulle d'air, on pourra toujours dire, la bouche à moitié noyée :
For sure, everything is under control.