
par Bleu Profond
Wang Yi vient de lancer un avertissement au monde entier. «La situation internationale est de plus en plus instable et complexe», a-t-il déclaré. «Les agressions unilatérales s'intensifient. Le changement soudain au Venezuela a suscité une vive inquiétude au sein de la communauté internationale». Il a ensuite ajouté : «Nous n'avons jamais cru qu'un pays puisse jouer le rôle de gendarme du monde, ni qu'un pays puisse se prétendre juge international».
Il ne s'agit pas de vaines paroles diplomatiques. Wang Yi a ajouté que «la souveraineté et la sécurité de tous les pays doivent être pleinement protégées par le droit international». C'est un avertissement direct lancé à la prétendue «nouvelle doctrine Monroe» de Trump, et cela indique que la Chine s'opposera fermement au néocolonialisme. Un épisode du passé chinois illustre parfaitement ce que cela signifie.
Le pari d'Incheon
À la mi-septembre 1950, MacArthur réussit l'audacieux débarquement d'Incheon, salué plus tard comme «le pari le plus réussi» de l'histoire militaire. Il misait tout sur un seul atout : la négligence des forces nord-coréennes dans la défense d'un port à la géographie désastreuse. Le pari fut gagnant. Les forces américaines obtinrent un effet de surprise total, coupèrent les lignes de ravitaillement ennemies et mirent fin aux premiers désastres de la guerre de Corée.
La péninsule coréenne revêtait une importance stratégique vitale pour la Chine et l'Union soviétique. Elles prévoyaient de soutenir la Corée du Nord. Le 3 octobre à 1 h du matin, Zhou Enlai convoqua en urgence K. Panikkar, ambassadeur de l'Inde en Chine. Son message était sans équivoque : «Si les forces américaines franchissent le 38e parallèle, nous ne pouvons rester les bras croisés ; nous devrons intervenir».
L'histoire officielle du Parti communiste chinois relate cet événement et met l'accent sur un mot crucial : «管» (intervenir). La traduction de ce terme chinois posait un problème de clarté. Une formulation trop atténuée risquait de faire mal comprendre aux Américains l'intention de la Chine. Le Premier ministre Zhou demanda donc à son secrétaire aux Affaires étrangères, Pu Shouchang, de choisir avec soin. Pu utilisa «intervenir», rendant ainsi l'intention de la Chine parfaitement limpide. La Chine allait intervenir et s'ingérer dans les opérations. Le message parvint rapidement à Washington via l'Inde. Pourtant, «les États-Unis choisirent de l'ignorer et leurs forces franchirent sans vergogne le 38e parallèle le 7 octobre».
Traversée du Yalu
Les troupes américaines n'ont pas seulement franchi le 38e parallèle ; elles ont lancé une offensive massive vers le fleuve Yalu et progressé rapidement le long des frontières sino-nord-coréenne et nord-coréenne-soviétique jusqu'au fleuve Tumen. Que s'est-il passé ensuite ? Le 19 octobre 1950, les Volontaires du peuple chinois ont franchi le Yalu. Après cinq campagnes successives, ils ont repoussé les forces de l'ONU de la région du Yalu jusqu'aux abords du 38e parallèle.
Le 27 juillet 1953, la Chine, la Corée du Nord et le commandement des Nations unies signèrent l'armistice coréen. Nombreux sont ceux qui estiment que la décision de Mao Zedong d'envoyer des troupes a offert à la Chine une victoire éclatante : la victoire d'une puissance plus faible sur une puissance plus forte. On dit aujourd'hui que la Chine a «gagné si fort que cela semblait irréel».
MacArthur, ce «général quasi divin», ne pouvait s'empêcher de s'enflammer. Après son succès à Incheon, plus il y pensait, plus il désirait étendre ses conquêtes. Il proposa à Washington une escalade radicale : premièrement, bloquer les côtes chinoises ; deuxièmement, utiliser la puissance navale et aérienne pour bombarder sans relâche et anéantir la production industrielle et les infrastructures chinoises ; troisièmement, faire intervenir les forces nationalistes (KMT) pour «reprendre le contrôle du continent» et immobiliser la Chine. Enfin, MacArthur alla encore plus loin avec une proposition insensée : larguer 20 à 30 bombes atomiques sur la Chine et créer une «zone de mort» radioactive le long du fleuve Yalu, entre la Chine et la Corée du Nord.
Le moment MacArthur de Trump
Le Trump d'aujourd'hui croit qu'arrêter le président vénézuélien et son épouse lui donne le pouvoir de dominer le monde entier. Tantôt il parle de «prendre le contrôle» du Venezuela, tantôt il prétend pouvoir y nommer Marco Rubio comme «gouverneur». Pendant ce temps, les géants pétroliers américains s'apprêtent à s'emparer des ressources pétrolières vénézuéliennes. L'ambition de Trump suit la même logique que celle de MacArthur à l'époque.
L'imprudence de MacArthur exaspéra les alliés de l'Amérique. Ils craignaient une Troisième Guerre mondiale. Plus important encore, l'Union soviétique, elle aussi dotée de l'arme atomique, était profondément mécontente des États-Unis et avertit que «les bombes appellent des bombes». Le président Truman se trouvait face à un choix impossible : conserver son héros de guerre ou préserver la paix. Il choisit la paix. Le 11 avril 1951, Truman limogea MacArthur, mettant ainsi fin à la carrière du général le plus célèbre d'Amérique. L'histoire de MacArthur devint l'un des plus grands avertissements du XXe siècle.
La leçon est simple, directe et brutale. Trump croit que tout le monde le craint et qu'il peut continuer à proposer des «accords» toujours plus scandaleux à sa guise. Cela mènera inévitablement au désastre, car cela dépasse les limites de l'équilibre des grandes puissances. Ces dernières seront contraintes d'«intervenir».
Comment vont-ils intervenir ? Les grandes puissances disposent de nombreux outils. Pensez au chat de Schrödinger : ouvrez la boîte vous-même et vous découvrirez le résultat. Ce n'est pas une plaisanterie. Oserez-vous essayer ?
source : Bastille Post Global via China Beyond the Wall