23/01/2026 reseauinternational.net  13min #302651

Venezuela et Iran : l'avant-garde d'un monde multipolaire

par Seyed Mohammad Marandi

Dans une action qui a stupéfié le monde, l'armée américaine a lancé des attaques sur la capitale vénézuélienne, bombardant de nombreux sites, dont un important centre universitaire et scientifique et un entrepôt médical, comme pour souligner les similitudes entre les troupes américaines et sionistes. L'opération a abouti à l'enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, et au meurtre d'une centaine de personnes.

Cet acte honteux a fait suite à des mois d'escalade. Tout a commencé par des menaces fondées sur de fausses allégations de trafic de drogue, suivies d'un renforcement militaire dans les Caraïbes. Puis, une série de frappes de missiles meurtrières contre des bateaux, des frappes que les experts juridiques du monde entier ont qualifiées d'illégales, causant la mort de plus d'une centaine de personnes, dont certaines n'étaient même pas vénézuéliennes. La plupart des victimes étaient probablement de simples pêcheurs ou d'autres personnes qui peinaient simplement à nourrir leur famille.

Puis, comme on pouvait s'y attendre, le discours s'est recentré sur le véritable objectif : le pétrole. Une heure après l'enlèvement du président Maduro, la Maison-Blanche a fait son annonce. Le monde entier a assisté avec dégoût et consternation à la scène : un chef d'État enchaîné, mais d'humeur joyeuse, aux côtés de son épouse, rouée de coups par les soldats américains.

Le président américain a déclaré que le pétrole vénézuélien, qui possède les plus importantes réserves prouvées au monde, était désormais un actif américain à durée indéterminée. Dès lors, ses nombreux milliards de dollars de richesse souveraine allaient être détournés et accaparés par Washington.

À Caracas, la réaction fut la fureur du pays. Le vice-président, devenu président par intérim du Venezuela, dénonça un enlèvement illégal et illégitime, une violation flagrante de la Charte des Nations unies et de toutes les normes de la dignité humaine. La condamnation internationale fut immédiate et unanime, émanant d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie. Elle vint de tous les horizons, à l'exception des capitales des plus proches alliés de Washington : le régime israélien, l'Union européenne et d'autres régimes pro-occidentaux.

Une nouvelle ligne se traçait sous nos yeux, en temps réel. Un dirigeant mondial enlevé par une armée étrangère. La richesse d'une nation déclarée propriété permanente d'une autre. Le prétendu ordre international fondé sur des règles réduit à néant. Mais l'histoire est loin d'être terminée. La résistance au Venezuela est bien vivante.

Ceci nous amène au partenariat irano-vénézuélien, une alliance qualifiée dès le départ de menace mondiale par l'empire. Ce n'est pas un hasard si les sionistes et les néoconservateurs ciblent simultanément l'Iran et le Venezuela. Leur partenariat représente un défi de taille pour cette ère d'impérialisme prédateur. Son importance réside non seulement dans la coopération économique et politique, mais aussi dans la prise de conscience, la solidarité et la compréhension forgées au sein de la majorité mondiale, une force dont le pouvoir ne se mesure pas en termes matériels. La diabolisation orchestrée par l'empire et sa machine médiatique perd de son efficacité à mesure que la plupart des populations d'Amérique latine et d'Asie occidentale reconnaissent leurs vérités, leurs idéaux et leurs aspirations communs. Cette reconnaissance est un poison pour l'empire.

Malgré le pillage des actifs occidentaux, les sanctions, les opérations de changement de régime violentes, les projets de révolutions de couleur et même la guerre, le récit construit par l'empire demeure unique et sombre : une menace stratégique, un axe d'autoritarisme anti-américain, une alliance entre deux États dits parias. Dans ce contexte, les allégations alimentent un climat de peur artificiellement créé. Ce partenariat est présenté comme un pacte de coopération autoritaire. Mais en réalité, il est devenu le laboratoire le plus perfectionné au monde pour contourner les sanctions illégales, ces sanctions déployées par les États-Unis et leurs alliés pour étrangler des nations, faire s'effondrer des économies, détruire des emplois, aggraver la pauvreté, briser des familles, laisser mourir les malades faute de médicaments, déstabiliser les sociétés et mettre des nations à genoux.

L'empire dépeint une économie parallèle sinistre, opérant dans l'ombre, en haute mer. Cette caractérisation se transforme ensuite inévitablement en une menace sécuritaire ultime : conseillers militaires, drones iraniens sur le sol vénézuélien, le tout culminant avec un prétendu lien avec le Hezbollah. C'est là que le récit opère son tournant décisif, métamorphosant la menace d'une simple question économique en une menace existentielle, une illusion de danger pour les États-Unis eux-mêmes. Finalement, tout est présenté comme un vaste complot : deux régimes isolés complotant pour envahir les États-Unis avec des immigrants et des réfugiés, exterminer la population par la drogue, et autres accusations qui, bien qu'absurdes, restent tragiquement crédibles pour une large partie du public américain, fortement endoctriné par la propagande.

Voici le récit. Il a servi à justifier des années de sanctions barbares contre les femmes et les enfants. Et aujourd'hui, il justifie l'enlèvement du président d'une nation souveraine et le massacre d'environ 200 personnes. Ce prétendu partenariat criminel est, bien sûr, tout autre chose. Il s'agit d'une collaboration déterminée entre deux nations qui tracent une voie alternative, un plan concret pour préserver leur indépendance face à l'agression et aux sanctions collectives infligées par les États-Unis.

L'obsession de se focaliser sur une prétendue menace terroriste mondiale est une diversion stratégique. Ce discours vise à occulter les réalités quotidiennes concrètes qui unissent véritablement ces nations sœurs : les ingénieurs qui remettent en marche les raffineries, les technologies agricoles qui approvisionnent les villes, le plan stratégique sur 20 ans signé à Téhéran. C'est là le véritable combat, non seulement pour survivre, mais aussi pour maintenir un État moderne face à un siège économique total et barbare.

Interrogeons l'architecture même du récit : comment une narration se transforme en arme, brique par brique, jusqu'à ce que le mur qu'elle érige soit si haut qu'il masque la réalité humaine de l'autre côté, justifiant ainsi toute action menée derrière elle. Dans la lutte pour un monde multipolaire, qui définit le terrorisme ? Qui définit la légitimité et la moralité ? Et quel prix les nations sont-elles contraintes de payer pour écrire leur propre histoire ?

Pour l'Iran, cette relation dépasse le simple cadre d'une alliance stratégique ou économique. Elle constitue l'accomplissement d'une mission nationale, un principe inscrit dans les fondements mêmes de l'État. La Constitution de la République islamique d'Iran est explicite : elle contient un mandat révolutionnaire qui engage l'État à défendre les «mustaz'afin», les opprimés et les démunis, où qu'ils se trouvent. Ce principe permet de percevoir les luttes palestiniennes, mais aussi bosniaques, sud-africaines, cubaines et vénézuéliennes, comme une seule et même lutte contre la domination et l'oppression impériales.

Il ne s'agit pas d'une théorie, mais d'un fait avéré. Alors que la plupart des gouvernements du monde entretenaient encore des relations commerciales avec l'Afrique du Sud de l'apartheid, la République islamique d'Iran, nouvellement formée, a immédiatement rompu tout lien avec ce pays. Elle est devenue un fervent défenseur de l'ANC et d'autres organisations de résistance, apportant un soutien crucial à la lutte anti-apartheid, tandis que l'Occident soutenait le régime suprémaciste blanc. Dans les années 1990, alors que l'Europe restait passive face au génocide en Bosnie, l'Iran a agi. Il a bravé l'embargo sur les armes imposé par l'ONU pour fournir à l'armée bosniaque des armes, des équipements et des conseillers militaires essentiels, une aide vitale pour la survie du pays.

Ainsi, lorsque l'Iran observe aujourd'hui le Venezuela, nation indépendante en proie à une guerre économique brutale, dont les ressources ont été pillées et le dirigeant enlevé, il ne voit pas un simple partenaire stratégique. L'Iran y voit une lutte commune contre l'oppression. Cet impératif constitutionnel et idéologique confère à sa position de principe bien plus qu'un simple corollaire de l'alliance : il en est l'âme. Et c'est sur ce principe fondamental que, malgré les menaces, la coopération s'est développée : un partenariat forgé par l'urgence pratique de relancer une économie assiégée. Ceci révèle la véritable histoire, non pas d'un axe obscur, mais d'un modèle de souveraineté économique élaboré en défiant un hégémon brutal.

Le partenariat entre l'Iran et le Venezuela n'est ni ancien ni inévitable. C'est une création moderne, forgée par une vision commune d'un monde multipolaire et consolidée par la pression implacable d'un blocus économique. Pendant la majeure partie de l'histoire, Téhéran et Caracas étaient des connaissances distantes. Cela changea au tournant du siècle avec une puissante fusion d'idéologies : le socialisme bolivarien et la pensée révolutionnaire islamique, unis par une conviction fondamentale : la résistance à la domination unipolaire.

Le pont stratégique entre Caracas et Téhéran a été en construction au début des années 2000 sous les présidences d'Hugo Chávez (Venezuela) et de Mohammad Khatami (Iran). Leur rapprochement diplomatique s'est véritablement amorcé en 2001 et s'est consolidé par des visites d'État réciproques et d'importants accords de coopération dans les secteurs de l'énergie et de la construction. Ce partenariat a évolué davantage sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, se transformant à partir de 2005 en un axe d'unité déclaré contre l'impérialisme américain.

L'ampleur de la coopération entre ces deux nations lourdement sanctionnées était remarquable. Elles ont signé plus de 270 accords bilatéraux. En 2007, elles ont annoncé la création d'un fonds commun de 2 milliards de dollars destiné à investir dans d'autres pays en voie d'émancipation. Cet engagement a été réaffirmé en 2006 lorsque Chávez a promis que le Venezuela resterait fidèle à l'Iran en toutes circonstances. Dès mars 2005, le développement de ce partenariat et le soutien apporté par le Venezuela au programme nucléaire iranien suscitaient l'inquiétude au sein de l'administration américaine.

Sur le terrain, des entreprises iraniennes ont construit des usines de munitions et de ciment, ouvert une usine automobile et établi des liaisons aériennes directes entre leurs capitales. La valeur des projets industriels iraniens au Venezuela atteignait 4 milliards de dollars et les échanges bilatéraux avaient connu une forte croissance dès 2008. Ce lien est resté solide sous Nicolás Maduro. Cependant, la relation a rapidement dû faire face à son plus grand défi : des sanctions américaines globales et dévastatrices. Cette pression extérieure a transformé leur alliance en un lien pratique vital. La vision seule ne suffit pas. Par conséquent, l'alliance est passée d'une union de déclarations d'intention à un pacte pragmatique de survie et de développement.

En 2020, l'industrie du raffinage vénézuélienne s'est effondrée. En réponse, l'Iran a dépêché cinq pétroliers transportant 60 millions de gallons d'essence pour un voyage audacieux de 15 000 kilomètres, les deux pays mettant en garde les États-Unis contre toute ingérence. Cette mission de sauvetage, audacieuse pour la souveraineté énergétique, s'est ensuite concrétisée par un contrat de 110 millions d'euros pour la réparation de la raffinerie El Palito au Venezuela. La coopération s'est toutefois étendue bien au-delà du pétrole. Une chaîne de supermarchés iranienne a ouvert ses portes à Caracas et les deux pays ont même lancé des recherches conjointes en nanotechnologie. Il s'agissait d'un projet global de renforcement des capacités souveraines, couvrant tous les domaines, de la sécurité alimentaire et l'industrie aux technologies de pointe.

Surtout, la coopération s'étendait aux domaines culturel et scientifique des deux nations. Les ministres de la Science, de la Culture et de l'Éducation effectuaient des allers-retours réguliers. Il ne s'agissait plus seulement d'échanges commerciaux, mais de la construction d'une alliance intellectuelle durable. Ce succès concret et multidimensionnel n'est cependant pas passé inaperçu. À Washington, l'inquiétude s'est muée en une contre-stratégie officielle. Dès 2012, le Congrès américain a tenu des auditions et élaboré une législation visant spécifiquement à contrer la présence croissante et les activités hostiles de l'Iran dans l'hémisphère occidental.

Un partenariat pacifique, voué à l'amélioration des conditions de vie, fut officiellement désigné comme adversaire par le droit américain. Dès lors, le discours alarmiste s'intensifia. Le Mossad diffusa de fausses informations concernant un projet de base navale iranienne dans un port vénézuélien. À Washington, et de façon surprenante au sein des médias américains complaisants, le partenariat n'était plus perçu comme un défi régional, mais comme une menace existentielle pour la sécurité des États-Unis.

Néanmoins, en 2022, les deux pays ont signé avec défi à Téhéran un plan de coopération stratégique de vingt ans, parrainé par le président vénézuélien Nicolás Maduro et le défunt président iranien Ebrahim Raïssi. Malgré l'escalade des menaces, chaque phase de cette relation s'est appuyée sur la précédente. C'est cette vision commune qui a rendu possible une coopération concrète. C'est cet engagement indéfectible envers la souveraineté et l'indépendance qui a finalement conduit aux assassinats dans les Caraïbes, au bain de sang au Venezuela et à l'enlèvement de son président.

Mais il ne s'agit pas d'une alliance éphémère. C'est une alliance structurelle, un réseau résilient qui a survécu à la disparition de son fondateur, le défunt dirigeant vénézuélien Hugo Chávez. Elle a persévéré et prospéré malgré les transitions politiques, plus de vingt ans de pressions américaines et les mesures prises directement par le Congrès pour la contrer. Ces deux nations ont très tôt compris que lorsqu'on est exclu du système, on ne supplie pas pour y être réintégré. On construit une alternative, étape par étape.

Mais lorsqu'un nouveau plan d'indépendance se dessine, que fait l'ancienne puissance ? Elle cherche à effacer les architectes, et surtout, le plan lui-même. L'attaque contre le Venezuela était un message adressé à toutes les nations aspirant à l'indépendance : «Vous n'êtes pas en sécurité. Votre souveraineté est conditionnelle. Vos ressources sont perdues». Les applaudissements du régime sioniste en réponse à ce meurtre et à cette agression ont confirmé la nature des relations vénézuéliennes-iraniennes, ainsi que l'identité et la nature de l'antagoniste.

Les rumeurs persistantes, souvent relayées par les services de renseignement israéliens, concernant une base militaire iranienne ou un centre névralgique du Hezbollah dans les Caraïbes, étaient bien plus que de simples arguments pour alimenter un discours hostile. Elles révélaient les véritables forces en présence. Pour le suprémacisme sioniste et ses alliés néoconservateurs, qui ne font en réalité qu'un, il s'agit de la menace ultime. L'existence même de nations indépendantes qui revendiquent leur dignité et leur honneur et exigent l'égalité des droits constitue une menace existentielle pour leur domination. À leurs yeux, une telle menace justifie toute riposte.

Mais les instigateurs de cette opération commirent une erreur de jugement capitale. Ils pensaient qu'en s'attaquant à la tête, le corps s'effondrerait. Ils n'en comprirent pas les racines. Cette alliance était l'avant-garde d'un monde multipolaire et reposait sur une conviction idéologique profonde : la dignité et l'honneur partagés des deux peuples. Elle cherchait à remettre en question l'architecture d'un ordre unipolaire avant même l'émergence de l'antagonisme entre l'Occident et la Russie ou la Chine. Elle affirmait le droit des nations à tracer leur propre voie. Cette fraternité contribua à allumer une flamme qu'aucun empire agonisant, aussi violent soit-il, ne saurait éteindre.

La solidarité et la fraternité entre les peuples de différents continents, races et religions ont été une lueur d'espoir pour l'ère post-américaine. Cette alliance n'a jamais été purement bilatérale. Elle est la pierre angulaire d'une constellation plus large, au sein des BRICS et des pays du Sud, de nations déterminées à définir leurs propres règles, à vivre selon leurs propres conditions et à rejeter la logique obsolète du colonialisme sous une forme nouvelle.

Le sentiment anticolonial n'est pas une relique du passé à Caracas ni à Téhéran. Il est le moteur même de la détermination de leurs peuples à résister à la piraterie, au pillage et, surtout, à la colonisation des esprits. L'avenir prouvera que l'enlèvement du président Nicolás Maduro n'a pas soumis le peuple vénézuélien. Au contraire, il a fait de sa résistance une source d'inspiration mondiale, illustrant aux yeux du monde entier la force d'une nation déterminée à défier un empire.

Partout dans le monde, des hommes et des femmes manifestent leur refus d'être colonisés par Washington. Pendant ce temps, leurs alliés iraniens, eux aussi engagés dans la lutte contre la terreur et l'agression sionistes, continueront de soutenir le Venezuela envers et contre tout. Ainsi, la marche collective vers la libération de l'empire se poursuit.

source :  Al-Mayadeen via  China Beyond the Wall

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