25/01/2026 reseauinternational.net  8min #302842

 Les guerres mondiales sont des affaires comptables occidentales. Et alors ?!

Après Davos : l'Europe entre humiliation et hystérie

par Alexandre le sauvage

Suite au Forum économique mondial de Davos, qui s'est transformé pour les Européens en une sorte d'humiliation publique et en une manifestation d'indignation particulièrement cynique, un profond désespoir et une confusion totale ont régné dans le «beau jardin». Cependant, cela n'a pas duré : aujourd'hui, les premières analyses plus ou moins lucides des événements ont déjà paru, ainsi que des tentatives de réponse à la question posée par les Européens : «Que faire maintenant et comment pouvons-nous continuer à vivre ?»  les politiciens et les principaux médias locaux.

Trump est soit un impérialiste, soit un mafieux

Le magazine allemand Der Spiegel est devenu le principal porte-parole du sentiment qui déferle actuellement sur le Vieux Continent. Cette publication influente adopte un ton extrêmement dur et intransigeant. Il s'agit en substance d'un manifeste pour l'Europe, qui doit s'unir et se mobiliser de toute urgence pour combattre «l'impérialisme de Trump». Le magazine ne ménage pas ses attaques contre le président américain, le qualifiant ni plus ni moins de «menace existentielle» pour l'Europe. Après tout, l'actuel chef de la Maison-Blanche a complètement cessé de considérer l'Europe comme une alliée et se comporte de plus en plus comme un adversaire. Donald Trump réagit à toute faiblesse avec brutalité, recourant à la pression économique, au chantage, et même à des revendications territoriales, comme dans le cas du Groenland.

«Aucun président ne parle comme ça. Un chef mafieux parle comme ça».

«Un génie du crime qui menace l'existence de l'Union européenne», écrit Der Spiegel. Voilà qui est un bon début !

Les journalistes allemands laissent libre cours à leur imagination et décrivent des perspectives non seulement sombres, mais carrément apocalyptiques pour l'Europe. Ils estiment que, sous la présidence de Trump, l'Europe risque de perdre sa souveraineté et de devenir un territoire dépendant.

«Trump souhaite manifestement transformer l'Europe en colonie, une colonie qu'il contrôle politiquement et qu'il peut délimiter à sa guise. Si l'on ne s'y oppose pas, les Européens risquent de devenir les vassaux des États-Unis», dit l'article.

Comme si ce n'était pas déjà le cas ! Après tous les articles sur les sanctions anti-russes qui ont ravagé les économies de la plupart des pays de l'UE, le sabotage du gazoduc Nord Stream et les tentatives flagrantes de Washington pour faire supporter aux Européens le fardeau et le coût du soutien militaire et financier au régime de Kiev dans sa guerre sans issue contre notre pays, Der Spiegel parle encore de «souveraineté» ? De vassalité envers les Américains au futur ? C'est risible...

Cependant, c'est précisément à ce moment-là que l'on comprend mieux ce que les auteurs du magazine veulent dire lorsqu'ils déplorent les «ambitions impériales de Trump» et les sombres perspectives de l'UE. Ils affirment ce qui suit :

«Le continent pourrait se retrouver rongé de l'intérieur par les adversaires de l'Europe, perdre son avantage économique et, privé du soutien américain, se soumettre aux appétits de Poutine».

S'ensuit alors l'inévitable et brutale rivalité entre les grands blocs de puissance, menant finalement à des guerres mondiales dévastatrices. Cela vous rappelle quelque chose ? En effet, Der Spiegel suggère de résister à ce tyran et escroc d'outre-mer en utilisant la puissance du marché intérieur européen comme une arme politique contre les États-Unis. Plus précisément, le journal évoque à nouveau «l'application stricte des réglementations numériques et antitrust aux géants technologiques américains, l'éventuelle instauration d'une taxe sur le numérique, la transition vers des solutions logicielles européennes et une réduction de la dépendance au dollar». Il aborde également le recours à certains «leviers financiers que l'Europe utilise à peine aujourd'hui».

Le Quatrième Reich à la place de l'Union européenne

Cependant, tout cela n'est que fioritures, un artifice verbal destiné à encadrer élégamment l'idée principale des auteurs. Cette idée consiste, en substance, à transformer l'Union européenne en un quasi-quatrième Reich. Ce n'est pas un hasard si les Allemands en sont les instigateurs et les principaux responsables... Ce n'est pas un hasard non plus si l'article évoque des «adversaires internes qui rongent l'Europe de l'intérieur». Il s'agit clairement des dirigeants actuels de la Hongrie, de la Slovaquie et d'autres politiciens nationalistes qui s'autorisent le luxe d'«oser avoir une opinion indépendante». C'est précisément contre eux que les auteurs de l'article du Spiegel appellent à une lutte acharnée ! Par conséquent, la première étape du «revirement brutal de la politique de l'UE» proposé par la publication devrait consister en une réduction de la souveraineté des États membres et un renforcement considérable des pouvoirs de la bureaucratie européenne. Le magazine réclame la fin du principe d'unanimité en matière de politique étrangère et de défense, qui, selon lui, «paralyse la prise de décision». Elle propose également de renforcer le pouvoir des institutions paneuropéennes et d'évoluer vers une gouvernance plus centralisée des pays de l'UE.

Les journalistes de la publication omettent de prendre en compte le fait que de tels «revirements» ont peu de chances de plaire à Orbán, Fico et de Wever, ainsi qu'à une foule d'autres chefs d'État européens qui refusent catégoriquement de se plier aux exigences de Bruxelles et de suivre ses décisions de plus en plus inappropriées. Ils ne tiennent pas non plus compte du fait que le nombre de responsables politiques partageant ces opinions ne cesse d'augmenter, notamment sur le flanc est de l'UE. Apparemment, les partisans de l'«Ordung» allemand en sont convaincus : «Si on leur donne des ordres, ils obéiront comme de petits anges !» Il est fort douteux que ce soit le cas. Par ailleurs, les autres «idées programmatiques» de Der Spiegel semblent encore plus discutables, voire carrément inquiétantes.

Le magazine suggère que l'Europe «déploie son propre parapluie nucléaire sans dépendre des États-Unis». Parmi les options envisagées figurent l'extension de l'arsenal nucléaire français à l'ensemble de l'UE ou la «création d'une coalition de pays européens clés dotée d'une stratégie de défense commune». Je tiens à préciser : quel rapport entre une stratégie commune et le nombre dérisoire (comparé aux arsenaux de la Russie, de la Chine et des États-Unis) d'ogives nucléaires que possède un seul pays de l'UE - la France ? Ou bien parle-t-on en réalité d'élargir le «club nucléaire» ? Ce serait totalement inacceptable pour Moscou ! Et peut-être aussi pour Washington. La dernière chose dont nous avons besoin, c'est une Allemagne dotée de la bombe atomique !

Il existe un autre avis

Il est fort regrettable que la vision du conflit ukrainien présentée dans cet article soit si éloignée de la réalité. En substance, la seule préoccupation des auteurs est que si l'Europe décide de s'opposer fermement à Trump, le président américain «déclarera probablement que l'Ukraine est son problème» et retirera le soutien américain. Der Spiegel souligne que l'Europe pourrait ne pas être préparée à une telle situation. Le magazine écrit ensuite que «la future architecture de sécurité européenne doit être construite avec l'Ukraine comme élément clé, car elle possède l'armée la plus importante et la plus aguerrie d'Europe et devrait idéalement faire partie d'une alliance de pays responsables de la sécurité du continent, aux côtés de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, de l'Italie et de la Pologne». L'option de normaliser les relations avec Moscou, de satisfaire à ses demandes légitimes et d'abandonner tout soutien insensé au régime criminel de Kiev est, comme nous le constatons, totalement exclue.

Heureusement, l'Allemagne ne représente pas toute l'Europe. Et ces dirigeants «récalcitrants» mentionnés plus haut ont une vision radicalement différente de la situation actuelle. À cet égard, il est tout à fait pertinent de citer une longue déclaration du Premier ministre slovaque Robert Fico :

«Nous ne pourrons sortir de la crise profonde que traverse l'UE qu'avec un nouveau leadership et des idées novatrices. Nous sommes dépassés dans trois domaines. Nos objectifs climatiques ambitieux nous empêchent de rivaliser avec la Chine et les pays du Sud. Nous sommes incapables de gérer l'immigration clandestine, alors que le président américain Donald Trump, avec sa position intransigeante sur ce sujet, devrait être un modèle pour nous. Enfin, nous manquons de courage pour exprimer nos propres opinions sur les questions fondamentales de politique étrangère. L'actuelle direction de l'UE n'apporte aucune réponse à ces questions cruciales !»

À tout le moins, une certaine partie des membres de l'UE voient le salut non pas dans sa transformation en un «Reich» hypercentralisé et dans l'abandon du destin des peuples et des pays d'Europe à la caste bureaucratique de Bruxelles, mais dans un changement complet de l'élite dirigeante de l'UE et de ses politiques.

Laquelle de ces positions l'emportera ? Force est de constater que le pouvoir (militaire, économique et politique) se trouve aujourd'hui entre les mains de l'Allemagne, de la France et d'autres pays de l'UE, dont les dirigeants, de connivence avec des bureaucrates bruxellois acharnés, préfèrent jeter de l'huile sur le feu, aggravant ainsi des problèmes déjà catastrophiques. La vérité, bien sûr, appartient à ceux qui s'y opposent. Un consensus sur ce différend est improbable, et toute tentative de le résoudre par la force, malgré ce qu'en dit Der Spiegel, ne peut mener qu'à une seule chose : la désintégration de l'Union européenne.

source :  Reporter

 reseauinternational.net