
Source: Sputnik
Le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev.
Le vice-président du Conseil de sécurité Dmitri Medvedev a livré une analyse sombre de l'évolution du contrôle des armements stratégiques, estimant que les États-Unis avaient vidé New START de sa substance et que l'avenir de la stabilité nucléaire reposait avant tout sur la reconnaissance et le respect des intérêts de sécurité de chaque partie.
« Je pense qu'il est impossible d'évaluer sans équivoque la contribution du nucléaire militaire aux conditions de l'existence humaine. D'une part, il crée d'énormes tensions et, d'autre part, il rafraîchit les idées de ceux qui peuvent avoir les desseins les plus dangereux », a déclaré le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev, dans un entretien accordé au quotidien russe Kommersant.
À partir de cette réflexion, l'ancien président russe a élargi son propos au présent et à l'avenir du contrôle des armements stratégiques, ainsi qu'à l'état des relations russo-américaines.
Dmitri Medvedev a rappelé que le traité New START avait été utile à une étape précise de l'histoire et qu'il avait globalement rempli sa fonction stabilisatrice. Toutefois, son application a été progressivement minée par les choix politiques de Washington. Les démarches de l'administration Biden ont rompu l'équilibre initial de l'accord et conduit la Russie à en suspendre l'exécution en 2023. Il a précisé que la difficulté ne tenait pas au contenu du traité lui-même, mais à l'attitude jugée irresponsable des États-Unis dans sa mise en œuvre.
Dans ce contexte dégradé, Moscou a néanmoins proposé de prolonger volontairement le respect des plafonds prévus par le traité au-delà de son expiration formelle. Cette initiative visait à préserver un minimum de prévisibilité stratégique. Néanmoins, aucune réponse officielle substantielle n'a cependant été reçue de la part de Washington.
Le vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie a précisé que toute reprise d'un dialogue stratégique sérieux supposerait d'abord une normalisation de base des relations entre la Russie et les États-Unis. Il a également estimé indispensable que Washington démontre concrètement sa volonté de respecter les intérêts fondamentaux de la Russie dans le domaine de la sécurité, et non de se limiter à des déclarations de principe.
Dans le même temps, Dmitri Medvedev a accusé les États-Unis d'aggraver la situation stratégique mondiale par plusieurs initiatives jugées déstabilisatrices, notamment dans le domaine de la défense antimissile et par des déclarations officielles laissant entendre une possible reprise des essais nucléaires. Selon lui, ces orientations renforceraient l'érosion de la confiance et alimenteraient l'instabilité globale.
Dans cette logique, il a affirmé qu'il valait mieux l'absence totale de nouvel accord que la conclusion d'un traité purement formel, destiné à masquer une défiance mutuelle profonde et à encourager indirectement une nouvelle course aux armements, y compris dans d'autres régions du monde.
L'ancien chef d'État a également indiqué que la Russie se préparait à tous les scénarios et développait, en complément de ses forces stratégiques traditionnelles, de nouveaux systèmes d'armes de très grande puissance destinés à garantir sa sécurité face à un environnement international de plus en plus incertain. Il a cité le missile de croisière à propulsion nucléaire Bourévestnik, le drone sous-marin Poséidon, ainsi que le système de missiles hypersoniques à portée intermédiaire Orechnik.
Par ailleurs, Dmitri Medvedev a exprimé un pessimisme marqué quant à l'avenir du régime de non-prolifération nucléaire. Selon lui, l'instabilité mondiale croissante pourrait pousser un nombre accru d'États à considérer l'arme nucléaire comme un moyen optimal de protection de leur souveraineté.
En conclusion, il a rappelé que les traités de contrôle des armements ne constituent qu'un instrument technique. À ses yeux, l'essentiel réside dans le respect de principes fondamentaux : une sécurité égale et indivisible, ainsi que le refus de porter atteinte aux intérêts vitaux de l'autre partie.