
par Abdelaziz Ghedia
Il est vrai que l'ONU est devenue, depuis longtemps déjà, une coquille vide. Elle n'agit plus d'une manière décisive sur le cours des évènements géopolitiques qui secouent, régulièrement, notre planète. Mais, si elle ne fait pas le travail pour lequel elle a été créée au lendemain de la seconde guerre mondiale, si elle n'arrive pas à régler un certain nombre de conflits qui apparaissent ici et là, au Moyen-Orient, en Afrique ou en Asie, est-ce parce qu'elle manque de moyens matériels, de volonté politique ou est-ce cela serait-il dû à d'autres parties ?
C'est cette question qu'il faut se poser d'abord avant de dire que l'ONU est obsolète et qu'il faut donc la mettre aux oubliettes de l'histoire. Certes, elle mérite d'être réformée, elle mérite d'être rénovée, elle mérite plus qu'un toilettage ou qu'un simple replâtrage. Il faudrait peut-être revoir son architecture et son fonctionnement de fond en comble et apporter éventuellement les correctifs nécessaires aux failles qu'on aurait découvert.
En réalité, si l'ONU éprouve des difficultés à solutionner certains problèmes, ce n'est pas par manque d'imagination des diplomates et de ses hauts fonctionnaires (qui y siègent) ni par manque de solutions à proposer mais c'est parce que les résolutions qu'elle prend au niveau de son Assemblée générale sont souvent rejetées par le Conseil de sécurité dont les 5 membres permanents qui le composent disposent du véto.
Pas besoin d'être un diplomate chevronné ou issu d'une grande école de politique pour comprendre le fonctionnement de l'ONU. L'ONU fonctionne de façon très simple : les problèmes d'ordre conflictuel sont d'abord posés à l'AG qui essaie de trouver la ou les solutions adéquates qui arrangeraient les parties en conflit et elle les soumet ensuite au Conseil de sécurité et c'est à ce niveau-là qu'il y a généralement obstacle. C'est à ce niveau-là et seulement à ce niveau-là qu'il y a souvent anguille sous roche : par l'utilisation du véto par l'un ou l'autre de ces membres permanents.
N'entrons pas dans les détails des causes ou des raisons ayant poussé à ce véto. Tant que le monde est constitué de blocs, de grands ensembles, de coalitions ou de tout ce qu'on voudra dire, tant que les idéologies et les intérêts des uns diffèrent de ceux des autres, tant qu'il y a encore et toujours des causes justes à défendre, tant qu'il y a encore des peuples non autonomes ou sous domination d'autres peuples, cela continuera ainsi. Que l'on veuille ou pas. Le véto sera toujours brandi. Le véto est une épée de Damoclès suspendue sur la tête des pays que l'on veut détruire. Ainsi, les problèmes restent-ils toujours pendants. Et les peuples concernés toujours souffrants.
Tout le problème est là, nous semble-t-il. En fait, pour être plus précis et plus direct, il convient de dire que ce n'est pas qu'il nous semble mais c'est l'évidence même. De notre point de vue donc, réformer cette organisation consisterait d'abord à supprimer ce droit de veto. Il faudrait instaurer le système très simple d'«un pays, un vote» aussi bien à l'AG qu'au CONSEIL DE SÉCURITÉ. Tous les pays devraient être égaux aussi bien en devoirs qu'en droit.
Mais de là à songer à remplacer cette organisation, qui rassemble, mine de rien, tous les pays de la planète, par ce que le président américain, Donald Trump, vient d'exposer et peut-être même avec l'idée d'imposer son «Board of peace», c'est courir le risque de voir s'établir la loi de la jungle, la loi du plus fort. Et dans ces conditions, les pays faibles seront des laissés pour compte. Les pays faibles ne seront que du menu fretin pour les requins !
Cette «ONU bis», telle qu'elle est présentée par Donald Trump ne semble pas intéresser grand monde. Et cela pour des raisons très objectives : cela ressemble, dès le départ, à une sorte de club privé où il faut montrer patte blanche pour y entrer. Et au moindre pépin, les «Body guard» interviennent pour vous faire sortir manu militari.
Enfin, pour terminer il est logique de penser et de dire qu'un clone ne pourra jamais remplacer la copie originale même si celle-ci, du fait de l'épreuve du temps passé, soit quelque peu jaunie.