
Le ministre algérien de l'Énergie, Mohamed Arkab, s'entretient à Niamey avec son homologue nigérien du Pétrole, le 26 janvier 2026.
L'Algérie et le Niger tournent une page de tensions diplomatiques pour remettre sur pied un partenariat énergétique de longue date. La visite du ministre algérien de l'Énergie à Niamey marque la relance concrète des projets communs entre les deux pays, notamment le développement du champ pétrolier de Kafra et la poursuite du gazoduc transsaharien.
Presque un an après la crise diplomatique qui avait figé les relations entre Alger et Niamey, les deux pays franchissent une nouvelle étape vers le rétablissement de leur partenariat stratégique. Ce 26 janvier, le ministre algérien de l'Énergie, des Mines et des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a effectué une visite de travail au Niger, accompagné d'une importante délégation comprenant notamment le PDG de Sonatrach, Noureddine Daoudi, et le directeur général de SIPEX, Bouarara Chérif.
Cette visite vise à faire le point sur les projets énergétiques menés par le groupe Sonatrach au Niger, en particulier le développement du champ pétrolier du bloc de Kafra, situé à la frontière entre les deux pays. Découvert en 2018, ce champ renferme des réserves estimées à plus de 250 millions de barils. Deux puits ont déjà été forés, et quatre autres sont programmés afin d'affiner les évaluations. Le projet repose sur un contrat de partage de production conclu entre la filiale SIPEX de Sonatrach et les autorités nigériennes.
Le gazoduc transsaharien en ligne de mire
Parallèlement au volet pétrolier, la relance du projet de gazoduc transsaharien (TSGP) a été au centre des échanges entre les délégations. Ce projet ambitieux prévoit de relier le Nigeria à l'Algérie en traversant le Niger, sur un tracé total de plus de 4 100 km. L'objectif est de transporter jusqu'à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an vers le nord du continent.
Plus de 70 % des infrastructures sont déjà réalisées côté algérien et nigérian. Le segment nigérien, long de 841 km, reste à finaliser, avec un financement prévu par Alger et Abuja. Le coût global du projet est estimé à 13 milliards de dollars. Sa concrétisation renforcerait considérablement les capacités régionales d'exportation de gaz, tout en consolidant l'axe de coopération entre les trois pays.
Au-delà du TSGP, la délégation algérienne a évoqué d'autres domaines de coopération énergétique avec son homologue nigérien, Hamad Tinni. Les discussions ont notamment porté sur le transfert d'expertise algérienne dans les secteurs du raffinage, de la pétrochimie, ainsi que dans la production et la distribution de l'électricité. L'Algérie a également réaffirmé son engagement à soutenir la formation des cadres nigériens, notamment dans le secteur des mines, domaine jugé stratégique pour les deux pays.
Un axe régional en reconstruction
La relance de la coopération énergétique intervient dans un contexte de réchauffement diplomatique. En avril 2025, les pays membres de l'Alliance des États du Sahel (AES), dont le Niger, avaient rappelé leurs ambassadeurs à Alger, à la suite de l'incident du drone malien abattu par l'armée algérienne. Mais contrairement au Mali, où la rupture reste profonde, le Niger semble avoir choisi l'ouverture.
La visite du ministre Mohamed Arkab marque donc une reprise officielle des échanges et traduit une volonté mutuelle de tourner la page. Les autorités nigériennes ont accueilli cette reprise avec un esprit constructif, notamment à travers la participation de SONIDEP, l'entreprise pétrolière nationale. Un protocole d'accord a d'ailleurs été signé avec Sonatrach pour renforcer la coopération dans les domaines de l'exploration, du raffinage et de la distribution des produits pétroliers.
Cette visite inaugure une nouvelle phase de coopération bilatérale renforcée. L'Algérie, par sa capacité technique et son expertise, se positionne comme un partenaire fiable et structurant dans le développement énergétique de la région. À l'heure où de nombreux pays du Sud choisissent de renforcer leurs liens directs sans dépendance extérieure, le rapprochement entre Alger et Niamey apparaît comme un signal positif.