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Trump voulait jouer les pacificateurs, mais Netanyahu a veillé à torpiller ses plans

Crédit photo © The Cradle

Par  William Van Wagenen, le 27 janvier 2026

"Mon principal héritage sera celui d'un pacificateur et d'un unificateur. C'est mon ambition : être un artisan de la paix et un rassembleur".

- Deuxième  discours d'investiture du président américain Donald Trump, janvier 2025.

En moins d'un an, Trump a ordonné des frappes non provoquées contre l'Iran et le Venezuela, et ses accords de paix phares à Gaza et en Syrie ont été réduits à néant. Dans les deux cas, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a feint de soutenir les efforts de Trump pour mieux les saboter systématiquement de l'intérieur.

Manipulation psychologique à Gaza

Au cours de la transition menant à son second mandat, l'équipe de Trump a joué un rôle central dans la finalisation d'un  cessez-le-feu à Gaza, le 15 janvier 2025, qui a mis fin aux hostilités majeures et permis le retour progressif des otages israéliens détenus par le Hamas depuis le 7 octobre 2023. Lors de son investiture, Trump a publiquement salué ce résultat, déclarant :

"Je suis heureux d'annoncer qu'hier, à la veille de mon entrée en fonction, les otages détenus au Moyen-Orient ont pu retrouver leurs familles".

La première phase de l'accord a permis de mettre fin aux bombardements israéliens, de libérer 33 prisonniers et 2 000 détenus palestiniens, et d'acheminer l'aide humanitaire à Gaza. Des centaines de milliers de Palestiniens déplacés ont alors pu regagner le nord du territoire. La  phase suivante, censée mettre fin à la guerre et libérer les otages restants, n'a jamais été mise en œuvre.

Netanyahu a immédiatement entravé l'action de Trump en refusant d'autoriser son équipe à négocier les principaux points de la phase 2 du cessez-le-feu, qui devaient être discutés lors des pourparlers prévus le 3 février 2025.

"Alors qu'Israël a signé l'accord, Netanyahu a refusé d'engager des pourparlers sur les termes de la phase 2", a  rapporté le Times of Israel. Il a au contraire "soudainement insisté pour qu'Israël ne mette pas fin à la guerre tant que les capacités gouvernementales et militaires du Hamas n'auraient pas été détruites".

À l'approche de la fin de la phase 1, l'envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, a tenté de sauver l'accord en soumettant une proposition intermédiaire qui aurait prolongé la phase 1 du cessez-le-feu de plusieurs semaines, en échange de la libération de cinq prisonniers israéliens.

Bien que le porte-parole du Hamas, Abdel Latif al-Qanoua, ait déclaré publiquement que le mouvement de résistance "approuve cette proposition", Netanyahu l'a également rejetée, torpillant une fois de plus le cessez-le-feu proposé par Trump.

Puis, le 2 mars, soit un jour après le début prévu de la phase 2, il a finalement accepté de prolonger la phase 1 de 42 jours supplémentaires, jusqu'à la fin de la Pâque juive.

Il a ainsi entravé les négociations en bloquant Gaza, en coupant l'approvisionnement en produits de première nécessité et en poussant deux millions de Palestiniens vers la famine. La Maison Blanche de Trump a publiquement soutenu le siège israélien, déclarant "approuver" le blocus, et a ainsi  avalisé l'échec de sa propre initiative de paix.

Netanyahu a ensuite mis un terme définitif au plan de Trump en rompant unilatéralement le cessez-le-feu. Le 18 mars, Israël a  lancé une "offensive aérienne choc", tuant plus de 400 Palestiniens - dont cinq hauts responsables du Hamas et de nombreuses femmes et enfants - au cours de la même journée.

"Nous ne nous attendions pas à la reprise des bombardements", a  déclaré Ibrahim Deeb, dont 35 membres de la famille ont été tués lors d'une frappe sur leur maison dans un quartier de la ville de Gaza.

Les manœuvres de Netanyahu ont non seulement violé le cessez-le-feu, mais également ouvertement défié la Maison Blanche. La chaîne PBS a ensuite  confirmé que l'offensive choc d'Israël en mars n'était que l'"aboutissement" des "plans de Netanyahu pour se soustraire au cessez-le-feu conclu avec le Hamas en janvier", un accord soutenu par Trump.

Netanyahu fait dérailler le plan en 20 points de Trump.

Sans se laisser décourager, Trump a proposé un nouveau cessez-le-feu, ainsi qu'un  plan de paix en 20 points, entré en vigueur le 10 octobre et adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies en novembre 2025. Le Hamas s'est conformé à cet accord, libérant tous les prisonniers, vivants ou morts. Tel-Aviv n'a respecté presque aucune des clauses du plan.

Le cessez-le-feu stipulait que

"toutes les opérations militaires, y compris les bombardements aériens et d'artillerie, seraient suspendues et que les lignes de front resteraient gelées".

Cependant, les bombardements israéliens se sont poursuivis, tuant au moins 442 Palestiniens au cours des quatre mois suivants, notamment par des frappes aériennes, des tirs d'artillerie et des tirs aveugles dans toute la bande de Gaza. Selon The Lancet, le prétendu cessez-le-feu  n'a rien amélioré à Gaza, où la situation reste "catastrophique" et "intenable" pour la population.

Malgré son engagement à geler les lignes de front, Israël a continué à bombarder la bande de Gaza, tuant des centaines de personnes. Il a refusé de se retirer des zones convenues, a étendu sa présence militaire à l'ouest de la "ligne jaune" et a ouvert le feu sur des Palestiniens qui tentaient de regagner leurs foyers.

Les phases suivantes prévoyaient le retrait progressif des troupes israéliennes sur 40 % puis 15 % du territoire de Gaza. La phase finale devait permettre à Israël de maintenir un périmètre de sécurité autour de l'enclave jusqu'à ce qu'elle soit "à l'abri" de toute "menace terroriste potentielle".

Cependant, au cours des quatre mois suivants, l'armée israélienne a refusé de se retirer à l'est de la "ligne jaune". Au contraire, elle a poussé plus à l'ouest, conquérant davantage de territoire et poursuivant la démolition systématique des quartiers palestiniens, a  rapporté la BBC sur la base d'images satellites.

Les troupes israéliennes ont également abattu des Palestiniens qui tentaient de pénétrer dans les zones nouvellement conquises à l'ouest de la ligne. Dans un des cas, les soldats israéliens ont abattu Zaher Nasser Shamiya, âgé de 17 ans, alors qu'il se trouvait du côté ouest de la ligne.

"Le char a réduit son corps en pièces... Il est entré dans la zone de sécurité [à l'ouest de la ligne jaune] et l'a écrasé",

a déclaré son père à la BBC.

Assurer l'acheminement de l'aide humanitaire ?

Le plan de Trump prévoyait également l'acheminement de 600 camions d'aide par jour. Israël  n'en a autorisé que 171. Les autorités israéliennes ont ignoré le Centre de coordination civilo-militaire (CCMC) de Washington et bloqué des produits essentiels, comme des scalpels et des piquets de tente. Comme l'a  averti Jan Egeland, du Conseil norvégien pour les réfugiés,

"la crédibilité des États-Unis est désormais engagée".

Le 30 décembre, Israël a de nouveau saboté le plan de Trump en  interdisant à 37 ONG internationales, dont Médecins sans frontières (MSF), Oxfam et Mercy Corps, d'opérer à Gaza.

Un " Conseil de paix" et une force internationale destinés à  administrer Gaza ne se sont jamais concrétisés, car Netanyahu a rejeté toute offre d'amnistie pour les combattants du Hamas. Trump espérait débuter le désarmement de la résistance avec un programme pilote offrant aux combattants un passage sûr à l'étranger. Netanyahu a répondu en ordonnant leur assassinat.

L'échec de ce programme pilote a scellé le sort du projet de Trump pour Gaza. Sans le désarmement du Hamas et le déploiement d'une autorité civile, la vision de Trump d'une Gaza néolibérale, "Riviera du Moyen-Orient", s'est volatilisée.

Saboter la paix en Syrie

Netanyahu ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Il a de nouveau fait obstacle aux tentatives diplomatiques de Trump en Syrie.

Washington et Tel-Aviv ont tous deux soutenu l'accession au pouvoir à Damas du président syrien autoproclamé Ahmad al-Sharaa, dans le cadre de l'opération Timber Sycamore de la CIA. Cependant, depuis que Sharaa a renversé l'ancien président syrien Bachar al-Assad en décembre 2024, Trump et Netanyahu mènent des politiques diamétralement opposées à l'égard de la Syrie.

Après la prise de contrôle de la capitale syrienne par Hayat Tahrir al-Sham (HTS) de Sharaa, l'administration Trump a immédiatement cherché à légitimer le nouveau régime.

Le 20 décembre, Trump a envoyé à Damas Barbara Leaf, secrétaire d'État adjointe aux Affaires proche-orientales, pour rencontrer Sharaa et préparer la levée de la désignation de HTS et de Sharaa comme organisations et individu terroristes.

Alors que Netanyahu célébrait l'arrivée de Sharaa à Damas, allant même jusqu'à  s'en attribuer le mérite, Israël s'est néanmoins attelé à mettre en œuvre une politique de fragilisation et de division du territoire syrien.

L'armée israélienne a rapidement engagé 480 frappes aériennes pour détruire les infrastructures militaires syriennes et a envahi le sud-ouest de la Syrie, s'emparant de 400 km carrés de territoire, y compris de positions stratégiques au sommet du mont Hermon, situé à cheval sur la frontière syro-libanaise.

Malgré les  livraisons secrètes d'armes, d'aide médicale, d'argent liquide et même de soutien aérien à HTS pendant les 14 années de guerre contre Assad, les responsables israéliens ont continué à qualifier Sharaa de terroriste dans les médias après son accession au pouvoir.

Israël a également fait pression pour maintenir les sanctions brutales des États-Unis, en partie grâce à l'influence de Brian Mast, membre du Congrès américain, citoyen américano-israélien et ancien soldat de l'armée israélienne.

À l'inverse, Trump a promu Sharaa en organisant une rencontre à Riyad le 14 mai, après avoir appelé la veille à la levée des sanctions.

Après cette rencontre, Trump  a fait l'éloge de Sharaa, un homme qui, pendant des années, s'est illustré en envoyant des kamikazes tuer des civils en Irak, en Syrie et au Liban, le décrivant comme un "jeune homme séduisant" au "passé très impressionnant".

Trump a rapidement dépêché son émissaire, Tom Barrack, pour négocier un accord de paix entre la Syrie et Israël.

"Tout commence par le dialogue", a déclaré ce dernier lors d'une visite à Damas, au cours de laquelle il a hissé le drapeau américain au-dessus de la résidence de l'ambassadeur américain.

"Pour commencer, nous devons conclure un simple accord de non-agression, puis discuter des frontières et autres aspects".

Trump a continué à soutenir Sharaa les mois suivants, malgré le massacre de  milliers d'Alaouites sur la côte syrienne en mars et de  centaines de Druzes dans le gouvernorat de Soueida, dans le sud du pays.

En revanche, les responsables israéliens ont continué à dénigrer Sharaa, le  qualifiant dans la presse de "terroriste djihadiste de l'école Al-Qaïda" et promettant de défendre les Druzes de Syrie contre son armée dominée par des extrémistes sunnites, alors qu'Israël a secrètement donné son feu vert aux massacres perpétrés par Sharaa contre les  Alaouites et les  Druzes.

L'idylle entre Trump et Sharaa  s'est toutefois poursuivie au cours des mois suivants, Washington continuant à faire pression sur Tel-Aviv pour qu'il signe un accord de sécurité avec Damas.

Le 17 septembre, Sharaa a affirmé que la Syrie aspire à un accord similaire à celui de désengagement israélo-syrien de 1974, conclu après la guerre du Yom Kippour.

Quatre jours plus tard, un haut responsable de l'administration Trump a  déclaré aux médias israéliens qu'un tel accord de sécurité était

"à 99 %" finalisé. C'est vraiment une question de timing, mais aussi de bonne communication de la part des Syriens envers leur peuple",

a déclaré le responsable.

Une réunion de cinq heures à Londres entre responsables syriens et israéliens a "alimenté les attentes" d'une annonce de l'accord à venir, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York. On attend encore...

Traduit par  Spirit of Free Speech

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