
Par Finian Cunningham, le 28 janvier 2026
Les manifestations de masse à Minneapolis contre la répression de l'immigration par Trump pourraient déclencher une révolte nationale.
Les manifestations de masse à Minneapolis contre la répression de l'immigration par Trump pourraient déclencher une révolte nationale. Les manifestants appellent à une grève générale.
Le déclencheur direct de cette colère est la violence meurtrière des raids de la police fédérale contre les immigrants. Mais ces abus se sont amplifiés, déclenchant une indignation populaire plus large et un rejet croissant du comportement de plus en plus autoritaire de l'administration Trump.
Deux citoyens américains ont notamment été abattus dans la rue par des agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et de la Customs and Border Patrol. Des vidéos ont montré des agents masqués malmenant des manifestants pacifiques, défonçant des portes avec des fusils d'assaut et sans mandat, et embarquant des familles entières dans des camps de détention.
Les scènes observées dans les villes américaines rappellent désormais les opérations menées par les troupes américaines en Afghanistan, en Irak et dans de nombreux autres pays étrangers.
Des séquences vidéo prouvent que de hauts responsables de l'administration Trump ont proféré de grossiers mensonges pour justifier la brutalité et la violation des droits humains fondamentaux.
La dernière victime en date est Alex Pretti, un citoyen américain de 37 ans, infirmier en soins intensifs, abattu dans le dos alors qu'il était plaqué au sol par plusieurs agents de la police des frontières. Pretti était titulaire d'un permis de port d'arme, mais les agents lui ont pris son pistolet de la ceinture, puis lui ont tiré dix balles dans le dos à bout portant. On a assisté à du lynchage pur et simple.
Kristi Noem, ministre de la Sécurité intérieure, a qualifié Pretti de "terroriste national" qui "a pointé une arme semi-automatique" sur les agents. Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de Trump, a affirmé que l'infirmier avait l'intention de commettre un massacre. Cette affirmation est fausse. Il tentait d'aider une femme qui venait d'être jetée à terre par les agents.
Les témoins et plusieurs vidéos attestent clairement que Pretti ne tenait pas d'arme à feu, mais son téléphone portable à bout de bras lorsque les agents de l'immigration lui ont pulvérisé du gaz poivré et l'ont frappé jusqu'à ce qu'il tombe à terre. Il ne menaçait aucun d'entre eux. Il a été abattu sans la moindre provocation. Exécuté.
Deux semaines auparavant, le 7 janvier, une autre habitante de Minneapolis, Renée Nicole Good, a été abattue de sang-froid de plusieurs balles en pleine tête alors qu'elle s'éloignait calmement des agents de l'ICE. Une fois encore, les collaborateurs de Trump ont calomnié la victime en affirmant qu'elle avait "utilisé son véhicule comme une arme" et aurait donc menacé les agents, qui auraient alors ouvert le feu pour se "défendre". Son meurtrier s'est en fait déplacé vers l'avant du véhicule, a braqué son arme sur le pare-brise de la voiture et l'a abattue quasiment à bout portant.
Aucun des meurtriers n'a été inculpé. Il n'y a même pas eu d'enquête. Les forces de police locales ont été empêchées de sécuriser les lieux du crime.
Les habitants de Minneapolis sont furieux et écœurés par les escadrons de choc de Trump qui ont envahi leur ville - et d'autres - sous prétexte de traquer les étrangers en situation irrégulière.
Le meurtre de sang-froid de citoyens américains a choqué la nation, qui a brutalement pris conscience que Trump gouverne le pays comme un État policier. Même des experts traditionnels comme Robert Reich, ancien secrétaire au Travail sous Clinton, emploient des termes tels que "fascisme" et "Gestapo" pour décrire de telles pratiques.
Trump devrait s'inquiéter, car les sondages montrent que la colère monte parmi les électeurs, qu'ils soient républicains, démocrates ou indépendants. Les Américains craignent désormais que leur pays ne sombre dans un régime despotique où les droits constitutionnels sont sans cesse bafoués.
Le lendemain du meurtre d'Alex Pretti, la principale préoccupation de Trump a été de se plaindre qu'une contestation judiciaire risque de bloquer le projet de construction d'une nouvelle salle de bal de 400 millions de dollars à la Maison Blanche. Pendant ce temps, la Première dame organisait la projection privée d'un film guimauve intitulé Melania, retraçant son retour glamour à la Maison Blanche après les élections de 2024.
Mais ce sont les mensonges et les calomnies ouvertement proférés à l'encontre des victimes des milices paramilitaires de Trump de l'immigration qui ont été la goutte de trop. Partout aux États-Unis, les gens sont écœurés par les dénégations scandaleuses de la Maison Blanche et l'impunité accordée aux tueurs d'État, tandis que les victimes innocentes qui exercent leur droit de manifester pacifiquement sont diffamées et qualifiées de "terroristes nationaux".
D'ailleurs, Trump s'est montré conciliant lors d'un appel téléphonique censé être "conciliant" avec le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, au sujet des violences à Minneapolis.
Le président tente de faire oublier les déclarations mensongères de Kristi Noem et Stephen Miller.
Gregory Bovino, le chef de l'ICE à Minneapolis, a été muté. C'est désormais Tom Homan, le "tsar" des frontières de la Maison Blanche (Ndt : Obama a décerné à Homan la plus haute distinction de la fonction publique américaine pour ses "résultats extraordinaires", notamment un nombre record d'expulsions) qui prend la tête des opérations anti-immigration.
Ces mesures suggèrent que Trump réalise l'échec de sa politique de répression de l'immigration, perçue comme une escalade du pouvoir répressif du gouvernement fédéral. Une poudrière politique menace d'exploser, et il va devoir la désamorcer.
Depuis des semaines, Trump et son écurie ont accusé Walz et d'autres dirigeants démocrates d'inciter la population à manifester contre l'ICE et les opérations de la patrouille frontalière.
Selon Trump, ces manifestations dissimuleraient une fraude généralisée aux fonds publics commise par des immigrants somaliens, avec la complicité des Démocrates. Cette prétendue escroquerie semble avoir été largement montée de toutes pièces par des influenceurs pro-Trump pour justifier la répression anti-immigrés.
Le "tsar des frontières", Homan, serait actuellement en train de négocier avec Walz et d'autres dirigeants démocrates pour tenter d'apaiser la colère du public exaspéré par la violence de l'ICE.
Selon le gouverneur Walz, Trump envisagerait de démobiliser une partie du personnel de l'ICE à Minneapolis. Mais rien ne garantit pour autant une telle mesure, et aucune instruction n'a pour l'instant été donnée sur l'ouverture d'enquêtes criminelles contre les agents de l'ICE responsables du meurtre de deux citoyens américains.
Nous verrons si la mobilisation massive à Minneapolis et le rejet sans précédent du régime de Trump aux États-Unis tomberont dans le panneau des dernières "mesures" annoncées de restriction du déploiement de l'ICE.
Les appels à la grève générale se multiplient aux États-Unis. Ces appels émanent des communautés et des salariés, et non des dirigeants du Parti démocrate. Il semble qu'un mouvement révolutionnaire de masse cherche à paralyser le pays tout entier, poussé non seulement par la colère face aux meurtres et aux abus de l'ICE, mais aussi par les scandaleuses inégalités de richesse, les guerres menées par Trump à l'étranger et son soutien au génocide israélien à Gaza.
Les partis démocrate et républicain ne sont que les deux côtés d'une même médaille quand il s'agit de cautionner la corruption capitaliste, les inégalités et les guerres à l'étranger. Mais les Démocrates ont depuis toujours cette particularité de détourner et démobiliser les mouvements radicaux qui contestent la politique belliciste des deux poids lourds de la politique américaine.
L'État policier de Trump suscite un rejet massif de l'establishment politique et médiatique traditionnel. Minneapolis pourrait marquer un tournant historique vers un véritable mouvement populaire radical, fondé sur les valeurs d'égalité et les droits des citoyens.
En théorie, les Démocrates, plutôt consensuels quant aux violences déclenchées par Trump dans les villes américaines, auraient pu récupérer et contenir la contestation avec un arrangement bipartite. Mais cette fois, ils font face à des aspirations radicales au changement et à un dégoût si massifs qu'ils ne se laisseront sans doute pas si aisément museler.
Traduit par Spirit of Free Speech