31/01/2026 reseauinternational.net  13min #303428

Une goutte d'eau dans la mer

par Olivier Foreau

Quand on se bat au quotidien pour nos valeurs, comme Brigitte Macron par exemple, il n'est pas rare qu'on se retrouve ciblé.e par toutes sortes d'insinuations abracadabrantesques. Mais la haine de la démocratie est un virus qui ne connaît pas de fontières. C'est ainsi qu'en novembre dernier, un bruit insidieux a commencé à se répandre : Zelensky serait «englué dans un scandale de corruption»  (Les Echos, 16/11/2025).

«Un scandale à 100 millions de dollars secoue Zelensky»,  affirme Paris Match ; «Séisme en Ukraine»,  titre Le Temps... C'est à se demander si parfois, on ne nous prendrait pas pour des imbéciles. Un scandale de corruption, en Ukraine ? Nous sommes peut-être naïfs, mais de là à gober une chose pareille ! Commençons donc par examiner les faits (si faits il y a), plutôt que de céder à l'hystérie médiatique.

Chronologie d'une rumeur

Cette affaire est d'autant plus troublante qu'elle survient au moment même où sur le plan militaire, tout allait pour le mieux. Notamment à Pokrovsk où les Russes, ne contrôlant que 99% de la ville, voyaient s'envoler leurs dernières perspectives de victoire.

Notre envoyé sur place n'a pu que confirmer la débâcle imminente de Poutine

Et tout d'un coup, patatras. Des enquêteurs anticorruption du NABU (sorte de FBI ukrainien) auraient découvert l'existence d'un vaste système de pots-de-vin dans le secteur de l'énergie, impliquant plusieurs membres du gouvernement. Pire, ils accusent un associé de longue date de Zelensky, l'homme d'affaires Timur Mindich, d'être le cerveau de ce réseau de corruption.

Par bonheur, celui-ci, prévenu à temps, a pu s'enfuir en Israël - ce qui soit dit entre nous, est un excellent choix : dirigé par des criminels contre l'humanité, ce pays plein de charme constitue  une destination de rêve pour nombre de délinquants sexuels, financiers ou les deux à la fois, désireux comme tout un chacun d'échapper aux conséquences judiciaires de leurs actes. En effet, Tel Aviv  fait volontiers la sourde oreille aux demandes d'extradition, conformément à son habitude de s'asseoir ouvertement sur le droit international. Ce n'est pas un hasard si ce havre de tolérance est salué unanimement comme laseule démocratie de la région.

Mais à Kyiv, le mal est fait : dans la foulée de ces «révélations»,  les ministres de la Justice et de l'Énergie démissionnent. Fin novembre, c'est au tour de Andriy Yermak, alias «Ali Baba» (lui aussi, associé de longue date de Zelensky). Victime d'une perquisition, il est contraint de quitter son poste le jour même, avant de se volatiliser complètement.

Ce n'est plus une enquête : c'est une chasse à l'homme. Il n'en fallait pas plus pour qu'un peu partout, les mauvaises langues se frottent les mains : «Corruption en Ukraine : le scandale Midas se rapproche de Zelensky» ( L'Express) ; «Corruption à tous les étages en Ukraine  ( RTS), et ainsi de suite.

C'est la victoire des défaitistes.

À qui profite le crime ?

Heureusement, il existe encore des éditorialistes intègres, capables d'une approche impartiale et nuancée.  Sur France Info, Nathan Devers nous met en garde contre les raccourcis simplistes.

🔴 Ukraine : "Zelensky ne fragilise pas son pays : il subit une campagne de calomnies menée par Trump et Poutine. On cherche à le discréditer alors que l'Ukraine fait preuve d'une démocratie rare en temps de guerre", lance Nathan Devers.  #LePourEtLeContre  #canal16  pic.twitter.com/1moaizyX53

- franceinfo (@franceinfo)  November 28, 2025

Le plus troublant dans ces accusations de corruption, c'est qu'elles émanent justement d'une agence anti-corruption - qui plus est indépendante c'est-à-dire contrôlée étroitement par les États-Unis (comme tout ce qui est indépendant). Sauf que l'Amérique telle que nous la connaissions n'existe plus : depuis un an, elle est sous la coupe d'un ami des dictateurs, connu pour sa haine des combats que nous menons.

Il s'agit non seulement de saper le moral des derniers ukrainiens  qui n'ont pas encore déserté ou fui le pays, mais aussi de faire croire aux Européens que s'ils sont aujourd'hui au bord de la faillite, c'est pour avoir misé sur une bande de loosers prêts à tout pour leur soutirer de l'argent, en leur promettant des victoires qui n'arrivent jamais. C'est tellement loin de la réalité qu'on en rirait presque, si ces allégations délirantes ne visaient pas in fine l'homme qui depuis quatre ans, de couverture de magazine en couverture de magazine, mouille son T-shirt pour redonner un sens à nos vies.

Une légende vivante, qui nous a appris à nous battre contre la désinformation russe

Car ne nous y trompons pas. Derrière cette frénésie d'enquêtes tous azimuts, ce qu'on cherche à nous vendre, c'est que Zelensky lui-même serait impliqué dans ce scandale - alors qu'au contraire, il a tout fait pour étouffer l'affaire. En juillet dernier,  il a même fait voter une loi pour saborder les agences anticorruption, ce qui est d'autant plus compréhensible qu'à force de mettre en cause l'un après l'autre tous les membres de son entourage, ces officines étaient devenues une menace flagrante pour la démocratie. Malheureusement, des pressions étrangères l'ont empêché de mener à bien cette tâche colossale.

Ce n'est pas la première fois que Zelensky et son entourage sont victimes de calomnies absurdes

Une réactivité exemplaire

En découvrant que même son fidèle bras droit, en qui il avait placé toute sa confiance, a été assez stupide pour se faire repérer, Zelensky prend aussitôt les mesures qui s'imposent : s'en débarrasser au plus vite, avant que les enquêteurs puissent mettre la main dessus. Disparu sans laisser de trace, on peut raisonnablement espérer qu'à l'heure où nous parlons, Andriy Yermak est à l'abri des poursuites.

Hors d'Ukraine, « Ali Baba » compte encore des amis sûrs et dévoués

Cette fermeté inébranlable n'a pas échappé à Edwy Plenel, un de nos éditorialistes les plus pointus en matière de morale publique : «Zelensky a limogé son bras droit, chargé des négociations en cours, après la perquisition de son logement par l'agence anticorruption. Preuve que, malgré la guerre, l'Ukraine reste une démocratie exigeante»,  se pâme-t-il.

Philosophe de premier plan (et cinéaste de légende), BHL peine à dissimuler son enthousiasme : «L'Ukraine est une démocratie qui progresse à pas de géant»,  tweete-t-il avec ferveur.

Mais c'est sans doute  Nicolas Tenzer qui a le mieux percé l'essence profonde du zelenskysme : «l'objectif de Zelensky est clair : faire de l'Ukraine une démocratie exemplaire».

Le droit à l'erreur, pierre angulaire de notre démocratie

Rester objectifs, c'est d'abord garder le sens des proportions : «le montant total détourné atteindrait près de 100 millions de dollars»,  selon Le Figaro. Qu'est-ce que 100 millions sinon une goutte d'eau dans la mer, quand on sait qu'à ce jour, les aides internationales versées à l'Ukraine  totalisent 267 milliards d'euros ?

Essayons de rester sérieux : s'il s'agissait d'un détournement de fonds, pourquoi détourner si peu (surtout en Ukraine) ? On se demande quelle mouche a piqué le NABU alors que manifestement, il s'agit tout au plus d'une erreur comptable.

En France, pas d'affolement, pas d'accusations lancées à la légère : «est-ce que notre rôle est de donner des leçons à l'Ukraine ? Pas vraiment»,  constate, dans un éclair de lucidité, Emmanuel Macron. Il faut dire qu'ici, chacun est bien conscient que du point de vue de nos valeurs, les dérapages verbaux sont une menace autrement plus glaçante que les dérapages budgétaires. Il suffit de repenser au député Marleix, qui à force de s'interroger à voix haute sur la gestion des comptes publics, a fini par faire une dépression qui l'a conduit au suicide. Cela en valait-il la peine ?

Est-il vraiment nécessaire d'alerter tout le monde quand par exemple,  42 milliards disparaissent des recettes fiscales ? D'autant que sur ce point, Bruno Le Maire est catégorique : il ne sait pas où ils sont passés. Son analyse n'en est pas moins d'une lucidité rare : «on s'est plantés, explique-t-il. Dans un pays libre, ce sont des choses qui arrivent ! Éthiquement parlant, a-t-on le droit d'accabler un homme qui a le courage de reconnaître ses erreurs ?

«Bercy traque les 10 milliards d'euros évaporés de la TVA, titre Le Monde du 13/11/2025. Heureusement, «le gouvernement a lancé une mission d'urgence pour comprendre ce qui se passe». Si comme c'est le plus probable, quelqu'un s'est planté ici aussi, nous ne tarderons pas à le savoir.

Le droit à l'erreur, c'est pour ainsi dire le fondement de la démocratie (c'est même à ça qu'on la reconnaît). C'est en quelque sorte le corollaire de notre absence de malice, de cette simplicité d'esprit sans équivalent dans le reste du monde, connue sous le nom d'exception française.

La vraie dictature

Une nouvelle fois, Macron nous rappelle la différence fondamentale entre les régimes que nous devons combattre, et ceux auxquels nous devons obéir : la «vraie dictature»,  explique-t-il, c'est quand on n'entend jamais parler de corruption - alors que dans une démocratie, elle s'étale au grand jour, sans crainte d'être jugée ou stigmatisée.

On comprend que Zelensky, cerné par des soupçons indignes, se soit aussitôt précipité à Paris, où il peut compter sur le soutien d'un ami indéfectible (au point d'être devenu, lui aussi, une sorte d'associé de longue date). Il faut dire qu'en ces heures sombres, notre mobilisation est plus que jamais nécessaire. Et cela, Macron l'a bien compris, c'est pourquoi il a tout de suite eu l'idée de  livrer 100 Rafale au matamore kyivien. Le hic, c'est que celui-ci n'a pas d'argent, et cette fois pour une bonne raison puisque le pays a été pillé, à son insu, par la quasi totalité de son entourage. Si on ne lui en donne pas, comment pourra-t-il se procurer les Rafale que nous avons promis de lui vendre ?

Heureusement qu'avant de mener leur guerre non provoquée, les Russes ont été assez bêtes pour investir 210 milliards d'euros dans des pays de l'UE ! Voler ces fonds serait d'autant plus facile que depuis quatre ans, nous les séquestrons déjà en toute illégalité. Pourquoi hésiter ? Zelensky pose la question  «en termes de moralité, d'éthique, de justice», et sa conclusion est formelle : «l'Ukraine a le droit à cet argent», assure-t-il.

Voler les riches pour donner aux pauvres, telle allait être notre nouvelle devise commune. Mais c'était compter sans  l'égoïsme des Belges, qui aveuglés par leur couardise, ont tout fait capoter au dernier moment.

Par chance, il existe un plan B : nous. Autrement dit un «prêt de réparation» autofinancé par les Européens, qui devrait permettre, en principe, de prolonger la guerre pendant un an ou deux. C'est toujours ça de gagné...

Surmonter les égoïsmes

Blanchi sous les dorures du palais de l'Élysée, le général Mandon est un militaire plein de charisme, qui a su faire vibrer nos cordes sensibles : «ce qu'il nous manque»,  prêche-t-il avec flegme, «c'est la force d'âme pour accepter de nous faire mal. C'est pourquoi il nous propose de «souffrir économiquement», si nous ne voulons pas que par le plus grand des malheurs, «notre pays flanche».

Le moins qu'on puisse dire, c'est que que son message a été reçu cinq sur cinq par les Français : «précarité énergétique : 36% des foyers français peinent à régler les factures d'énergie»,  selon Le Figaro. Mieux encore, « près d'un tiers des Français vit avec moins de 100 euros dès le 10 du mois».

Comme on le voit, rien ne peut réfréner leur élan solidaire, et leur soif de mobilisation. Cela tombe bien car l'UE devra payer 3 milliards d'euros par an d'intérêts sur le «prêt de réparation» à l'Ukraine,  selon Politico.

Un jour sans fin

Edwy Plenel nous l'avait bien dit : l'Ukraine est une démocratie exigeante. C'est sans doute pour cette raison que malgré nos efforts, Zelensky n'est pas satisfait de nous. «Rien ne change», gémit-il. Son discours à Davos sonne comme un rappel à l'ordre : apôtre vibrant du trumpisme, il ordonne qu'en Europe, nous nous investissions davantage. Que nous prenions des initiatives. Que nous cessions d'être des poules mouillé.e.s, retranché.e.s derrière des légalismes d'un autre âge.

Puisque nous n'avons même pas été capables de kidnapper Poutine, ni de chouraver les avoirs russes, nous pourrions au moins braquer quelques pétroliers et faire main basse sur leur cargaison, à la manière de  Daddy dans les Caraïbes... C'est de l'argent d'autant plus facile à se faire que de nos jours, violer le droit maritime est pour ainsi dire à la portée de tous.

Il avait à peine terminé sa phrase que Macron, troquant ses Ray-Ban de l'ère Biden pour le tricorne de Jack Sparrow, annonçait déjà s'être emparé en haute mer d'un navire suspecté d'appartenir à la flotte fantôme russe, au grand dam des valeurs que nous incarnons. «Nous ne laisserons rien passer»,  tweete-t-il fièrement.

Jusqu'à maintenant, la France était la risée du monde. Avec Macron, cette période est révolue : elle joue à nouveau dans la cour des grands.

source :  NORMALSPHERE

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