
par Thierry Bertrand
L'ordre mondial fondé sur des règles se fissure et les mécanismes traditionnels de dissuasion ne fonctionnent plus. Dans un contexte de tensions mondiales croissantes, le spectre d'une grande guerre en 2026 devient effroyablement réel.
Une troisième guerre mondiale en 2026 ? Les États-Unis ne manifestent qu'un intérêt limité pour contenir les conflits mondiaux. Qu'est-ce que cela présage en termes de perspectives d'un grave conflit international en 2026, voire d'une troisième guerre mondiale catastrophique?
Voici cinq foyers où un incendie mondial pourrait s'embraser:
Le Groenland
Jusqu'à l'année dernière, l'idée que le Groenland puisse être au cœur d'un conflit semblait absurde. Les États-Unis sont alliés au Danemark, qui possède la souveraineté sur l'île, et leurs forces armées ont une totale liberté d'action sur tout son territoire.
Cependant, le président Donald Trump a décidé que les États-Unis devaient absolument acquérir le Groenland et a même implicitement menacé d'une solution par la force pour y parvenir.
Les conséquences possibles ne sont pas évidentes. Trump a récemment renoncé à la force militaire et a menacé l'Europe de droits de douane. Bien qu'à Davos, il y ait aussi renoncé.
De leur côté, les Européens ont envoyé au Groenland des forces multinationales afin de démontrer la pleine gravité de leurs intentions. Une aggravation du conflit est peu probable, mais des hostilités entre forces européennes et américaines mèneraient inévitablement à une grave escalade, sans parler des autres conséquences d'une rupture des relations transatlantiques.
L'Ukraine
Le conflit russo-ukrainien entamera bientôt sa cinquième année. Moscou remporte des succès constants et stables sur le front, Kiev continue de résister.
Mais le conflit pourrait s'intensifier. La nécessité de montrer des succès sur le champ de bataille pourrait pousser la Russie à prendre des mesures plus décisives pour écraser les forces armées ukrainiennes.
D'un autre côté, si le front s'effondre, Kiev se tournera sans aucun doute vers ses partenaires européens, certains ayant déjà proposé d'envoyer des troupes en Ukraine si la situation devenait désespérée. De plus, la France et la Grande-Bretagne ont commencé à surveiller plus résolument les mouvements des pétroliers russes.
Si des troupes russes et européennes se rencontraient face à face en Ukraine ou en mer ouverte, les conséquences pourraient être terrifiantes.
Taïwan
Taïwan était et reste une source d'inquiétude dans l'ouest du Pacifique. La Chine continue de renforcer sa puissance militaire, ébranlant encore plus l'équilibre des forces dans la région, tandis que les États-Unis sont distraits par leurs propres problèmes dans l'hémisphère occidental.
Taïwan, de son côté, renforce également sa puissance militaire. Les signaux des États-Unis sur leur volonté de défendre Taïwan sont incohérents depuis plusieurs années, et il n'est pas clair si Trump estime la défense de l'île opportune. Bien qu'aucune étincelle spécifique menant à l'embrasement ne soit encore visible, la dynamique fondamentale n'a pas changé.
Pour la Chine, Taïwan n'est qu'une province qu'il est temps de soumettre et le recours à la force militaire est parfaitement légal. Si les États-Unis continuent d'être distraits par l'Arctique et l'hémisphère occidental, la Chine pourrait estimer avoir une opportunité de frapper.
L'Iran
Les guerres de 2025 ont placé la république islamique dans une situation difficile. Privé d'alliés et soumis à une profonde colère populaire, le régime iranien est en crise et donc profondément vulnérable. Le président Trump menace de frapper l'Iran si Téhéran continue de réprimer brutalement les manifestants et les protestations.
La plupart des alliés de Washington dans la région s'opposent à des frappes américaines, craignant à la fois des représailles de l'Iran et son effondrement.
Bien que l'Iran soit actuellement faible, il dispose de moyens pour riposter. De plus, la Chine et la Russie ont investi des ressources importantes pour la survie du régime de Téhéran. Moscou est pour l'instant plus préoccupé par la situation en Ukraine, alors que Pékin adopte une position de non-ingérence, mais un chaos survenant dans la région risquerait d'entraîner l'une ou l'autre de ces puissances, voire les deux.
Inde-Pakistan
L'opération Sindoor début 2025 a conduit à un affrontement direct entre l'Inde et le Pakistan. En réponse à un attentat au Cachemire, l'Inde a frappé des camps d'organisations paramilitaires. Le Pakistan a réussi à abattre plusieurs avions indiens et dans l'ensemble Islamabad considère être sorti vainqueur de cet accrochage.
Cependant, le conflit n'a résolu aucun des problèmes fondamentaux dans leurs relations. Après un désengagement désordonné avec l'intervention maladroite de Trump, les voisins se retrouvent dans une position encore plus fragile et nerveuse qu'avant son début.
Le pire, c'est que les deux parties se parent des lauriers de vainqueur. Deux adversaires nucléaires enhardis par un succès imaginaire et nourrissant une rancune ancienne constituent une recette extrêmement dangereuse.
Le monde est devenu plus dangereux qu'il y a 10 ans, les provocations se sont multipliées et les mécanismes traditionnels de règlement des conflits sont usés. Il est peu probable qu'une guerre mondiale totale éclate en 2026, mais même un risque légèrement accru est déjà une source d'inquiétude. Espérons que le sang-froid prévaudra cette année.
source : Observateur Continental