02/02/2026 francais.rt.com  4min #303644

« Il faut que le ministre de l'Intérieur aille sur place, il est attendu à Alger », affirme Ségolène Royal appelant à une relance du dialogue franco‑algérien

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Ségolène Royal, présidente de l'Association France-Algérie, tient une conférence de presse à Alger, le 29 janvier 2026.

De retour d'une visite en Algérie où elle a été reçue par le président Tebboune, Ségolène Royal alerte sur l'état critique des relations franco‑algériennes. Elle appelle Emmanuel Macron à un geste politique fort et presse le ministre de l'Intérieur de se rendre à Alger sans poser de conditions, pour relancer un dialogue aujourd'hui au point mort.

Ségolène Royal s'est rendue en Algérie, à l'invitation de la Chambre de commerce et d'industrie algérienne. En tant que présidente de l'Association France Algérie, elle y a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune, avec l'ambition affichée de briser le silence entre Paris et Alger.

De retour à Paris, elle a pris la parole sur TF1 le 1er février, appelant le président Emmanuel Macron à accomplir « un geste de réconciliation et de reconnaissance ». Elle déplore que « les conséquences dramatiques de la colonisation n'ont jamais été reconnues » par la France, alors que d'autres anciennes puissances coloniales ont, selon elle, franchi ce pas.

« Tous les pays s'entendent avec l'Algérie, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne... sauf la France », a-t-elle souligné, avant d'ajouter que l'Algérie, aujourd'hui tournée vers l'investissement et l'exportation, attire de nombreux partenaires étrangers, à l'exception notable de Paris.

La position d'Emmanuel Macron, jugée incohérente, a également été pointée du doigt. En 2017, le chef de l'État avait qualifié la colonisation de « crime contre l'humanité » lors d'un déplacement à Alger. Mais selon Ségolène Royal, son revirement par la suite a été vécu comme « une trahison » par de nombreux Algériens, ce qui a durablement affecté la relation bilatérale.

Pression sur Nuñez et avancée dans l'affaire Gleizes

Laurent Nuñez, ministre français de l'Intérieur, a récemment indiqué qu'il conditionnait toute visite officielle à Alger à « des bougés très forts » sur deux sujets sensibles : la reprise des reconduites de ressortissants algériens sous OQTF et la situation du journaliste Christophe Gleizes.

Une attitude vivement critiquée par Ségolène Royal : « Il faut que le ministre de l'Intérieur aille sur place, il est attendu », a-t-elle martelé sur TF1, estimant que « quand on pose des conditions, c'est qu'on ne veut pas y aller ». Pour elle, l'urgence impose un contact direct et sans préalable.

Durant sa visite, elle a obtenu un geste humanitaire de la part des autorités algériennes : le transfert de Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », vers un établissement pénitentiaire proche d'Alger, facilitant ainsi les visites de ses proches. Elle a également soutenu la demande de grâce introduite par la famille du journaliste.

Une fracture exploitée, un appel au réalisme

Les tensions diplomatiques entre Paris et Alger se sont accentuées depuis l'été 2024, après la reconnaissance par la France d'un plan d'autonomie pour le Sahara occidental sous souveraineté marocaine, une position en rupture avec celle de l'Algérie, alliée historique du Front Polisario.

Depuis, les dossiers sensibles s'accumulent, de l'affaire Gleizes à l'arrestation d'un agent consulaire algérien en France, sans qu'aucun canal ne permette de désamorcer les crispations. Selon Ségolène Royal, cette rupture est désormais totale : « Tout est rompu entre les deux pays, non seulement les relations économiques, mais aussi diplomatiques ».

Elle accuse une partie de la classe politique française d'entretenir sciemment ce climat. « Beaucoup de responsables français, parce qu'ils exploitent politiquement cette fracture, ne veulent pas comprendre que l'Algérie a beaucoup évolué », a-t-elle affirmé.

Elle cite en exemple les nombreuses entreprises étrangères occidentales présentes sur le marché algérien, alors que la France semble absente. « C'est extravagant », déplore-t-elle, appelant Paris à faire preuve de réalisme et à rattraper son retard.

Pour Ségolène Royal, maintenir le statu quo serait une erreur stratégique. « Un jour, il sera trop tard », a-t-elle averti, exhortant la France à changer de cap tant qu'un dialogue est encore possible.

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