03/02/2026 reseauinternational.net  6min #303690

Sous la pression des États-Unis, le climat des investissements dans les régions ciblées se transforme en véritable jungle

par Lo Wing-hung

La Cour suprême du Panama vient d'annuler les contrats de concession portuaire de CK Hutchison Holdings, les déclarant inconstitutionnels et reprenant le contrôle de deux ports stratégiques. Il ne faut pas s'y tromper : il ne s'agit pas de subtilités juridiques. C'est un cas d'école de la mainmise américaine sur ce qui constituait autrefois un environnement commercial libre au Panama.

Un porte-parole du gouvernement de Hong Kong a fustigé toute puissance étrangère utilisant la coercition ou la pression pour bafouer les droits commerciaux légitimes des entreprises hongkongaises à l'étranger.

Mais le plus important, c'est l'enchaînement des événements. Voyez comme la situation dégénère rapidement quand Washington décide de ce qu'il veut.

Un partenariat de trente ans soudainement «inconstitutionnel»

CK Hutchison exploitait les installations portuaires aux deux extrémités du canal de Panama depuis les années 1990. Le contrat a été renouvelé en 2021. Avant ce renouvellement, la Cour des comptes panaméenne a confirmé dans son rapport de 2020 que Panama Ports Company, filiale locale de CK Hutchison, «avait globalement respecté les termes du contrat de concession». L'Autorité maritime du Panama a confirmé cette évaluation en 2021, déclarant que l'entreprise «avait pleinement rempli ses obligations contractuelles».

Quatre ans plus tard, Trump revient à la Maison-Blanche en janvier 2025 et tout bascule. Dans son discours d'investiture, il annonce la couleur : il déclare le canal de Panama vital pour les intérêts américains et promet de le «reprendre».

Quelques jours après les déclarations de Trump, le Bureau d'audit du Panama annonce une vaste enquête sur les activités portuaires de CK Hutchison. L'objectif affiché : déterminer si l'entreprise a respecté son contrat de concession, s'il a déclaré intégralement ses recettes et ses dépenses, et si la procédure de renouvellement a été entachée de corruption.

La visite de Rubio déclenche une réaction en chaîne

L'administration Trump accentue la pression. Le 2 février 2025, le secrétaire d'État Marco Rubio se rend au Panama et fait pression sur le pays pour qu'il prenne ses distances avec la Chine. Le président José Raúl Mulino cède immédiatement : il annonce le retrait du Panama de l'initiative chinoise des Nouvelles Routes de la Soie et s'engage à renforcer la coopération avec les États-Unis afin de stimuler les investissements américains dans la région.

Deux jours après la visite de Rubio - à peine 48 heures -, deux avocats panaméens déposent plainte devant les tribunaux locaux. Ils accusent la Panama Ports Company d'avoir «violé dix dispositions constitutionnelles» et exigent l'annulation des droits d'exploitation de CK Hutchison dans deux ports locaux. Le timing est pour le moins significatif.

En juillet, après des mois d'«étude», le contrôleur général du Panama dépose officiellement une plainte, demandant à la cour de déclarer inconstitutionnel le contrat d'exploitation portuaire de 25 ans signé par CK Hutchison en 2021. Le contrôleur va plus loin, reprochant à CK Hutchison son manque de loyauté envers le gouvernement panaméen et l'atteinte aux intérêts du Panama.

Le 12 janvier dernier, le Panama a mené des exercices militaires conjoints avec les forces américaines. Objectif déclaré : défendre la voie navigable stratégique du canal de Panama, qui constitue le principal axe de communication de ce pays d'Amérique centrale. Le message est on ne peut plus clair.

Une validation judiciaire du pouvoir brut

Finalement, la Cour suprême du Panama a jugé le contrat d'exploitation portuaire de CK Hutchison inconstitutionnel. Quiconque prétend qu'il s'agissait d'une procédure judiciaire normale se trompe lourdement. En réalité, le Panama a cédé sous la pression massive des États-Unis, annulant un contrat valide et reprenant de force les droits d'exploitation de ses ports.

Les entreprises hongkongaises ont investi massivement au Panama et apporté une contribution économique significative et durable, soutenant ainsi le développement économique local. Panama Ports Company, filiale de CK Hutchison, a investi à ce jour 1,7 milliard de balboas (environ 13,2 milliards de dollars hongkongais), dépassant largement les 1,05 milliard de balboas prévus par le contrat initial et ses avenants. Durant ses activités, Panama Ports Company a contribué à hauteur de 670 millions de balboas à l'économie panaméenne, surpassant de loin les contributions des autres opérateurs portuaires.

D'après l'évaluation du contrôleur général du Panama, la Panama Ports Company a en réalité contribué à hauteur de plus de 5,9 milliards de balboas à l'économie locale grâce à la valeur ajoutée portuaire, aux retombées indirectes et aux paiements directs versés au Panama. Ces chiffres révèlent une réalité que Washington préfère taire.

Des milliards investis, un contrat honoré... puis tout est gâché

Les entreprises hongkongaises ont toujours investi et exploité le port conformément au contrat, contribuant ainsi de manière significative à l'économie panaméenne. Pourtant, sous la pression des États-Unis, le Panama rompt arbitrairement le contrat et révoque unilatéralement les droits d'exploitation portuaire. L'absurdité de la situation est sidérante.

Cet incident comporte plusieurs implications qu'il convient d'examiner de près.

Le gouvernement panaméen est devenu un instrument des États-Unis, confisquant arbitrairement les actifs des entreprises étrangères. Les entreprises de Hong Kong et de Chine continentale hésiteront désormais à investir davantage dans la région.

Face à la pression de Washington, les chefs d'entreprise hongkongais n'ont qu'une seule voie à suivre : s'allier fermement à Pékin et opposer une résistance vigoureuse. C'est le seul moyen de préserver ce qui leur appartient : leur dignité et leurs capitaux. Et l'on peut être certain que la nation continuera de soutenir les entreprises hongkongaises dans leur lutte pour reconquérir leurs intérêts commerciaux légitimes.

Quand l'hégémonie américaine réécrit les règles

Voyez ce que l'hégémonie unilatérale américaine engendre concrètement : Washington impose des droits de douane à qui bon lui semble, menace d'intervention militaire et bafoue les règles internationales mêmes dont il se vantait autrefois de donner des leçons au monde entier. Sous la pression américaine, le climat des investissements dans les régions ciblées devient un véritable chaos. Les protections juridiques disparaissent dès que Washington le décide.

Cessez de faire comme si le monde des affaires évoluait dans une zone apolitique. La vérité est que les capitaux ont des frontières, cela a toujours été le cas et le sera toujours. Pour survivre dans ce contexte, soutenir la position de son pays n'est pas une option. C'est la condition sine qua non pour préserver ce que l'on a bâti.

source :  Bastille Post Global via  China Beyond the Wall

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