03/02/2026 essentiel.news  13min #303723

 La théocratie des milliardaires: #1 Trump et le « Mandat des 7 montagnes »

La théocratie des milliardaires: #2 l'endoctrinement de la jeunesse à des fins politiques

Comment convaincre les masses de renverser une démocratie pour installer une « élite religieuse » au pouvoir ? Comment recruter une base militante pour se lancer dans une guerre sainte ? En d'autres mots: persuader les jeunes Américains de se débarrasser de l'appareil démocratique et de faire la guerre au Moyen-Orient pour « accomplir les prophéties bibliques »?

Si les services de propagande de l'oncle Sam sont passés maîtres dans la création de doctrines radicales et de partis extrémistes pour semer le chaos sur la planète, il n'est pas fou d'imaginer qu'ils puissent utiliser les mêmes méthodes sur leur propre territoire.

Le présent article relève des éléments caractéristiques de ce type d'opérations à travers le mouvement de jeunesse Turning Point USA, fondé par « le regretté Charlie Kirk, assassiné en public le 10 septembre dernier ». Il éclaire le contexte et l'importance de cette affaire sur le plan de la politique américaine et dans un projet plus vaste que nous avons esquissé dans le 1er volet de cette série.

Un premier article consacré à « la théocratie des milliardaires» a montré l'existence d'un vaste projet qui vise à instaurer une forme de gouvernance mondiale de droit divin à partir de Washington et Jérusalem. Il fait appel à une idéologie de « domination » religieuse, selon laquelle toutes les sphères de la société devraient être soumises à « la loi » et aux « élus » de Dieu.

Connue sous l'appellation du « Mandat des 7 montagnes», cette doctrine sert un programme politique visant à réformer l'organisation du pouvoir vers une gouvernance autoritaire. On en retrouve l'essentiel dans « le projet 2025 » ou « projet présidentiel de transition », élaboré par le think tank de l'Heritage Foundation et mis en œuvre par Trump et son gouvernement.

Mais pour opérer un changement de régime durable, il faut aussi recruter des adeptes et former une masse qui soit manipulable à souhait. C'est ici qu'intervient Turning Point USA, l'organisation fondée par Charlie Kirk. Ce mouvement, qui constitue une grande part de la base électorale de Donald Trump, recrute et forme des membres à l'idéologie du Mandat des 7 montagnes sur les campus universitaires et les collèges à travers tout le territoire des États-Unis.

En 15 ans, il a pris une ampleur phénoménale. Plus de 3000 établissements académiques ont accueilli les évènements animés par Charlie Kirk et ses partenaires, l'association a levé des centaines de millions de dollars et 1000 instituts d'enseignement supérieur ont ouvert une succursale.

Mais c'est surtout la disparition de Charlie Kirk qui a provoqué une véritable explosion du mouvement: plus de 150 000 demandes pour ouvrir de nouvelles sections, une recette de 250 millions de dollars en trois mois et l'ambition d'étendre les activités parascolaires  « Club America » destinées aux jeunes de 14 à 18 ans.

« Deviens un futur leader », la page d'accueil de « Club America »

 Un article paru 2 semaines après l'évènement dans Education Week, fait le point sur cette accélération.

En l'espace de quelques jours, TPUSA a reçu le soutien officiel du département fédéral de l'éducation pour renforcer son influence sur tout le territoire. Le directeur général de Turning Point Education, Hutz Hertzberg, a déclaré à cette occasion que le groupe « est plus déterminé que jamais à promouvoir une éducation vertueuse et centrée sur Dieu pour que les élèves s'épanouissent à travers notre nation ».

L'État du Texas a immédiatement réagi en annonçant qu'il imposait désormais à tous les établissements d'enseignement supérieur d'ouvrir des sections de TPUSA, invoquant des sanctions contre les collèges réfractaires. Et trois autres États, le Tennessee, l'Oklahoma et la Floride semblent suivre le mouvement.

Actuellement, TPUSA fournit déjà aux étudiants des outils de gestion d'organisation, des manuels d'activisme et du matériel de propagande. Les sujets abordés traitent de l'économie de marché libre et de la réforme des modes de gouvernance et critiquent les politiques progressistes sur les sujets tels que l'avortement, l'immigration et les politiques de genre, partant des valeurs promues par « le Mandat des 7 montagnes ».

TPUSA fournit aussi du personnel pour aider les étudiants à trouver des parrains parmi les professeurs et à obtenir le soutien des autorités scolaires. Ce faisant, la section locale procède au recensement des opinions du corps enseignant et des membres de la direction et dresse des listes de recommandation ou d'exclusion. Certains professeurs ayant exprimé des opinions controversées sur Charlie Kirk craignent déjà des représailles sous forme de licenciement.

Il est indéniable que toute cette entreprise dépasse le phénomène de mode ou l'engouement spontané de la jeunesse. L'organisation est clairement développée et utilisée à des fins politiques qui dépassent la traditionnelle opposition entre partis démocrates et républicains.

C'est en 2012 que Charlie Kirk, un brillant jeune homme de 18 ans, décide de lancer un mouvement de jeunesse conservateur nommé Turning Point USA, plutôt que d'entamer des études universitaires. Dans un pays en déclin qui semble miné par un modèle interventionniste, il ambitionne de faire revivre « le rêve américain » incarné par les valeurs de la droite. Avec un physique de « good guy », beaucoup de répartie, un esprit provocateur et une bonne dose d'humour, Charlie Kirk lance une tournée de débats politiques sur les campus. Il défend sans complexe le retour à une réelle économie de marché libre, de pair avec une politique de dérégulation et la réduction des pouvoirs institutionnels.

Usant de titres aussi provocateurs que «Government sucks» ou «Debate me, prove me wrong», Charlie Kirk interpelle la jeunesse et devient rapidement un phénomène qui attire les foules. On le suit en masse sur les réseaux sociaux, où il multiplie les podcasts avec d'autres intervenants de son calibre. Mais Kirk ne se fait pas que des amis. À l'opposé, ses détracteurs l'accusent de tenir des propos racistes, sexistes et homophobes.

En 2017, il engage la journaliste afro-américaine Candace Owens en tant que directrice de communication de l'organisation. Avec un talent oratoire égal au sien et un profil complémentaire en tant que femme noire, Owens permet à Kirk de conquérir de nouveaux publics. Le duo se lance dans une vaste tournée à travers les États-Unis et fait un véritable carton au sein des mouvements conservateurs, jusqu'au départ d'Owens en 2019.

Apparemment, ce serait la rencontre avec le pasteur Rob McCoy en 2019 qui aurait poussé Charlie Kirk à se tourner vers un véritable activisme politique et à opérer un changement idéologique. Après avoir défendu la vision d'un Etat neutre, séculaire, où règne la liberté d'opinion et de religion, Charlie Kirk se rend soudainement à l'idée que les États-Unis sont à l'origine une nation chrétienne dont les valeurs doivent à nouveau prévaloir dans toutes les sphères de la vie sociale.

Par cette surprenante conversion aux préceptes de la « doctrine des 7 montagnes », le jeune prodige et son organisation amorcent un changement de cap, avec un accent sur l'action politique et la promotion d'une forme de « nationalisme chrétien ». Ce virage, qui s'opère en pleine campagne présidentielle, est accompagné d'un important accroissement en capital avec l'apparition de nouveaux sponsors. Charlie Kirk est propulsé au devant de la scène républicaine, aux côtés de Donald Trump et de son entourage. Mission: étendre la base MAGA et assurer le retour de Trump à la Maison Blanche.

Durant cette période, le charismatique Charlie se démène et organise près de 30 débats publics avec Trump, se positionnant comme l'un de ses meilleurs soutiens. Il participe à fabriquer le mythe d'un futur président « élu de Dieu pour accomplir ses oeuvres »: nettoyer le marais en faisant la lumière sur l'affaire Esptein ou l'assassinat de Kennedy, rendre aux Américains la prospérité et la sécurité en gérant la crise de l'immigration, et revenir aux valeurs traditionnelles en freinant les mouvements LGBTQ ou les politiques d'avortement.

Il déclare que « Trump est le seul président qui comprend l'importance des 7 Montagnes » et que ceux qui seront désignés dans ce « gouvernement par le haut » seront les seuls à être capables de régler les problèmes de la nation.

Kirk ira même jusqu'à affirmer: «Nous ne sommes pas une démocratie, nous sommes une république. Et une république a des valeurs et des traditions qui doivent être préservées et la seule chose qui permet de le faire est d'installer au pouvoir des gens capables de les maintenir en place».

Auteur, promoteur de 'la doctrine MAGA'

L'adoption du « Mandat des 7 montagnes » et l'afflux d'importants capitaux, en grande partie de la part de financiers juifs américains, accélèrent le développement de l'organisation, avec un déploiement dans les « 7 sphères sociales » à conquérir. En dehors du mouvement politique centré autour de l'élection de Trump et du domaine de l'éducation évoqué plus haut, TPUSA ouvre aussi une branche pour promouvoir sa doctrine religieuse: TPUSA Faith.

En conformité avec la diffusion de « prophéties bibliques de la fin des temps », décrites dans  l'article précédent et  partagées par Trump et son équipe, une des principales missions de TPUSA Faith est de promouvoir une forme de sionisme chrétien en propageant la vision selon laquelle le Royaume de Dieu ne pourra advenir que par un soutien inconditionnel à l'État d'Israël et au peuple juif, y compris sur le plan politique et militaire.

Mais cette position ouvertement sioniste prise par Kirk et TPUSA divise les supporters MAGA et entraine la montée de mouvements ultra-conservateurs qui rejettent cette alliance. C'est notamment le cas des supporters d'America First, emmenés par l'extrémiste Nick Fuentes, qui mènent une guerre médiatique ouverte sur le sujet de l'immigration et de l'influence israélienne. Connues sous le nom de « Groyper wars », ces attaques verbales lors de rencontres organisées par TPUSA ou sur les réseaux sociaux entament la popularité de Kirk et fragilisent la droite républicaine.

Au lendemain du 7 octobre, la tension s'accentue. La génération des moins de 30 ans critique ouvertement la guerre menée à Gaza et rejette l'idée d'un soutien inconditionnel des États-Unis. Et Charlie Kirk se retrouve pris entre des donateurs majeurs issus de l'entourage direct de Donald Trump et la base de ses supporters qui condamnent les massacres sur la population palestinienne.

Selon les rumeurs rapportées par le journaliste Max Blumenthal, sa relation avec le président se crispe: Kirk insiste sur la divulgation des dossiers Epstein, et s'oppose à Netanyahou concernant Gaza et les projets de guerre contre l'Iran. Apparemment, « sa conscience le ronge ».

En juillet, la crise éclate lors d'un sommet de TPUSA, en Floride. Charlie Kirk encourage le célèbre journaliste Tucker Carlson « à balancer un max » et à dénoncer « la prise en otage de l'Amérique par le lobby israélien ». Les sponsors sont furieux, toute la droite se déchaîne. Ben Shapiro et Mark Levine, les 2 voix sionistes les plus influentes des médias américains, lancent une attaque en représailles, et exigent sa démission.

Selon Max Blumenthal et Candace Owens, Benjamin Netanyahou lui propose un nouveau financement massif de l'organisation, lors d'une réunion privée avec des investisseurs (« The Hamptons »), histoire de prendre le contrôle de l'organisation et de le remettre sur les rails. Mais Charlie Kirk aurait décliné l'offre.

C'est donc dans ce contexte (voir l'article ' l'assassinat de Charlie Kirk, l'hypothèse israélienne' pour plus de détails) qu'intervient quelques semaines plus tard son « exécution publique » lors d'une conférence à ciel ouvert le 10 septembre 2025.

Comment utiliser, contrôler ou récupérer le gigantesque flux d'émotion et d'attention généré par cette affaire?

Tout semble absurde, délirant et démesuré dans cette saga. Le récit de l'assassinat est  une fable tellement incohérente qu'il ne semble pas fait pour convaincre. La réaction des proches de Charlie est lunaire: sa femme Erika, veuve depuis quelques jours, s'exhibe radieuse en Barbie rose bonbon ou en costume doré à paillettes. Dans les jours qui suivent l'attentat, elle a « déjà pardonné le meurtrier » qui s'est « livré lui-même à la police », bien que tout indique qu'il n'ait techniquement pas pu commettre le crime dont on l'accuse.

Côté spectacle, TPUSA double la pyrotechnique et reconstitue la tente dans laquelle Charlie « a été publiquement exécuté » pour permettre aux fans de prendre des selfies. « Charlie est heureux au paradis », la mission continue et l'argent coule comme un torrent.

Benjamin Netanyahou multiplie les déclarations pour nier une quelconque implication des services israéliens dans le meurtre. Erika, qui se révèle être à moitié juive, publie un livre posthume de Charlie Kirk intitulé « STOP au nom de DIEU » dans lequel elle affirme qu'il honorait le sabbath et les fêtes juives, alors que de son côté Candace Owens prétend que « Charlie était sur le point de se convertir au christianisme ». Et, ô surprise, l'enquête citoyenne révèle la présence de militaires haut gradés, experts des opérations psychologiques, dans le comité consultatif de l'organisation.

Rien d'étonnant si les questions autour de cette disparition fascinent les foules, car tout semble fait pour.

Que représentait Charlie Kirk pour les Américains ? Pourquoi et comment l'a-t-on assassiné ? Est-il réellement mort ? Vivait-il dans un « Truman Show » ou était-il lui-même un agent dirigé par les services secrets ? Et in fine, quels sont les véritables enjeux de cette affaire?

Depuis 3 mois, des dizaines de youtubeurs enquêtent chaque jour sur cette affaire, analysant images, archives, témoignages, interviews, déclarations fiscales, contrats d'assurance, données techniques, examinant chaque indice qui peut mener à la vérité. La journaliste et influenceuse Candace Owens (que le public francophone a découverte dans la série « Becoming Brigitte » sur l'identité sexuelle de Brigitte Macron), qui était très liée à Charlie Kirk, explose les records d'audience. Ses épisodes font une moyenne de 3,6 millions de vues depuis le mois de novembre, ce qui la positionne en 1ère place mondiale sur le net, devant l'ensemble des médias mainstream.

Et cet engouement dépasse les frontières des États-Unis. En France, Charlie Kirk est la seule personnalité internationale qui  figure au top 10 des sujets qui montent sur Google en 2025.

Le phénomène Charlie Kirk plonge au coeur du contrôle de l'opinion des masses, bien au-delà du simple fait divers. Les réponses que le grand public adoptera au terme de cette saga auront un impact direct sur la base électorale de Trump. Elles pèseront sur les élections de mi-mandat en novembre et sur l'opinion du public américain quant aux relations avec Israël.

Et l'affaire est loin d'être résolue, car l'enquête autour de Charlie Kirk et le « Mandat des 7 montagnes » mène à une véritable « montagne de psy ops », avec l'omniprésence des traditionnels « acteurs de l'ombre »: militaires spécialistes de guerres psychologiques, prêtres abuseurs, escrocs, espions, trafiquants d'êtres humains Tout y est. Ce sera pour le 3ème volet.

Senta Depuydt est une journaliste indépendante, titulaire d'un diplôme en communication de l'Université Catholique de Louvain, en Belgique. Elle s'intéresse au domaine de la santé et s'engage pour la protection de l'enfance et la défense des libertés fondamentales. Vous pouvez aussi la suivre sur  Lettre de Senta sur Substack.

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