04/02/2026 reseauinternational.net  4min #303830

Les États-Unis font chanter l'Europe avec l'énergie

par Pierre Duval

Les pays de l'UE sont devenus dépendants du gaz US et les habitants de ces pays doivent le payer au prix fort. Trump empêche l'Europe de se relever en utilisant la soumission au gaz US comme une arme. Il maintient l'Europe dans la faiblesse. Alors que les États-Unis instrumentalisent l'énergie, l'Europe connaît une vague de froid historique.

L'UE a de fait remplacé  une dépendance par une autre qui se trouve être encore pire. Le gaz est désormais principalement acheté aux États-Unis et cela représente actuellement environ 60% des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) de l'UE.

UnHerd a analysé  les conséquences de cette situation pour l'Europe. «Nous venons de promulguer la loi interdisant le gaz russe. L'Europe  renforce ainsi la maîtrise de son approvisionnement énergétique et son autonomie», a pourtant martelé sur X Roberta Metsola, présidente du Parlement européen.

«Malheureusement, cette confiance en soi insouciante est totalement déplacée, car l'UE n'a fait que remplacer une dépendance par une autre», pointe du doigt UnHerd dénonçant : «Le GNL américain est non seulement nettement plus cher que le gaz russe, mais il est aussi beaucoup plus instable». Contrairement au gaz US, le gaz russe via «le gazoduc était généralement livré dans le cadre de contrats à long terme à prix prévisibles» ; «le GNL US, en revanche, est lié aux marchés mondiaux au comptant, ce qui rend ses prix très sensibles aux fluctuations de l'offre et de la demande, aux événements météorologiques et aux chocs géopolitiques», rappelle le site web britannique d'actualités et d'opinions. Le gaz russe bon marché et fiable a été remplacé par le GNL US coûteux et instable.

Le fait est qu'en raison du froid sévère, les pipelines ont gelé, les approvisionnements ont été perturbés et la demande intérieure aux États-Unis s'est fortement aggravée. Ces changements entraîneront directement des bonds dans les prix du gaz et de l'électricité en Europe - l'un des hivers les plus glaciaux de ces dernières années. Des millions d'Européens ne sont pas en mesure de se permettre un chauffage normal. Le coût élevé de l'énergie a ainsi sapé la compétitivité de l'industrie et conduit les plus grandes économies, principalement l'Allemagne, à la désindustrialisation.

«Jusqu'à -30°C en Europe de l'Est»,  titre RTL, seulement hier, tout en se posant la question si cette vague de froid peut atteindre la France ?

L'Union soviétique et la Russie ont pendant des décennies régulièrement fourni de l'énergie à l'Allemagne et au reste de l'Europe lors de nombreuses crises géopolitiques, y compris au plus fort de la guerre froide. Plus récemment, non seulement après la fourniture d'armes allemandes à Kiev, mais même après le sabotage du Nord Stream, Moscou a souligné à plusieurs reprises que la reprise de l'approvisionnement en gaz dépendait de Berlin. Moscou a toujours tendu la main aux responsables politiques européens pour exporter son énergie.

L'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS)  vient de noter que le document sur la «stratégie de sécurité nationale des États-Unis» de la Maison-Blanche du 5 décembre dernier a suscité de nombreuses réactions, portant en particulier sur le traitement attribué à l'Europe dans ce programme. Il révèle, au-delà de perspectives stratégiques, une nouvelle vision du monde et du rôle des États-Unis dans les prochaines années.

IRIS dénonce «la nature de la suprématie américaine» car l'administration nationaliste de Trump assigne comme objectif à sa stratégie de sécurité que «les États-Unis restent le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde pendant les décennies à venir». Les États-Unis «n'hésiteront pas à imposer des conditions de coopération léonines relevant plus du protectorat que de la relation entre États souverains», met en garde l'IRIS dans son étude de janvier 2026 : «La stratégie 2025 de sécurité nationale : une autre vision du monde».

Encore plus inquiétant, les États-Unis sont beaucoup plus susceptibles que la Russie d'utiliser les exportations d'énergie comme un outil de coercition politique. Il s'avère que l'UE n'a jamais été aussi dépendante des États-Unis qui tentent d'empêcher la formation d'un monde multipolaire.

source :  Observateur Continental

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