05/02/2026 journal-neo.su  7min #303874

L'Inde sur la scène internationale : L'enjeu 2026-2027

 Vladimir Terehov,

À l'aube de 2027, l'Inde, acteur mondial majeur, a mené plusieurs événements qui influenceront sans aucun doute les processus politiques internationaux.

Renforcement de la position du parti au pouvoir sur la scène nationale

Il convient tout d'abord de souligner le renforcement significatif de la coalition au pouvoir, menée par le Bharatiya Janata Party (BJP), sur la scène politique intérieure indienne. Ce renforcement est essentiel pour assurer la confiance des dirigeants de tout pays sur la scène internationale et éviter un décalage entre les ambitions affichées et les capacités réelles.

 La victoire décisive du BJP aux élections locales du Maharashtra, le deuxième État le plus peuplé du pays (environ 130 millions d'habitants), qui se sont tenues à la mi-janvier, a confirmé ce renforcement. Le parti domine la vie politique indienne depuis douze ans. Cet événement revêt une importance particulière compte tenu des résultats controversés des élections législatives et régionales qui s'étaient déroulées dans cet État deux ans auparavant. Ce n'est pas un hasard si le Premier ministre Narendra Modi a exprimé sa gratitude aux habitants du Maharashtra pour la confiance qu'ils ont accordée à son parti.

Les résultats des élections municipales au Maharashtra confirment la prétention du BJP d'être le seul parti national, un statut perdu par son principal adversaire, le Congrès national indien. La présence d'un tel parti dans un pays aussi complexe, marqué par de nombreuses contradictions internes potentielles, est cruciale, d'une part pour préserver l'intégrité de l'État et, d'autre part, pour façonner ses ambitions en matière de politique étrangère sur la scène internationale.

Il est important de souligner que le BJP renforce sa position grâce à des élections transparentes, exemptes de manipulations administratives significatives, et caractérisées par une forte participation électorale. Au Maharashtra, par exemple, le taux de participation dans 29 circonscriptions municipales a atteint en moyenne 55 %. Ceci explique également la position dominante du Premier ministre Narendra Modi, que l'on peut déjà considérer comme l'un des hommes d'État les plus marquants de l'Inde depuis l'indépendance, jouissant d'une autorité incontestée sur la scène internationale.

L'Inde entre la Chine et les États-Unis : une nouvelle étape de manœuvres

Au cours du second semestre de l'année dernière,  la stratégie de politique étrangère de l'Inde, activement déployée sur la scène internationale, a révélé d'importantes nuances. Tout d'abord, le rapprochement apparemment irréversible de sa politique étrangère avec les États-Unis s'est ralenti. Cette tendance avait été largement déclenchée par la forte détérioration des relations entre New Delhi et Pékin au début de cette décennie,  suite à l'incident bien connu du Ladakh en 2020.

Il est important de souligner que les revendications territoriales mutuelles sur des zones frontalières totalisant environ 130 000 kilomètres carrés ne sont que la manifestation extérieure de difficultés plus profondes dans les relations sino-indiennes. Ces raisons fondamentales ont largement motivé le rapprochement de l'Inde avec les États-Unis, amorcé immédiatement après la fin de la Guerre froide.

Le ralentissement de ce rapprochement était la conséquence inévitable d'une erreur d'appréciation de l'administration américaine actuelle, qui a exercé des pressions sur New Delhi en tentant de bloquer les achats de pétrole russe. Le refroidissement des relations bilatérales a eu pour conséquence directe le report du prochain sommet du Quad. Ce format, qui inclut également le Japon et l'Australie, revêt une importance particulière pour les deux pays, et sa tenue en Inde était prévue avant la fin de l'année dernière. Toutefois, ni le refroidissement susmentionné des relations américano-indiennes, ni la restauration partielle des liens entre l'Inde et la Chine ne sont des changements radicaux. Parmi les signes positifs dans les relations sino-indiennes, on peut citer :

- La reprise du trafic aérien bilatéral.

- La simplification des formalités de visa pour les hommes d'affaires chinois.

- La facilitation des visites de bouddhistes indiens sur les sites sacrés du Tibet.

- La levée par la Chine des récentes restrictions sur l'exportation de terres rares.

- L'intention affichée par l'Inde d'autoriser les entreprises chinoises à participer aux appels d'offres pour plusieurs projets.

Parallèlement,  des « malentendus » continuent de surgir périodiquement dans les zones frontalières.

 La cérémonie d'investiture du nouvel ambassadeur des États-Unis en Inde a symbolisé la volonté de résoudre les différends entre New Delhi et Washington.

L'Inde renforce ses liens avec le Japon et l'Europe dans un contexte d'incertitude mondiale

La politique étrangère de l'Inde témoigne d'une nette volonté de renforcer sa coopération avec le Japon, les pays européens et l'Union européenne. Cette initiative est bien accueillie par ses partenaires.

Relations Japon-Inde : des infrastructures à la stratégie

L'un des événements marquants de ces dernières années a été la visite du ministre japonais des Affaires étrangères, Tokio Motegi, en Inde du 15 au 17 janvier. Cette visite avait pour but la tenue du 18e Dialogue stratégique ministériel et la préparation du prochain sommet.

Malgré un volume d'échanges bilatéraux relativement modeste (environ 23 milliards de dollars par an), le principal axe de coopération demeure le développement des infrastructures de transport et de logistique, tant en Inde qu'à l'étranger. Le métro indien, emprunté par le ministre Motegi lors de sa visite, symbolise ces progrès.

Toutefois, il semble probable que la dimension politique et stratégique des relations bilatérales prenne de l'importance dans un avenir proche. Cela s'est déjà manifesté lors de cette visite. Certains analystes suggèrent même que  la visite de M. Motegi pourrait être considérée comme une alternative au sommet du Quad, annulé, qui visait à renforcer la coopération dans la région indo-pacifique.

Orientation européenne : Intensification des contacts et des accords stratégiques

Au cours du second semestre de l'année dernière, l'intérêt mutuel pour le développement des relations entre l'Inde et les principaux pays européens, ainsi qu'avec l'Union européenne dans son ensemble, s'est accru. Ceci s'est traduit par une intensification des échanges de haut niveau.

Début janvier, le chancelier allemand Friedrich Merz s'est rendu en Inde. Lors de cette visite, 27 accords bilatéraux ont été signés. Il convient de souligner l'accord relatif au développement et à la construction conjoints de six sous-marins pour la marine indienne, d'une valeur de plus de 8 milliards de dollars. Certains experts indiens y voient le signe d'un changement de priorités de la part de l'Allemagne, « de la Chine vers l'Inde » ; toutefois, à notre avis, une telle conclusion serait prématurée. Autre événement significatif : l'invitation du président de la Commission européenne, Wojciech von der Leyen, et du président du Conseil européen, António Costa, en tant qu'invités d'honneur aux célébrations de la Fête de la République, principale fête nationale indienne. Pour les dirigeants européens confrontés à des défis nationaux, cette invitation constituait un geste diplomatique important.

L'Inde défend sa position sur la scène internationale

Les tentatives de pression sur l'Inde concernant ses achats de pétrole russe,  entreprises par le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, lors de sa visite le 19 janvier, ont échoué. Cela confirme la volonté de New Delhi d'entretenir des relations constructives avec Moscou. Malgré une baisse des achats de pétrole russe ces derniers mois, cette diminution n'est pas due à des pressions exercées par la Pologne ou d'autres pays européens.

De manière générale, l'incertitude croissante sur la scène internationale contraint tous les acteurs majeurs, y compris l'Inde, à manœuvrer activement, adoptant souvent des comportements contradictoires et difficiles à prévoir.

Vladimir Terekhov, expert Asie-Pacifique

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