06/02/2026 investigaction.net  7min #303969

 Cuba dénonce le «chantage» des États-Unis après la menace d'un blocus pétrolier

Si l'île tombe, nos espoirs aussi

Manuel Medina

AFP

Trump et son lieutenant Marco Rubio veulent anéantir tout vestige de socialisme et de souveraineté à Cuba. Et ils y parviendront si nous les laissons faire.

Malgré les menaces de Donald Trump, l'île qui ne se rend pas continue de résister sous le poids d'un siège brutal. Elle ne parle pas seulement d'elle-même. Elle parle de nous tous, des travailleurs du monde entier. Car défendre Cuba aujourd'hui, c'est défendre la possibilité d'un monde fondé non sur l'obéissance et les marchandises, mais sur la dignité et la justice. C'est aussi simple que cela.

Cuba n'est pas une île : c'est un défi.
Une insolence.
Un cri.

Depuis plus de soixante ans, l'empire veut la mettre à genoux. Il lui bloque les poumons, lui coupe la lumière, lui refuse le pain. Non pour ce qu'elle dit, mais pour ce qu'elle fait. Non pour son passé, mais pour son entêtement à croire en l'avenir.

Et aujourd'hui encore. Un nouveau tour de vis, une nouvelle morsure à la gorge. Menaces, sanctions, chantages et châtiments. L'administration Trump a aiguisé les crocs et la bête continue de mastiquer. Il ne s'agit pas d'erreurs ni de caprices diplomatiques.

C'est l'histoire ancienne du maître qui ne supporte pas l'esclave en fuite, du bourreau qui ne pardonne pas au rebelle de ne pas s'être laissé tuer.

Mais Cuba est toujours là. Assiégée, oui. Asphyxiée, aussi. Mais vivante. Et cela, dans un monde où tout s'achète et tout se vend, est plus scandaleux que n'importe quel discours.

Car la révolution cubaine ne fut pas un simple changement d'uniforme. Ce fut un séisme. Elle expropria le capital, démantela la soumission, transforma la faim en écoles, la tristesse en médecine, la dépendance en souveraineté. Et ce péché-là, dans le catéchisme du capital, ne se pardonne pas.

Le blocus ne cherche pas à conquérir. Il cherche à épuiser. Il ne bombarde pas de missiles, mais de pénuries. Il vise l'estomac, les hôpitaux, les transports, les rêves. Il tente que la lassitude triomphe de l'espérance, que les jours gris effacent la mémoire, que le peuple, las de résister, réclame la reddition comme on réclame du pain.

Mais non. Le peuple continue de résister. Il chante. Il s'organise. Il apprend. Il fait de la pénurie une école, de l'effort une tranchée. « La révolution, disait Fidel, ne se détruit pas seulement par les balles. Elle s'érode si on la laisse seule. » Voilà pourquoi chaque geste de solidarité, chaque étreinte, chaque dénonciation du blocus et de tout projet visant à étouffer Cuba ou à l'attaquer est une barricade dans cette guerre invisible sur les écrans.

Le socialisme cubain n'est pas parfait. Mais il existe. Et cela suffit à en faire un scandale. Parce qu'il démontre que c'est possible. Que tout n'a pas de prix. Que la santé, l'éducation, la dignité peuvent être des principes et non des marchandises. Que l'avenir n'est pas écrit en dollars ni signé à Wall Street.

Cuba fut un phare pour les peuples en lutte. Sa médecine a soigné en Afrique, ses enseignants ont instruit dans les coins oubliés du monde, ses soldats sont morts en terres étrangères parce qu'ils savaient que l'internationalisme n'est pas une aumône : c'est de la légitime défense. Car quand un peuple se soulève, il soulève tous les peuples.

C'est pour cela qu'on la frappe avec tant de rage. Parce que son exemple dérange. Parce que l'obéissance mondiale exige le silence, et que Cuba parle. Parce que le système doit convaincre le monde qu'il n'y a pas d'alternative. Et si Cuba tombe, on dira que le socialisme n'a été qu'une erreur, une nostalgie, une utopie ridicule.

Mais si Cuba résiste, si elle avance malgré la boue, alors l'histoire n'est pas terminée. Alors, tout reste possible. Et cela, ça fait peur. Aux puissants. Aux marchands. À ceux qui gouvernent avec une calculatrice et un cœur vide.

Les classes laborieuses du monde ne peuvent pas se permettre de détourner le regard. Ce n'est ni affaire de charité ni de romantisme. C'est une question de stratégie. Si Cuba tombe, ce ne sera pas seulement une île qui sombrera. Ce sera aussi l'espérance. La possibilité même.

Et alors, oui, ils auront gagné. Ils auront convaincu les pauvres que leur seule mission est de survivre. Ils auront persuadé les jeunes qu'il n'existe rien au-delà de la consommation et du désenchantement. Ils auront transformé le monde entier en une immense boutique sans portes.

Mais si Cuba résiste, elle nous rappellera que l'histoire n'est pas close. Que le capitalisme n'est pas un destin. Que les peuples peuvent encore écrire d'autres chapitres. Avec du sang, avec de l'effort, avec des doutes, mais aussi avec de la joie, de la tendresse, de la justice.

Cuba, petite, assiégée, imparfaite, nous parle. Elle nous dit qu'un autre monde n'est pas seulement nécessaire. Il est, de surcroît, possible. Et qu'il vaut la peine de lutter pour lui.

La guerre qui ne se déclare pas mais qui tue

Il y a des guerres qu'on filme : bombes, soldats, discours présidentiels. Et il y a celles qu'on ne voit jamais dans les journaux. Des guerres silencieuses, faites de papiers et de décrets, de chiffres et de douanes. Des guerres qui tuent par la bureaucratie et la lenteur. Ainsi en va-t-il du blocus contre Cuba.

Un enfant a besoin d'antibiotiques. Il n'y en a pas. Un hôpital attend une pièce pour ses machines. Elle ne vient pas. Un tracteur s'arrête dans un champ parce qu'il lui manque un minuscule élément. Mais cette pièce ne peut être achetée dans aucun pays, parce qu'à Washington quelqu'un a décidé que Cuba n'avait pas le droit de l'acheter. Et tout cela - qui ne ressemble pas à de la violence - en est pourtant la forme la plus perverse. C'est la faim planifiée, la douleur calculée, la misère fabriquée à dessein.

Le blocus ne se contente pas d'étrangler l'économie. Il cherche à briser les corps, à discipliner les cœurs. C'est un châtiment exemplaire. Un avertissement. Une cage installée au cœur des Caraïbes pour que le monde la regarde et tire la leçon : voilà ce qui arrive à ceux qui osent désobéir.

Et pourtant, Cuba désobéit.

La révolution n'est pas un souvenir pour touristes. Ce n'est pas une image en noir et blanc. C'est une lutte quotidienne pour préserver ce que le marché rejette : l'éducation gratuite, la santé universelle, la souveraineté alimentaire, la culture comme droit. Cuba ne résiste pas seulement au blocus : elle résiste à la logique d'un monde où la vie vaut moins qu'une action en bourse.

L'impérialisme ne peut tolérer cela. Non parce que Cuba possède du pétrole, de l'or ou d'immenses terres. Mais parce qu'elle a démontré qu'un autre modèle est possible. Que les droits ne dépendent pas du portefeuille. Qu'une économie peut être au service du peuple et non l'inverse.

Voilà pourquoi la guerre. Voilà pourquoi l'encerclement. Voilà pourquoi les titres mensongers, les rapports manipulés, les campagnes de haine. Le but n'est pas seulement de faire tomber Cuba. Il s'agit que, si elle tombe, on puisse affirmer que tout cela n'a jamais eu de sens. Que c'était une erreur. Une anomalie.

Mais non. Cuba est la preuve vivante que les révolutions ne se font pas seulement dans les livres. Elles se font dans la rue, dans la salle de classe, dans le dispensaire, dans l'usine. Elles se font chaque jour, au milieu des pénuries, des coupures de courant, des files d'attente. Et malgré tout, elles survivent. Non par miracle, mais par conviction.

Che Guevara l'a dit avec des mots de feu : « À l'impérialisme, pas même un tant soit peu. » Et ce "pas un tant soit peu" est la mesure de la dignité cubaine. Une dignité qui ne se calcule ni en dollars ni en PIB, mais dans la tête haute d'un peuple qui refuse de se rendre.

Il n'y a pas de neutralité possible. Ou bien l'on est du côté de la dignité, ou bien du côté du bourreau. Ou bien l'on embrasse ceux qui résistent, ou bien le silence nous transforme en complices. Car chaque silence est une brique de plus dans le mur du blocus. Chaque justification est l'essence versée sur le feu de l'impérialisme.

Défendre Cuba, c'est défendre la possibilité d'un autre monde. Non pas un monde parfait. Mais un monde où le pain ne soit pas un privilège. Où la santé ne soit pas une marchandise. Où un enfant ne naisse pas condamné par le lieu de sa naissance.

Et c'est pourquoi Cuba compte. Pas seulement pour les Cubains. Pour nous tous. Parce que si un peuple parvient à se lever sans permission, à construire sans capitaux, à résister sans se rendre, alors nous pouvons tous à nouveau croire.

Et si Cuba venait à tomber, elle ne tomberait pas seule. Avec elle s'effondreraient aussi nos espérances.

Source originale:  Canarias Semanal
Traduit de l'espagnol par  Bernard Tornare

 investigaction.net