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L'impérialisme, ou la logique des pédophiles

Par Karim pour  BettBeat Media, le 1er février 2026

Dépouillé de sa grandeur historique, l'impérialisme n'est rien d'autre que la soif de pouvoir de ceux qui violent des enfants en toute impunité.

On se raconte des mensonges réconfortants sur le pouvoir. On s'imagine que tous ceux qui réussissent à diriger des empires, des nations ou d'immenses fortunes le font avec mérite, grâce à leur vision et à une sorte d'aptitude darwinienne qui nous fait défaut. On se dit que les systèmes qui régissent nos vies - le capitalisme, la monarchie, le colonialisme, l'Église - sont certes imparfaits, mais perfectibles, défectueux, mais pas gangrenés jusqu'à la moelle.

C'est faux.

Notre monde est dirigé par une mafia de pédophiles.

Ce n'est pas une hyperbole. Ce n'est pas une théorie du complot comme le Pizzagate ou QAnon. C'est l'évident constat de décennies de scandales révélés, de réseaux démasqués, de dissimulations exposées - révélées, puis ignorées, révélées, puis enterrées, révélées, puis oubliées -, tandis que les prédateurs restent au pouvoir. Comme l'Église catholique. Les internats britanniques. L'île d'Epstein. Les plantations coloniales. Le scénario est toujours le même : avoir accès aux enfants, une immunité totale, et un système qui serre les rangs.

Les pédophiles devraient être filtrés par le système. Mais il les choisit. Il l'a toujours fait.

Le schéma

Prenons l'exemple des sectes. Chaque génération en produit et chaque génération est choquée lorsque des révélations inévitables émergent. Rajneesh. NXIVM. Les Enfants de Dieu. Jim Jones. Le schéma est toujours le même : une autorité charismatique, un totalitarisme idéologique, une exploitation sexuelle systématique des adeptes, en particulier des mineurs. Nous qualifions cela d'aberrations. Nous nous disons que les institutions traditionnelles sont différentes.

Elles ne le sont pas. Elles sont simplement plus nombreuses.

L'Église catholique a versé des milliards de dollars d'indemnités aux victimes d'abus à travers le monde. L'ampleur du phénomène est inimaginable : des milliers de prêtres, des dizaines (voire des centaines) de milliers de victimes, un appareil bureaucratique non pas dédié à la justice, mais à la dissimulation. Le rapport du grand jury de Pennsylvanie a recensé à lui seul plus de 300 prêtres prédateurs et plus de 1 000 enfants victimes dans un seul État américain. Ce n'est pas une aberration. C'est une politique : la survie institutionnelle passe avant le bien-être des enfants.

L'Empire britannique gérait des pensionnats destinés à "civiliser" les enfants autochtones au Canada, en Australie et ailleurs. Des tombes anonymes parsèment aujourd'hui les terrains de ces institutions. Les survivants racontent avoir subi des abus physiques et sexuels systématiques. La Commission de vérité et réconciliation du Canada a qualifié ces faits de génocide culturel. Mais c'était aussi autre chose : une vaste machine qui offrait aux prédateurs un accès illimité à des enfants privés de famille, de communauté et de protection.

Le colonialisme en lui-même était une charte pour les pédophiles. L'esclavage signifiait posséder des corps, tous les corps, y compris ceux des enfants. La servitude domestique plaçait les mineurs dans des foyers d'où ils ne pouvaient s'échapper. Les "femmes de réconfort" de l'impérialisme japonais. Les fillettes épouses de toutes les armées conquérantes. Nous évoquons ces horreurs dans un langage aseptisé, celui de l'injustice historique, mais la vérité est viscérale et spécifique : des hommes puissants ont violé et continueront de violer des enfants parce qu'ils en ont le pouvoir.

Et cela se perpétue sans interruption jusqu'à notre époque.

Les pensionnats étaient des usines à maltraitance où les colons européens violaient les enfants autochtones en toute impunité.

La royauté, l'élite, les intouchables

La maison Windsor a conclu un accord à l'amiable avec Virginia Giuffre, une survivante qui a affirmé avoir été vendue au prince Andrew alors qu'elle était adolescente. La somme s'élèverait à  douze millions de livres. Toutefois, aucune reconnaissance de culpabilité n'est envisagée. Aucune poursuite pénale ne sera engagée. Pour le palais, l'affaire est close.

Mais bien sûr, Andrew n'est pas un cas isolé. Les monarchies ont toujours fonctionné de cette manière. Le "droit de cuissage" est peut-être un mythe historique, mais la réalité qu'il évoque est bien réelle : ceux qui détiennent le pouvoir absolu se servent toujours des corps de leurs sujets. Les favorites royales des cours européennes étaient souvent des adolescentes, voire des préadolescentes. Les enfants réduits en esclavage dans les ménages aristocratiques n'avaient aucune valeur juridique.

Nous pensons que c'est de l'histoire ancienne, que la modernité a réformé ces structures.

Nous nous trompons lourdement.

"L'élite pédophile pousse quasiment au prosélytisme religieux - il semble que nous soyons confrontés à la bataille millénaire prophétisée entre le bien et le mal. Entre nous et une horde démoniaque se faisant passer pour le 'monde libre'".

Jeffrey Epstein et les mécanismes de l'impunité

Jeffrey Epstein n'agissait pas seul. Il dirigeait un réseau, une opération de proxénétisme et de chantage au service des puissants. Sa liste de clients comprenait des financiers, des politiciens, des universitaires et des membres de la royauté. Lors de sa première arrestation en Floride, il a bénéficié d'un accord de plaidoyer si clément que le procureur qui l'avait négocié a ensuite rejoint le cabinet du gouvernement américain.

Epstein est mort en détention fédérale dans des circonstances qui défient l'entendement. Les caméras de surveillance ne fonctionnaient pas. Les gardes dormaient. Le prévenu le plus en vue d'Amérique s'est pendu sans que personne ne s'en aperçoive.

Les dossiers rendus publics ces dernières années recèlent des déclarations sous serment qui auraient dû mettre fin à de nombreuses carrières politiques. Dans l'une de ces déclarations, un témoin sous le pseudonyme de "Tiffany Doe" a témoigné sous serment qu'elle avait personnellement été témoin d'abus sur mineurs commis par Epstein et Donald Trump alors qu'elle travaillait pour eux entre 1990 et 2000m - imaginez l'ampleur des horreurs qui se sont produites pendant ces dix années. Elle a notamment décrit une plaignante, une enfant, menacée par Trump qui lui a dit qu'elle "disparaîtrait comme la fillette de 12 ans" si elle parlait. Elle a également décrit les menaces de mort dont elle a fait l'objet pour avoir témoigné.

Réfléchissez-y. Une déclaration sous serment. Sous peine de parjure. Elle décrit l'homme qui allait devenir président des États-Unis en train de menacer un enfant de mort.

La plainte a été retirée. La plaignante a invoqué des craintes pour sa sécurité. Il n'y a pas eu de procès. Les médias sont passés à autre chose.

Imaginez-vous avoir douze ans. Une fillette qui joue dans les parcs. Imaginez maintenant qu'un homme puissant, dont le visage s'affiche partout et dont le nom orne des bâtiments, vous dise qu'il peut faire tuer votre famille. Imaginez l'impuissance. Imaginez porter ce poids pendant des décennies, alors que le monde fait de cet homme son leader.

Il ne s'agit pas de théorie du complot. Il s'agit d'un témoignage sous serment que nos systèmes ont choisi de ne pas instruire.

« Les allégations de la victime concernant des élites cannibales violant des enfants pouvaient sembler farfelues à l'époque. Mais à l'ère post-Epstein, beaucoup d'entre nous réalisent que nous l'avons écartée trop facilement. »

Les derniers documents publiés sur Epstein révèlent une dépravation qui dépasse l'entendement, même pour les films d'horreur hollywoodiens. Des rituels de sacrifice d'enfants. Des avortements forcés. La consommation de chair humaine de victimes assassinées. Donald Trump aurait pénétré les parties génitales d'enfants de douze ans pour tester leur "étroitesse", tandis que ses amis milliardaires riaient en arrière-plan. Cette cabale de puissants pédophiles pousse à la foi religieuse; il semble que nous soyons confrontés à la bataille millénaire prophétisée entre le bien et le mal. Entre nous et une horde démoniaque se faisant passer pour le "monde libre".

La plus grande ruse du diable a été de convaincre le monde qu'il n'existe pas.

Les Pays-Bas, et partout ailleurs

Chaque pays connaît sa propre version. Aux Pays-Bas,  Joris Demmink, un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Justice, a fait l'objet d'allégations d'abus sexuels sur des enfants pendant des années. Des témoins se sont manifestés. Les enquêtes ont piétiné. Les poursuites ont été abandonnées. Le Premier ministre l'a publiquement défendu. L'affaire est officiellement close.

Demmink n'est pas un cas isolé aux Pays-Bas. Il est l'exemple local d'un phénomène mondial : le prédateur intouchable, protégé par les systèmes censés rendre justice.

La Belgique a connu l' affaire Dutroux, qui a révélé l'existence de réseaux s'étendant jusqu'à la police et au gouvernement. La Grande-Bretagne a connu  Jimmy Savile, qui a abusé de près d'un millier d'enfants pendant des décennies, tandis que la BBC regardait ailleurs - et, surprise, surprise, la reine Elizabeth l'appréciait beaucoup. Le Portugal a eu Casa Pia. Les schémas se répètent à l'infini.

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Certains d'entre vous se souviennent peut-être de la  jeune mannequin Gabriela Rico Jiménez clamant avoir vu des élites "manger des êtres humains". En 2009, la jeune femme originaire de Chihuahua a assisté à une soirée très médiatisée à Monterrey, organisée par l'agence Elite Model. Ce n'était pas n'importe quelle soirée : elle aurait réuni de puissants hommes d'affaires, des politiciens et des figures du crime organisé.

Ce qu'elle y a vu l'a brisée.

Elle a été retrouvée devant un hôtel, prostrée et affolée, accusant des personnalités influentes de cannibalisme. Elle a été rapidement embarquée par les forces de l'ordre. Son cas n'a jamais été résolu. Elle est toujours portée disparue, soit réduite au silence, soit détruite par ce dont elle a été témoin.

Les allégations concernant des élites cannibales violant des enfants pouvaient sembler folles à l'époque. Mais à l'ère post-Epstein, nombreux sont ceux qui réalisent que nous l'avons ignorée bien trop facilement.

La logique en question

Quelqu'un a récemment résumé la situation en ces termes : "L'impérialisme, c'est la logique du pédophile".

Cette affirmation est choquante. Elle doit l'être. Nous évoquons généralement l'impérialisme en termes abstraits : géopolitique, économie, ascension et chute des civilisations. Mais si l'on fait abstraction du langage académique, il ne reste que ceci : l'impérialisme est un projet qui consiste à s'approprier de force ce que l'on veut, à ceux qui ne peuvent pas s'y opposer. C'est la logique de la prédation à plus grande échelle. Et l'expression ultime de la prédation, ou l'expression paroxystique du pouvoir absolu sur l'impuissance extrême, c'est le viol d'un enfant.

Car, une fois dépouillé de sa grandeur historique, l'impérialisme n'est rien d'autre que ce désir de tout-puissance consistant à violer des enfants en toute impunité.

C'est loin d'être une métaphore. C'est un processus. Le pouvoir centralisé sans contre-pouvoir attire ceux qui cherchent à exploiter en toute impunité. Il valorise ces individus, car les aptitudes à l'exploitation - la cruauté, la manipulation et l'absence d'empathie - sont précisément propices à l'ascension aux postes clés des systèmes fondés sur la domination. Pire encore, le système ne se contente pas de ne pas détecter les prédateurs. Il les choisit.

Le pédophile n'aspire qu'à trouver l'accès et garantir son impunité. L'empire, l'Église et le capital les leur offrent. Le propriétaire d'une plantation disposait d'un accès illimité à des enfants esclaves et jouissait d'une impunité totale. Le prêtre avait accès aux enfants de chœur et à la protection du Vatican. Le milliardaire possède des îles privées, des jets privés et des procureurs à ses ordres.

La jeune mannequin Gabriela Rico Jiménez, déclarant avoir vu des membres de l'élite « manger des êtres humains ».

Pourquoi rien ne change

Un amère et dure vérité est admise par ceux qui étudient ces schémas : dans le capitalisme, les capitalistes ne sont pas condamnés. Le système ne se réformera pas de lui-même, car il fonctionne comme prévu. Il concentre le pouvoir. Il protège ce pouvoir de toute sanction. Il offre aux plus puissants ce qu'ils ont toujours convoité : la liberté de s'approprier ce que bon leur semble.

Epstein n'est pas un cas isolé. Ses agissements offrent un rare aperçu de l'envers du décor, un moment fugace où la machine s'est brièvement exposée avant que le rideau ne se retombe. Et il ne se lèvera plus.

Les dossiers vont être diffusés, analysés et débattus. On écrira des articles d'opinion... Et les puissants dont les noms émergeront de ces dossiers ne seront pas inquiétés. Il ne se passe jamais rien.

Alors, comment faire bouger les choses ?

Pour en finir avec ce système, il faudrait démanteler les structures mêmes qui l'alimentent. Pas de réforme. Pas de contrôle. Pas de groupes de travail. Tout démanteler.

Il faudrait en finir avec la concentration des richesses qui assure l'impunité à certains individus. Il faudrait démanteler les institutions qui privilégient leur propre survie au bonheur des enfants. Il nous faudrait un monde où quiconque, qu'il soit président, prince ou pape, devrait rendre des comptes.

Mais pour cela, il faudrait enfin cesser de nous raconter des fables rassurantes.

Reste à savoir si nous avons le courage d'accepter cette vérité. Si nous sommes enfin capables et prêts à admettre que les empires dont nous avons hérité, les systèmes dont nous sommes partie, les dirigeants que nous élisons, sont des structures conçues par des prédateurs, pour des prédateurs, et préservées par notre refus collectif de les voir tels qu'ils sont.

Les enfants menacés, violés et réduits au silence n'avaient pas le choix. Ils l'ont vécu. Beaucoup le vivent encore. Le moins que nous leur devons, c'est le courage de mettre des mots sur ce qui s'est passé. Et qui se passe encore.

L'impérialisme est loin du grand destin. Pas plus qu'il n'est l'inéluctable aboutissement de la civilisation. Il ne repose que sur la logique du prédateur enrobée de patriotisme.

Traduit par  Spirit of Free Speech

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Imperialism is the Logic of the Pedophile

We tell ourselves comforting lies about power. We imagine that those who rise to command empires, nations, and vast fortunes do so through merit, through vision, through some Darwinian fitness that the rest of us lack. We tell ourselves that the systems governing our lives-capitalism, monarchy, colonialism, the church-are imperfect but improvable, flawe...

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