07/02/2026 les-crises.fr  9min #304072

 Usa : nouvel assassinat à Minneapolis, par la police de Trump

Le meurtre de Renee Nicole Good par l'Ice est loin d'être une anomalie, c'est la nouvelle norme

À ce jour, les agents d'immigration américains ont, en quatre mois, tiré sur 11 civils dans des voitures.

Source :  Mike Ludwig, Truthout
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Des gens se recueillent devant un mémorial dédié à Renee Nicole Good, près du lieu où elle a été abattue, le 8 janvier 2026, à Minneapolis, dans le Minnesota. Stephen Maturen / Getty Images

Le meurtre de Renee Nicole Good par des agents de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) mercredi dernier dans un quartier d'habitude tranquille du sud de Minneapolis n'est que le dernier épisode d'une série d'attaques violentes perpétrées par des agents de l'immigration contre des résidents locaux.

« Immédiatement après, ces mêmes agents masqués ont été confrontés à nos voisins en deuil, qui réclamaient à juste titre que justice soit faite pour un meurtre commis dans nos rues, et ils n'ont fait qu'aggraver la situation », a déclaré Aisha Chughtai, membre du conseil municipal de Minneapolis, dans un message publié après son arrivée sur les lieux jeudi. « Ils ont jeté des gens à terre, ont foncé de manière imprudente dans la foule et ont utilisé des agents chimiques irritants. »

Cette fusillade s'inscrit pleinement dans une logique de violence observée dans les villes dirigées par des maires Démocrates partout dans le pays : les services de police chargés de l'immigration (ICE) pénètrent dans les quartiers pour procéder à des arrestations musclées dans la rue, y compris celles de nombreux citoyens américains, et se heurtent aux habitants inquiets et aux militants locaux, avant de rejeter la responsabilité sur les victimes lorsque des gens sont blessés ou tués.

L'agent de l'ICE Jonathan Ross a tiré trois coups de feu mortels sur la Honda Pilot de Good alors qu'elle faisait demi-tour et passait devant lui. Juste avant cela, un autre agent fédéral masqué avait tenté de l'extraire de son véhicule avec une grande agressivité. À ce moment là, le meurtre de Good par Ross était le neuvième cas rapporté d'un agent d'immigration ayant tiré sur un civil non armé à l'intérieur de son véhicule au cours des quatre derniers mois, selon le New York Times. Dans chacun de ces cas, les agents d'immigration ont affirmé avoir tiré en légitime défense et ont invoqué leur crainte d'être percutés par les véhicules.

Pourtant, une autre fusillade impliquant un civil et un agent américain de l'immigration s'est produite le lendemain à Portland, dans l'Oregon, alors que la police des frontières américaine a tiré sur deux personnes lors d'un contrôle routier jeudi. Les deux personnes ont été hospitalisées par les premiers secours locaux, puis identifiées par les autorités fédérales. Vendredi après-midi, leur état de santé n'avait pas encore été communiqué. Faisant écho au meurtre de Minneapolis, le département de la Sécurité intérieure (DHS) affirme que le conducteur a tenté de percuter l'agent avec son véhicule.

« Nous savons ce que le gouvernement fédéral dit quant à ce qu'il s'est passé ici », a déclaré jeudi le maire de Portland, Keith Wilson, aux journalistes. « Il fut un temps où nous pouvions les croire sur parole. Ce temps est révolu depuis longtemps. »

La députée Janelle Bynum (Démocrate-Oregon) a déclaré que les agents d'immigration du président Donald Trump se livraient à du « terrorisme d'État ».

« Arrêtez de nous emmerder », a déclaré Bynum dans un communiqué. « C'est la deuxième fusillade cette semaine perpétrée par des agents suivant les ordres d'un dictateur en herbe qui tente de prendre le contrôle des villes et de régner en semant la terreur dans le cœur du peuple américain. »

Par ailleurs, les procureurs de Chicago ont récemment abandonné les poursuites pénales contre Marimar Martinez, une femme qui avait été blessée par plusieurs balles tirées par un agent des douanes après une collision automobile en octobre. L'affaire contre Marimar s'est effondrée lorsque les avocats de la défense ont menacé de divulguer devant le tribunal des SMS dans lesquels l'agent se vantait grossièrement de l'attaque dans des conversations avec ses collègues. Les procureurs de Chicago ont récemment abandonné de la même manière les poursuites contre des dizaines d'autres manifestants.

Des militants à Chicago réclament également justice pour Silverio Villegas González, abattu en septembre par des agents de l'ICE qui ont affirmé qu'il avait tenté de les renverser avec sa voiture. Alors que le DHS a publiquement déclaré que les agents de l'ICE avaient subi des blessures importantes, l'un d'entre eux les a qualifiées de « sans gravité ».

Vance a affirmé à tort que les agents d'immigration bénéficiaient d'une « immunité absolue » en vertu de la loi fédérale, envoyant ainsi un signal dangereux aux 12 000 agents de l'ICE nouvellement recrutés sous Trump quant au niveau de violence qu'ils pourraient exercer sans avoir à rendre de comptes.

De retour à Minneapolis, la secrétaire du DHS, Kristi Noem, a accusé Good d'être une agitatrice et une « terroriste nationale » après la fusillade mortelle, des affirmations qui sont directement contredites par les preuves vidéo et les témoins présents sur les lieux.

Jeudi, alors que les enquêteurs fédéraux empêchaient leurs homologues de l'État du Minnesota d'accéder aux preuves recueillies sur les lieux, les responsables de l'administration Trump ont réitéré leurs affirmations infondées selon lesquelles Ross avait agi de manière appropriée et en état de légitime défense lorsqu'il avait abattu Good, un récit que le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a qualifié de « foutaises » et de « conneries ». Le meurtre a eu lieu après que Trump ait envoyé 2 000 agents fédéraux à Minneapolis pour ce que les responsables de l'ICE ont qualifié de « plus grand coup jamais mené contre l'immigration clandestine ».

Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le vice-président J.D. Vance a qualifié Good de « gauchiste détraquée », mais il a ensuite admis lors d'une conférence de presse qu'il savait peu de choses de cette femme de 37 ans et qu'il ne pouvait pas se prononcer sur ses motivations au moment du meurtre.

Vance a également affirmé à tort que les agents d'immigration bénéficiaient d'une « immunité absolue » en vertu de la loi fédérale, envoyant ainsi un signal dangereux aux 12 000 agents de l'ICE nouvellement recrutés sous Trump quant au niveau de violence qu'ils pourraient exercer sans avoir à rendre de comptes aux plus hautes instances du gouvernement. Les documents de recrutement de l'ICE et les publications du département de la Sécurité intérieure sur les réseaux sociaux ont la réputation de partager des images nationalistes blanches et de comparer l'application des lois sur l'immigration à des jeux vidéo violents..

Des militants ont documenté les violations des droits civils commises par l'ICE tant du temps des présidents Démocrates que des Républicains, mais les déclarations de Vance montrent clairement à quel point l'ICE est devenue un instrument politique au cours du second mandat de Trump. Good était une poètesse et une mère aimante, sans oublier qu'elle était aussi une citoyenne et Vance a été élu pour la servir. En diffamant toute personne qui s'inquiète des activités de l'ICE dans son quartier, la qualifiant de « détraquée » et de « radicale de gauche », Vance renforce le rôle de l'ICE en tant que garant de l'idéologie MAGA.

Il est clair que la répression de la dissidence et la qualification des manifestations pacifiques de « terrorisme intérieur » sont désormais devenues un élément clé de la politique de répression de l'immigration menée par Trump.

Alors que Trump publie des décrets assimilant « l'antifascisme » et les mouvements sociaux de gauche à du « terrorisme intérieur », l'ICE a signé des contrats d'une valeur d'au moins 25 millions de dollars avec les géants de la technologie pour acquérir les dernières technologies d'espionnage, notamment des systèmes de surveillance des réseaux sociaux, de localisation des téléphones portables, de reconnaissance faciale et des outils de piratage à distance, selon le Brennan Center.

En septembre 2025, le directeur par intérim de l'ICE, Todd Lyons, a déclaré que l'agence utiliserait toutes ses ressources, y compris la puissante division des enquêtes sur la sécurité intérieure, pour « tracer l'argent » et trouver les militants « meneurs », suggérant sans preuve que les manifestants contre l'ICE à Chicago étaient des « agitateurs extérieurs » payés pour être là. Ces affirmations sans fondement reflètent les théories du complot d'extrême droite et antisémites concernant des philanthropes tels que George Soros, qui est souvent la cible des attaques personnelles de Trump.

« Au cours des deux dernières décennies, l'augmentation vertigineuse des capacités de surveillance du gouvernement s'est accompagnée d'avertissements prévenant que ce pouvoir pourrait être utilisé pour bafouer la liberté d'expression et le droit à la vie privée des Américains », ont écrit en novembre Faiza Patel et Matthew Ruppert, analystes du Brennan Center. « Compte tenu de la campagne menée ouvertement par l'administration Trump pour utiliser les forces de l'ordre fédérales, y compris l'ICE, afin de cibler ses opposants politiques, nous y sommes. »

Comme l'ont rapporté Truthout et The Intercept, l'ICE a discrètement assigné Meta à comparaître l'année dernière dans le cadre d'une « enquête pénale officielle concernant la sécurité des agents », exigeant la communication des informations personnelles liées aux comptes Instagram qui sont utilisés par les militants pour suivre les opérations de l'ICE et alerter le public. Les groupes de défense des libertés civiles ont contesté cette décision devant les tribunaux et ont mis en garde contre un grave abus de pouvoir ; le seul mandat de l'ICE est d'appliquer la loi sur l'immigration, et en aucun cas de poursuivre des citoyens américains au pénal.

En qualifiant à tort d'actes « criminels » des actes protégées par la Constitution, tel que le fait de filmer la police de l'immigration quand on est dans son propre quartier, ce que pourtant ont fait à plusieurs reprises les responsables de l'administration Trump, cela permet à celui-ci de tirer parti de la répression en matière d'immigration pour cibler simultanément deux ennemis présumés du mouvement MAGA : les sans-papiers et les militants locaux considérés comme « gauchistes » parce qu'ils se soucient de leurs voisins immigrés.

Dans un commentaire adressé à Michelle Goldberg, chroniqueuse au New York Times, le procureur général du Minnesota, Keith Ellison, a déclaré qu'en tuant Good, l'ICE envoyait un message.

« 'Si vous voulez défendre vos voisins, vous le ferez au péril de votre vie'. Je pense que c'est le message sans équivoque », a déclaré Ellison, qui s'est engagé à obtenir justice pour Good en dépit de l'obstruction fédérale. « Il suffisait de regarder la vidéo pour comprendre qu'ils auraient pu lui dire : « Sortez de là », pas vrai ? Et elle serait sortie. Mais ils ne voulaient pas qu'elle sorte. Ils voulaient soit la traîner hors de la voiture, soit faire ce qu'ils ont fait. »

Ce schéma semble se confirmer alors que l'administration Trump a intensifié la brutalité d'un système de contrôle de l'immigration déjà violent.

Depuis des années, l'ICE est accusée de violer les droits humains tout en évitant la transparence et de rendre des comptes, y compris dans ses tristement célèbres prisons, où depuis l'arrivée au pouvoir de Trump, au moins 32 personnes sont mortes alors qu'elles étaient détenues par l'ICE. Trump a désormais transformé l'agence en une arme totalitaire qui peut être déployée dans n'importe quelle communauté aux États-Unis, et contre toute personne perçue comme s'opposant à son régime.

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Mike Ludwig est journaliste à Truthout, il vit à La Nouvelle-Orléans. Il est également auteur et il anime « Climate Front Lines », un podcast consacré aux personnes, aux lieux et aux écosystèmes en première ligne face à la crise climatique. On peut le suivre sur Twitter : @ludwig_mike.

Source :  Mike Ludwig, Truthout, 09-01-2026

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

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