
par Caitlin Johnstone
J'ai vu un tweet d'Elon Musk l'autre jour : «Celui qui a dit «l'argent ne fait pas le bonheur» savait de quoi il parlait».
Il a ajouté un emoji triste.
Personnellement, je n'ai aucune compassion pour Elon Musk et ses sentiments. Mais le fait que ces milliardaires ne prennent même pas de plaisir à empoisonner notre planète et à nous dépouiller en dit long sur la folie de notre civilisation.
Réfléchissez-y.
Ça ne les rend même pas heureux. Toute cette exploitation, toute cette appropriation, tout ce parasitisme, cette thésaurisation, cette manipulation politique, cette infiltration des gouvernements... et ça ne les rend même pas heureux.
Ce serait terrible si ces oligarques obscènement riches volaient le bonheur de tous les autres pour s'enrichir infiniment plus que nous tous. Mais ils ne se rendent même pas heureux eux-mêmes. Ils sont profondément malheureux. Tous ceux qui sont impliqués dans cette dynamique abusive en souffrent, même les agresseurs.
Et franchement, comment pourrait-il en être autrement ?
Connaissez-vous quelqu'un de moins susceptible d'être heureux que quelqu'un qui ne se contente pas d'une retraite paisible, avec une maison et peut-être vingt millions de dollars à la banque, l'assurance que tous ses besoins matériels seront comblés pour le restant de ses jours ? Quelqu'un qui, au contraire, se sent obligé de persévérer jusqu'à amasser une fortune qu'il ne pourrait raisonnablement dépenser en mille vies ?
Y a-t-il quelque chose de moins propice au bonheur que de devenir tellement plus riche que tout le monde qu'on est contraint de s'isoler de la société, pour finalement n'être entouré que de personnes qui font partie de votre vie grâce à votre richesse ? Sans jamais savoir ce qu'elles pensent vraiment de vous ni ce qu'elles feraient de leur vie sans votre immense fortune ?
Y a-t-il un chemin plus sûr vers une vie d'insatisfaction que de passer ses années à amasser des richesses comme une créature fantastique amassant de l'or dans une montagne, tandis que les gens, paniqués à l'idée de payer leurs factures, vous regardent avec dédain ?
Peut-on imaginer une vie plus misérable que celle d'un oligarque manipulant le pouvoir d'État pour s'assurer que son immense fortune ne soit jamais redistribuée aux plus démunis, et que le peuple reste à jamais prisonnier de son rôle de simple exécutant, dont le travail ne sert qu'à enrichir les milliardaires ?
Personnellement, je ne peux l'imaginer.
Les ploutocrates qui contrôlent notre société ne sont pas sincèrement en quête de bonheur ; s'ils l'étaient, ils ne seraient pas ploutocrates et ne dirigeraient pas notre société. Le bonheur naît de la satisfaction de l'instant présent, et ceux qui accumulent compulsivement des richesses pour elles-mêmes ne connaîtront jamais cette satisfaction.
Comme l'écrivait Kurt Vonnegut dans son poème «Joe Heller» :
«Histoire vraie, parole d'honneur :
Joseph Heller, écrivain important et drôle,
aujourd'hui disparu,
et moi étions à une fête donnée par un milliardaire sur Shelter Island.
Je lui dis : «Joe, qu'est-ce que ça te fait,
de savoir que notre hôte, hier encore,
a peut-être gagné plus d'argent
que ton roman «Catch-22» a rapporté durant toute son histoire ?»
Et Joe répondit : «J'ai quelque chose qu'il n'aura jamais».
Et je demandai : «Mais qu'est-ce que ça peut bien être, Joe ?»
Et Joe dit : «La certitude d'avoir assez».
Pas mal ! Repose en paix !»
Les Elon Musk de ce monde ne connaîtront jamais le sentiment d'avoir assez. Ils vivent dans un état de manque permanent. Ils ont un vide immense en eux, impossible à combler, quels que soient les moyens financiers qu'ils y investissent, quels que soient les jets privés, les îles privées, les médias et les politiciens corrompus dont ils tentent de le masquer.
Nous sommes gouvernés par des êtres profondément blessés et dysfonctionnels, de véritables enfants sur le plan émotionnel. Ceux qui contrôlent notre société sont ballottés par des forces primitives qu'ils ne comprennent pas. Leurs actions ne sont motivées ni par la recherche du bien commun, ni même par leur propre intérêt, mais par des troubles psychologiques et des pulsions inconscientes.
Et pourtant, on nous assure que c'est la meilleure façon de gouverner une société.
J'en doute fort. Je ne crois vraiment pas que ce soit vrai.
source : Caitlin Johnstone via Marie-Claire Tellier
