Journal dde.crisis de Philippe Grasset
9 février 2026 (18h30) -...Ou « L'effondrement accéléré » ? Cela se vaut puisqu'il faut la première pour supporter, alimenter et même favoriser le second. Quoi qu'il en soit, on sait désormais comme une chose courante que partout retentissent les cris de l'effondrement. Certes, je suis le premier à reconnaître que nous ne sommes pas en reste, et moi en premier, et nous aussi nous poussons régulièrement ces cris d'orfraie de la fin de notre-civilisation (mon Dieu, 'Ta' civilisation), - et, disons pour faire court, de la Fin des Temps.
Les choses vont vraiment très vite, - un « effondrement accéléré », comme le remarque Stephen Karganovic, - à partir d'un texte d'origine italienne, donné en français sur 'euro-synergies.hautetfort.com'. Sa référence de départ pour la période est Fiodor Dostoïevski, et en vérité il aurait pu en trouver beaucoup d'autres si ce n'avait été son origine, - Mais bien sûr, qu'on ne s'y méprenne pas, la référence-Dostoïevski fait très largement mon affaire.
« Dostoïevski exprime une pensée très perspicace dans son « Journal d'un écrivain ». Il affirme que l'effondrement de l'Occident ("l Europe", dans le langage des intellectuels russes de son temps) se produira soudainement et de manière précipitée. Cette prévision audacieuse de Dostoïevski, écrite il y a plus de cent cinquante ans, a dû sembler fantaisiste à ses lecteurs pour au moins deux raisons. »
Addiction à la "philosophie de l'optimisme"
Les raisons développées ensuite pour expliquer que personne ne crut à la prédiction de Dostoïevski ne sont pas étonnantes et ne peuvent surprendre personne. Il s'agit d'une sorte de drogue que dispense la modernité qui est l'exact instrument qui nous précipite dans l'effondrement, - pour moi, dans "l'autodestruction", et la logique est parfaitement évidente puisque cette drogue de l'optimisme (son nom est "Progrès") produit nécessairement la "surpuissance" si puissante et rapide dont moi et nous parlons si souvent. Je pense que la formule "surpuissance = autodestruction" convient parfaitement puisque correspondant après tout, simple nuance sémantique pour les habitués, à "Progrès = effondrement". La ruse diabolique (terme choisi, puisque effectivement le satanisme a très largement sa place dans l'aventure) est que le Progrès très rapide et sans cesse en accélération suscite un optimisme irrésistible qui nous aveugle parfaitement sur la perspective évidente de l'effondrement.
Note de PhG-Bis : « PhG pourrait rappeler que nous avons eu une phase de parfaite répétition de ce que nous connaissons depuis 1989-1991 et surtout depuis septembre 2001. Le fol optimisme des 'Roaring Twenties' (les années 1920) aux USA, avec la "philosophie de l'optimisme", la montée de la Bourse jusqu'à une sorte de Paradis psycho-financier, pour brutalement s'effondrer le "Mardi noir" d'octobre 1929, puis dans la Grande Dépression qui fut un véritable effondrement en plusieurs phases, dont la plus effarante, la plus effrayante, fut la phase psychologique. Voyez " Le soleil noir de la Beat Generation", et par exemple cette remarque d'André Maurois, dans 'Chantiers américains' de septembre 1933 :» "Si vous aviez fait le voyage vers la fin de l'hiver (1932-33), vous auriez trouvé un peuple complètement désespéré. Pendant quelques semaines, l'Amérique a cru que la fin d'un système, d'une civilisation, était tout proche." »
Les présidents-blasphèmes, ou la médiocrité du Mal
J'observe, dans l'intervention de "PhG-Bis" qu'il faut bien supporter, à la fois un rappel bienvenu dans la mesure où la Grande Dépression tient une place si fondamentale dans ma perception historique du cheminement de la GrandeCrise, et dans la modernité, et dans la GrandeCrise elle-même, à la fois une mise en évidence très forte du facteur psychologique. C'est en effet à lui que nous allons passer maintenant, après avoir reconnu dans les deux premiers tiers du texte de Karganovic, divers éléments d'une description assez répandue de l'effondrement de "notre-civilisation".
Auparavant, et pour mieux ouvrir ce chapitre essentiel de la psychologie qui est le caractère fondamental de notre effondrement, - cette idée que nous vivons cet "effondrement" en temps réel, à cause de la puissance du système de la communication, - nous devons fixer l'attention que Karganovic accorde à l'aspect satanique des événements.
Notre auteur place cet aspect comme illustration fondamentale de "l'effondrement moral", ou le "rejet net des fondements métaphysiques" de l'héritage de l'Occident. Personne ne saurait être étonné de voir mêler aux deux événements « délibérément blasphématoires » ouvrant l'élément satanique, et au plus haut niveau des célébrant la messe les deux présidents français les plus médiocres, - en fait les plus privés d'essence et de nature d'être, absolument inexistants, selon une pente descendante à la folie, - les deux "plus tout cela" qu'ait connu cet étrange phénomène nommé "République Française" par la guillotine révolutionnaire. Pour l'histoire des bas-fonds, voici le duo de charme dont je veux parler, Hollande et Macron...
« L'effondrement moral, symbolisé par une rupture radicale et même par le rejet net des fondements métaphysiques que l'Occident revendiquait comme son héritage, est évident. Il a été confirmé par deux événements publiquement orchestrés et délibérément blasphématoires: les cérémonies olympiques de Paris en 2024 et les célébrations de l'ouverture du tunnel du Saint-Gothard en Suisse en 2016. Il convient de noter que le seul acteur important à protester officiellement contre la blasphémie de Paris a été l'Iran, musulman et chiite. »
Le rôle central de l'effondrement psychologique
Là-dessus, nous en venons au fait. Je parlais donc de l'importance absolument fondamentale de l'effondrement psychologique dans cet événement d'effondrement total. Karganovic choisit un exemple qu'il considère, avec juste raison selon mon sentiment, comme singulièrement significatif et de cette époque, et de son effondrement, et de l'active ou contrainte participation des êtres dits-humains à la chose.
Il s'agit de l'audition d'une brillante personnalité médicale au Congrès des Etats-Unis, le Docteur et "sage-femme" obstétricienne-gynécologue Nisha Verma. Le débat en était subrepticement venu, puis brutalement grâce à un sénateur, à la question "L'homme peut-il être enceint et donner naissance à un rejeton ?"
« L'incident que nous allons mettre en évidence incarne la folie, normalisée, d'une société mourante. La mise en scène est une audience d'un sous-comité du Sénat des États-Unis, convoquée pour recueillir des preuves sur la sécurité et la réglementation des pilules abortives. L'audience aurait probablement suivi son cours habituel si la sage-femme, Dr. Nisha Verma, n'avait pas été invitée à témoigner sur certaines questions liées à la grossesse. Lors de son témoignage, elle a essayé de paraître politiquement correcte et d'éviter d'insinuer que la grossesse est une condition qui ne concerne que les femmes. Quand ce fut son tour d'interroger le Dr Verma, le sénateur Joshua Hawley (Républicain - Missouri) lui a directement demandé, pour clarifier, en tant que médecin et scientifique, quelle était sa position sur la question: les hommes peuvent-ils tomber enceints?» Dans l'échange qui a suivi avec le sénateur Hawley, cette obstétricienne-gynécologue, qui détient un doctorat en médecine et prétend avoir une connaissance de l'anatomie humaine et une expertise en questions reproductives, est restée exceptionnellement évasive. Elle a obstinément refusé de répondre par un simple « oui » ou « non » à une question qui ne nécessitait aucune référence académique. La vidéo de son témoignage doit être examinée de manière critique, non seulement en raison de son absurdité indéniable, mais surtout comme une preuve troublante d'un déni idéologique de faits empiriques évidents, déni désormais dangereusement répandu.
» Le Dr Verma semblait évidemment mal à l'aise et même effrayée, tentant de recourir à des stratagèmes d'évitement pour détourner la question de bon sens du sénateur Hawley. Le fait qu'elle soit d'origine indienne, bien que, selon son accent, elle soit née et ait grandi en Amérique, suggère que l'idée d'une grossesse masculine lui est probablement aussi culturellement repoussante que pour toute personne normale sur le sous-continent indien. Son nervosisme indique qu'en réalité, elle connaît parfaitement la réponse correcte à la question du sénateur, mais qu'elle est professionnellement et socialement intimidée à l'énoncer publiquement.
» Ce qui, si c'est le cas, ne donnerait pas une bonne image de son intégrité professionnelle. Mais il est absolument nuisible pour la culture que, dans un contexte public, lorsqu'on pose des questions importantes, il soit personnellement risqué de répondre la vérité. »
De madame Verma à Jacques Derrida
Comment mesurer l'importance d'une telle "anecdote" et où la situer, sans perdre son temps à la ridiculiser ? D'abord, admettre cette évidence, pour moi et pour nous, que cette "anecdote" n'en est pas une, mais au contraire un symbole très puissant d'une tendance qui, aujourd'hui, attaque et enflamme la psychologie humaine. Où situer cette importance-là ? Exactement au point le plus sensible de cette accumulation d'effondrements (économique, politique, sociaux, etc.) que l'auteur a décrit, - comme un révélateur, comme un déclencheur, comme une allumette craquée enflamme une mèche, - comme un accélérateur enfin, comme on dit "accélérateur de particules", mais ici "accélérateur de dynamiques crisiques pour faire gronder l'incendie de la GrandeCrise. Karganovic le présente implicitement de cette façon, qui renforce notre interprétation :
« Cependant, il existe un échec qui, à première vue, pourrait ne pas sembler très important, mais qui sort du lot parce qu'il indique le déclin cognitif de l'Occident. Ce déclin, qui paralyse la pensée, aggrave de manière cumulative les effets des effondrements dans d'autres domaines. »
A deux reprises, au début et à la fin de son texte, Karganovic emploie une expression dont le contenu, une fois qu'elle est exploitée, est d'une puissance nucléaire : la « folie imposée », comme dans cette phrase de son dernier paragraphe : « la normalisation de la folie imposée, qui est l'aspect cognitif de l'effondrement ». Ainsi est-il affirmé que l'être humain joue bien un rôle dans cette folie satanique de la GrandeCrise, et un rôle absolument négatif jusqu'au tourbillon du néant, qui est l'obligation faite à de nombreux grands esprits, - les élitesSystème, certes, et si possible dans les plus prestigieux domaines de la science appliquée, - celle de devenir fou, de se faire fou, et même si la sage-femme d'élite Nisha Verma se sent au fond d'elle-même, comme lui dirait une voix de l'antique sagesse de ses origines, si "mal à l'aise".
Rappelez-vous : nous sommes dans le même cas que celui de Jacques Derrida, tel qu'il se décrit lui-même dans une sorte de demi-sommeil, dans ce domaine où soudain la vérité est une évidence, - dans cette vidéo extraordinaire datant sans doute de 2002, sur laquelle nous ne cessons de revenir comme la preuve ultime de la folie du monde et des griffes du Diable :
« Cela dit, quand je n'écris pas, quand je ne suis pas en train d'écrire, et à un moment très particulier qui est le moment où je m'endors... When I have a nap and I fall asleep... A ce moment-là, dans un demi-sommeil, je suis effrayé par ce que je suis en train de faire, et je me dis "mais tu es fou, tu es fou d'écrire ça, tu es fou de t'attaquer à ça, tu es fou de critiquer telle ou telle personne, tu es fou de contester telle ou telle autorité, que ce soit une autorité textuelle, une autorité institutionnelle, une autorité personnelle"... Et il y a une sorte de panique, dans un subconscient, comme ça, une sorte de panique, comme si... comme si, à quoi est-ce que je peux comparer ça ? Imaginez un enfant qui fait une chose honteuse, il a fait une chose honteuse, bon... Il y a les rêves d'enfant de Freud, où l'enfant se promène nu, vous savez les rêves où l'on se promène tout nu, et puis l'on est effrayé parce que tout le monde voit que vous êtes nu... Bon... Dans ce demi-sommeil, j'ai l'impression que j'ai fait une chose criminelle, honteuse, inavouable, quelque chose que je n'aurais jamais dû faire... Et quelqu'un est en train de me dire : "Mais tu es fou de faire ça !"... Et c'est l'évidence même, je le crois dans mon demi-sommeil, je le crois... Et donc, l'ordre qui est évident dans cela, c'est "Arrête tout, retire ça, brûle tes papiers... Ce que tu viens de faire est i-na-dmi-ssible !" Mais dès que je me réveille, c'est fini... »
Derrida était donc bien un précurseur, ce philosophe de la déconstructuration réalisant la catastrophe qu'il est en train de nourrir, par une voix du tréfond de lui-même ; précurseur de cet enfer que constitue la catastrophe psychologie à laquelle sont confrontés tous ces grands esprits qui se découvrent "collabos" comme l'on disait dans le bon vieux temps du manichéisme orienté à la sauce moderniste. Paix à son âme et à ses cendres.
Madame Verma, je le jurerais, a dû ressentir la même chose devant les sénateurs qui l'interrogeaient. Mais qu'elle ne s'inquiète pas, tout comme Derrida : en travaillant pour la surpuissance du Système qui les subventionne et du Diable qui les manipule, ils travaillent pour leur autodestruction.
Aujourd'hui, dans notre univers de l'inversion absolue, les "collabos" eux-mêmes travaillent, sans s'en douter, pour pousser à la catastrophe et parachever le labeur de la Résistance qui observe les choses, du point d'observation de son maquis que je nomme inconnaissance.