10/02/2026 reseauinternational.net  5min #304394

L'Occident cherche la protection de la Chine face aux États-Unis

par Alexandre Lemoine

Le début de l'année 2026 a été marqué par l'émergence d'une nouvelle tendance dans la politique mondiale. Dans un contexte d'incertitude permanente du fonctionnement du système des relations internationales et surtout d'imprévisibilité de l'administration américaine, les dirigeants des pays occidentaux réorientent leur politique étrangère et économique extérieure vers l'Est. Comme en témoignent les visites des dirigeants d'Europe et du Canada en Chine au cours des deux derniers mois.

Tout d'abord, le 4 décembre 2025, le président français Emmanuel Macron est arrivé en Chine pour une visite d'État de trois jours. Puis, le 4 janvier, le Premier ministre irlandais Micheal Martin a effectué une visite officielle à Pékin, la première en 14 ans, représentant le pays qui assure la présidence de l'Union européenne en 2026.

Suivi, le 14 janvier, par le Premier ministre canadien Mark Carney, qui s'est rendu en Chine pour la première fois en 10 ans. Le 24 janvier, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo est arrivé en Chine pour une visite officielle de quatre jours. Enfin, le 28 janvier a eu lieu la première visite d'un Premier ministre britannique en Chine depuis 8 ans.

La rencontre entre Keir Starmer et le président chinois Xi Jinping, selon le Premier ministre britannique,  marque le début d'un nouveau partenariat stratégique avec la Chine, qui devrait permettre dans un très proche avenir d'élargir considérablement le commerce mutuel ainsi que les investissements dans l'économie des deux pays».

Et de toute évidence, le flux de dirigeants occidentaux vers la Chine ne s'arrêtera pas en février.

À cet égard, une question tout à fait légitime se pose: pourquoi les dirigeants de l'Europe contemporaine se rendent-ils si fréquemment en Chine et peut-on qualifier les visites des Premiers ministres d'Irlande, de Finlande et de Grande-Bretagne ainsi que du Premier ministre canadien et du président français de simple coïncidence ? Ce phénomène politique a ses raisons.

Et il ne s'agit même pas du fait que le président américain Donald Trump prévoit également de se rendre en Chine en avril avec l'intention, selon la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt, de «revoir les approches antérieures dans le cadre du partenariat stratégique des États-Unis avec la Chine».Mais plutôt du fait que les dirigeants d'Europe et du Canada sont actuellement dans un état de confusion manifeste quant à l'avenir de leurs relations avec les États-Unis, compte tenu des pressions inattendues de la part de l'administration américaine.

Comme l'écrit le média pékinois Global Times, les dirigeants européens qui se sont rendus à Pékin  ont discuté avec le dirigeant chinois, outre les questions économiques et commerciales, des «éventuels efforts de la Chine pour mettre fin au conflit russo-ukrainien». Les experts de la publication notent qu'ils tentent, par l'intermédiaire de Xi Jinping, d'exercer une pression sur la Russie et sur le cours des négociations actuelles pour le règlement du conflit ukrainien. Mais en vain. Le président chinois a déclaré que Pékin espère parvenir à un accord juste et contraignant pour un règlement pacifique du conflit acceptable pour toutes les parties. Il a ajouté que »la Chine continuera de jouer un rôle constructif dans la résolution de la crise et s'oppose résolument à toute accusation irresponsable ou discriminatoire, y compris à l'encontre de Moscou».

D'ailleurs, le mécontentement concernant le refus des autorités russes d'accepter un cessez-le-feu temporaire était constamment exprimé par les Européens lors des négociations à Pékin. En outre, comme il ressort de leurs déclarations à l'issue des négociations, les dirigeants européens sont sérieusement préoccupés par la coopération militaro-technique entre Moscou et Pékin.

Selon le directeur du Centre de recherche sur l'UE et le développement régional de l'Université des langues étrangères de Pékin Cui Hongjian, une compréhension simplifiée des relations sino-russes s'est depuis longtemps installée en Europe et cela devrait changer. Cependant, si l'Europe continue d'agir sur la base d'une compréhension unilatérale ou dans le but d'exercer une pression sur la Chine, le résultat sera très probablement contreproductif.

Dans le même temps, Pékin a officiellement qualifié les négociations avec le président français en décembre et les Premiers ministres européens en janvier de franches, productives et amicales.

Le conflit ukrainien n'était pas le thème principal des négociations à Pékin. L'objectif clé des dirigeants occidentaux à Pékin était de se prémunir face à la dégradation des relations avec les États-Unis. Cela concernait aussi bien le secteur économique que les relations politiques avec la Chine. Cette thèse  a été confirmée par le président français Emmanuel Macron, déclarant que «nous passons à un monde sans loi, où la loi n'est plus celle que nous connaissons». Il a également mis en garde contre les perturbations dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, faisant probablement référence au contrôle imposé par la Chine sur l'exportation de métaux de terres rares critiques et a appelé à la création d'un environnement commercial plus équitable.

Les Premiers ministres européens qui se sont rendus à Pékin ont unanimement parlé de la nécessité de «revoir les relations et de l'importance de la coopération avec la Chine non seulement sur le plan économique, mais aussi politique. C'est quelque chose de nouveau dans leur rhétorique.

Le pragmatisme géopolitique forcé oblige les pays occidentaux à regarder dans le «miroir de la réalité». Les négociations à Pékin ont montré que la turbulence mondiale brise les anciens stéréotypes et que des adversaires récents deviennent des partenaires ou, du moins, marquent activement une telle perspective.

source :  Observateur Continental

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