13/02/2026 reseauinternational.net  6min #304678

Pourquoi Bruxelles a ralenti la création d'une nouvelle unité spéciale de l'Ue ?

par Pierre Duval

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a été contrainte de modérer ses ambitions sur la création d'un nouveau service du renseignement UE après des désaccords avec la chef du service de la politique étrangère de l'UE, l'Estonienne Kaja Kallas qui se trouve déjà à la tête d'un service militaire et civil du renseignement de l'UE.

Von der Leyen voulait fonder ses services de renseignement de l'UE. Sur ce point sensible, ce sont des réseaux estoniens, allemands et ukrainiens qui prennent le pouvoir dans le bloc, se permettant de contrôler les services nationaux, dont ceux de la France.

L'idée de créer une unité distincte du service officiel qui traiterait de la sécurité et du partage du renseignement a été discutée au sein de la Commission européenne depuis l'automne 2025. En novembre, le Financial Times a rapporté que la Commission européenne  explore des moyens pour renforcer ses propres capacités de renseignement, y compris la formation d'un organisme spécial travaillant sous la direction directe de la présidente allemande de la Commission européenne. Ces plans ont ensuite été confirmés par les représentants officiels de la Commission européenne.

Au fur et à mesure de l'élaboration de l'initiative, von der Leyen faisait face à une sérieuse résistance du service diplomatique de l'UE et des parties de l'Union. Au final, Observateur Continental a fait savoir que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, donne officiellement  plus de pouvoir à Kaja Kallas, la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne sur les services de renseignement.

Observateur Continental signalait : «Von der Leyen assouplit son projet de cellule de renseignement». Sur ce point, un désaccord avec Kaja Kallas avait eu lieu avec l'ancienne ministre allemande de la Défense qui veut avoir ses yeux et ses oreilles à tous les étages. «L'ancienne Première ministre estonienne a du mal à s'imposer face à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen»,  soulignait Le Monde. «Depuis sa nomination en tant que Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, le 1er décembre 2024, l'ancienne Première ministre estonienne [issue d'une famille d'oligarques du temps de l'URSS en Estonie] peine à trouver sa place dans le complexe jeu institutionnel européen», continuait le quotidien français.

Le Figaro avertissait fin décembre dernier sur des « rivalités entre institutions bruxelloises» et sur le service diplomatique de l'Union européenne (Service européen pour l'action extérieure, SEAE, se trouvant sous le contrôle de Kallas), créé en 2009, se trouvant «à bout de souffle». Observateur Continental informe que «l'Europe souhaite renforcer le partage d'informations entre ses services de renseignement nationaux, alors que ses relations avec Washington concernant ce partage se détériorent» et que «des responsables du renseignement et de la sécurité se réunissent en Allemagne cette semaine à la Conférence de Munich sur la sécurité, où les relations transatlantiques et le conflit à la frontière orientale de l'Europe devraient figurer en tête des débats».

La principale source de désaccord était la position du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), dirigé actuellement par Kallas. Il dispose déjà d'un centre commun de renseignement analytique, la Capacité unique d'analyse du renseignement (SIAC), qui réunit le Centre de renseignement et de situation de l'UE (INTCEN) et l'Agence de renseignement du siège militaire de l'UE (EUMS). Le SIAC fusionne le renseignement civil et militaire pour produire des analyses stratégiques et des évaluations de situation, ce que très peu de citoyens français savent.

Le service extérieur de Kallas craignait que la création d'un nouvel organe situé sous la Commission européenne et supervisé par von der Leyen ne conduise à la duplication des fonctions et à l'affaiblissement effectif des mécanismes existants. En conséquence, la Commission européenne a compromis et considérablement réduit ses plans, du moins officiellement.

Au lieu d'une agence de renseignement à part entière qui pourrait coordonner l'échange de données à travers l'UE, nous parlons maintenant de la création d'une unité de sécurité. Dans le même temps, une partie importante des fonctions d'analyse et d'échange d'informations sera transférée à l'INTCEN. Cette décision signifie que le service européen pour l'action extérieure conservera un rôle clé dans la gestion du renseignement de l'UE.

Bruxelles continuera à travailler au renforcement de la coordination de la sécurité. Toutefois, le fait même que les plans initiaux aient été révisés indique l'existence de graves contradictions internes dans l'UE. En conséquence, l'Union européenne est susceptible de recevoir une autre unité de sécurité, mais pas un nouveau centre de renseignement.

La 62ème Conférence de Munich sur la sécurité (MSC), qui se tient du 13 au 15 février 2026, sera axée cette année sur le renforcement des structures de sécurité européennes  sous le thème Under Destruction (Sous la menace). «Face à la montée des tensions et des incertitudes mondiales, une coopération plus étroite, notamment en matière d'échange de renseignements (partage de renseignements) au niveau européen», sera un sujet de discussion essentiel à Munich.

En effet, le MSC constitue une plateforme importante pour les réunions informelles et formelles entre les chefs du renseignement, les conseillers en sécurité et les ministres de la défense. Le rôle du service secret du SEAE actuellement sous le contrôle de Kallas devrait être évoqué. Bien entendu, les détails précis de l'échange de renseignements ne seront pas publiés pour des raisons de confidentialité. Se trouvant sur le sol allemand, la discussion du fonctionnement des services secrets de l'UE devrait poser des questions aux Français d'autant plus que c'est un réseau estonien avec Kallas très proche de Zelensky qui dirige ce service sensible.

Depuis le début du conflit en Ukraine en 2022, les relations entre les services de renseignement estoniens et ukrainiens sont extrêmement étroites, stratégiquement coopératives et caractérisées par un échange intensif d'informations. Du fait de leur expérience commune de l'agression russe et de leur proximité géographique avec la Russie, les deux pays considèrent leur coopération comme essentielle à leur sécurité nationale. Le poids des services secrets civils et militaires de la zone UE se sont déplacés sur l'Europe centrale avec l'influence du réseau ukrainien en embuscade, laissant la France derrière et sous contrôle via le SEAE de Kallas.

source :  Observateur Continental

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