21/02/2026 lesakerfrancophone.fr  7min #305492

L'Ukraine est épuisée mais prévoit de continuer la guerre

Par  Moon of Alabama - Le 20 février 2026

Les fauteurs de guerre aux États-Unis, dans l'Union européenne et en Ukraine ont décidé d'abandonner les tentatives de paix du président américain Donald Trump et de prolonger la guerre jusqu'à ce qu'il quitte ses fonctions.

Les gros titres d'aujourd'hui du média ukrainien Strana sont (traduction automatique) :

Tiré du dernier lien :

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a chargé ses plus proches conseillers de se préparer à se battre pendant encore trois ans.

Cela a été déclaré dans un podcast sur Spotify réalisé par le journaliste du Wall Street Journal, Bojan Panchevsky.

Selon Panchevsky, la conversation qui a choqué l'entourage du président a eu lieu jeudi dernier.

"Il l'a dit directement. Tout le monde était sous le choc. Personne, bien sûr, ne veut encore trois ans de guerre. Jusque-là, ils travaillaient essentiellement sur un plan visant à convoquer des élections et des référendums à la fin du printemps ou au début de l'été pour mettre au vote un éventuel accord, quel qu'il soit, et voir si les électeurs l'accepteraient. Et soudain, Zelensky fait demi-tour à 180 degrés et dit : tout cela n'a aucun sens, nous devons nous préparer à une longue guerre. Cela me rend encore plus sceptique, car il semble que pour une raison quelconque, il n'est plus vraiment d'humeur à négocier. Je ne sais pas quelle en est la raison. Je connais trois de ses conseillers les plus proches, ils ne le savaient pas eux-mêmes ou, s'ils le savaient, ils ne m'ont pas dit pourquoi il avait changé de position", a déclaré Panchevsky.

À son avis, Zelensky a trouvé insatisfaisante la proposition actuelle du président américain Donald Trump de mettre fin à la guerre, il a donc décidé de continuer à se battre.

Dans trois ans, la présidence Trump prendra fin.

La position de Zelenski est renforcée par divers médias internationaux pro-guerre qui dépeignent l'Ukraine comme n'ayant pas gagné la guerre mais comme ne l'ayant pas perdue non plus. Leurs arguments sont basés sur des estimations erronées des pertes russes et une mauvaise interprétation du potentiel économique de la Russie.

Pour exemple, le dernier article de Michel Kofman dans Foreign Affairs :

 La guerre d'endurance de l'Ukraine  (archivé)

Avec des progrès dans ses capacités de frappe à longue portée et une campagne de frappe intensifiée contre les infrastructures d'exportation d'énergie de la Russie, l'Ukraine cherche à faire de 2026 l'année où les finances russes atteindront un point de rupture et où Moscou devra revoir substantiellement ses exigences à la table des négociations.

Comme d'autres, il cite un nombre infondé de pertes russes probablement fournies par l'armée ukrainienne :

L'armée russe est passée de près de 900 000 avant l'invasion en 2022 à environ 1,3 million en 2025. Mais presque tout le recrutement de la Russie en 2025 - 30 000 à 35 000 enrôlés par mois - devait remplacer les pertes au combat.

Un article du Telegraph suit un thème similaire :

 Alors que Poutine désespéré traîne les pieds, le temps est du côté de l'Ukraine ( archivé) :

Pour ajouter aux avantages logistiques et technologiques de l'Ukraine, le surplus de soldats russes n'est pas ce qu'il semble être. Au moment où son invasion de l'Ukraine atteindra son quatrième anniversaire le 24 février, 1,3 million d'hommes russes auront été tués ou blessés sur les lignes de front. Les estimations ukrainiennes indiquent que les pertes en Russie ont dépassé le recrutement pendant deux mois consécutifs.

...

Une enquête récente de la BBC a révélé que le cout de la vie à Moscou a augmenté de plus de 20% en l'espace d'un mois. Après des années d'isolement relatif, la guerre sans fin de Poutine en Ukraine cause enfin de graves dommages économiques et touche la classe moyenne urbaine de la Russie.

La Russie estime qu'en bloquant les négociations, elle peut se rapprocher de la réalisation de ses ambitions maximalistes en Ukraine. De nombreux dirigeants occidentaux ont adhéré à tort à cette logique. Les statistiques suggèrent le contraire, et l'Ukraine a de puissantes cartes à jouer alors que la guerre entre dans sa quatrième année.

Les deux articles font écho au rapport du mois dernier de l'Institut d'études stratégiques et internationales :

 La guerre d'attrition de la Russie en Ukraine

Des pertes massives et des gains minuscules pour une puissance déclinante.

L'analyse comporte plusieurs conclusions principales. Premièrement, les forces russes ont subi environ 1,2 million de pertes (tués, blessés et disparus) et jusqu'à 325 000 tués depuis février 2022. Aucune grande puissance n'a subi autant de pertes ou de morts dans aucune guerre depuis la Seconde Guerre mondiale. Deuxièmement, les forces russes avancent remarquablement lentement sur le champ de bataille. Lors de l'offensive de Pokrovsk, par exemple, les forces russes ont avancé à un rythme moyen de seulement 70 mètres par jour. C'est plus lent que les campagnes offensives les plus brutales du siècle dernier, y compris la célèbre bataille sanglante de la Somme pendant la Première Guerre mondiale. Les forces russes ont gagné moins de 1,5% du territoire ukrainien depuis le début de 2024. Troisièmement, la Russie devient une puissance économique de deuxième ou troisième ordre. Son économie montre des tensions à cause de la guerre, même si elle n'a pas fléchi. L'industrie manufacturière russe est en déclin, la demande des consommateurs s'affaiblit, l'inflation reste obstinément élevée et le pays fait face à une pénurie de main-d'œuvre. La croissance économique a ralenti à 0,6% en 2025 et la Russie continue de prendre du retard dans les technologies clés telles que l'IA. La Russie comptait au total zéro entreprises dans la liste des 100 meilleures entreprises technologiques au monde, mesurée par la capitalisation boursière.

L'hypothèse erronée dans ce qui précède est évidente :

  • Les pertes russes tout au long de la guerre sont loin d'atteindre 1,2 million de victimes. La supériorité russe dans les obus d'artillerie, les drones et la puissance aérienne/missile sur l'Ukraine a résisté tout au long de la guerre. Compte tenu de la supériorité russe, l'Ukraine doit avoir le double des pertes que la Russie aurait prétendument subies. Il n'y a aucune donnée pour soutenir que tant de personnes ont été tuées ou blessées.
  • La Russie mène une guerre d'usure. Le nombre de mètres pris par jour n'a donc aucune importance. Ce qui compte, ce sont les pertes globales subies par l'autre camp du conflit.
  • Comparée à d'autres pays européens, l'économie de la Russie, même sous le stress de la guerre, se porte exceptionnellement bien.

Comparez cette analyse sans fondement avec les travaux récents de Warwick Powell qui applique les Lois de puissance de Lanchester, une forme précoce de recherche opérationnelle, au conflit actuel en Ukraine :

 Estimation des trajectoires dans la guerre d'usure

Cet essai synthétise les principales conclusions analytiques à partir de données open source, décrit la méthodologie utilisée pour calculer les estimations des délais d'effondrement et présente les plages de données brutes qui sous-tendent ces projections. L'objectif n'est pas de prévoir un point final exact - la guerre défie une telle précision - mais de démontrer comment des paramètres connus nous permettent d'esquisser des trajectoires et des cadences raisonnables. En agrégeant des estimations disparates dans un cadre cohérent, nous pouvons discerner des schémas : un épuisement progressif s'accélérant vers un effondrement non linéaire, avec une fenêtre plausible de 6 à 9 mois à partir de maintenant avant que la durabilité défensive de l'Ukraine ne vacille irrémédiablement.

La guerre en Ukraine est, comme la Première Guerre mondiale, une guerre d'usure.

Au printemps 1918, une attaque allemande venait d'être lancer et s'était accaparé plus de terrain que jamais auparavant. Presque personne ne s'attendait à ce qu'il perde la guerre sur le front occidental. Six mois plus tard, les forces allemandes avaient épuisé leur potentiel et devaient concéder leur défaite.

À moins que quelque chose de totalement imprévu ne se produise, l'Ukraine et ses partisans ne pourront pas soutenir cette guerre pendant encore trois ans.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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