21/02/2026 essentiel.news  9min #305556

Vaccin à Arnm contre la grippe: la Fda rejette la demande d'autorisation de Moderna

Depuis l'arrivée de Robert Kennedy Jr à la tête du ministère américain de la Santé (HHS), les vaccins à ARN messager n'ont plus le vent en poupe aux États-Unis. Moderna vient d'en faire sévèrement les frais. Début février, la Food and Drug Administration a fait un croche-pied à son nouveau vaccin antigrippal à base d'ARNm, en refusant contre toute attente d'examiner sa demande d'approbation.

Sous une autre administration, l'ARNm-1010 aurait sans doute été le premier vaccin antigrippal à ARNm à être approuvé aux États-Unis. Mais pas de chance pour Moderna, le temps de réaliser l'étude de phase 3 de son produit, le secrétaire américain à la Santé a changé et les responsables de la Food and Drug Administration (FDA) aussi. Pas de chance encore: les nouveaux venus sont plus qu'hostiles à la technologie ARNm.

Stéphane Bancel, le patron de Moderna, n'est pas idiot et savait très bien que le vent avait tourné. Déjà en mai 2025, la firme avait dû retirer sa demande d'approbation pour son  vaccin combiné grippe-Covid, après que l'agence américaine du médicament ait exigé des essais cliniques supplémentaires. Malgré tout, Moderna espérait que les essais de phase 3 en cours pour son vaccin ARNm-1010 allaient apporter ce complément d'informations, puisque c'est ce même produit qui se trouve dans le vaccin combiné. Les bons résultats obtenus en phase 3 devaient donc logiquement permettre d'obtenir une approbation pour chacun des deux vaccins. Sauf que le nouveau directeur du centre d'évaluation et de recherche sur les produits biologiques (CBER) de la FDA, Vinay Prasad, est venu tout démolir sans crier gare.

Le 3 février dernier, la société pharmaceutique a en effet été sèchement signifiée par courrier que sa demande d'approbation pour le vaccin ARNm-1010, déposée le 5 décembre 2025, ne serait même pas examinée. Motif invoqué: l'essai clinique présenté dans le dossier n'est pas "adéquat et bien contrôlé". Selon Vinay Prasad, "le groupe de contrôle ne reflète pas la meilleure norme de soins disponible aux États-Unis au moment de l'étude", ce qui rend la demande "irrecevable pour examen".

Moderna ne s'attendait visiblement pas à une telle douche froide. Dans un  communiqué publié le 10 février, la firme estime que "le refus d'examiner le dossier entre en contradiction avec les commentaires formulés [par le CBER] lors des consultations préalables à la phase 3", alors que Vinay Prasad affirme que sa décision "est conforme aux recommandations émises par la FDA avant le lancement de l'étude".

En avril 2024, Moderna avait soumis pour examen le protocole de son étude de phase 3 au CBER, alors dirigé par un promoteur notoire des vaccins à ARNm, Peter Marks. Dans ce protocole, il était prévu de comparer le groupe testé avec le vaccin ARNm-1010 avec un groupe ayant reçu un vaccin antigrippal à dose standard homologué. Le CBER avait toutefois émis une certaine réserve concernant les participants à l'étude âgés de 65 ans et plus et recommandé à Moderna d'utiliser préférentiellement un vaccin adapté aux personnes âgées (c'est-à-dire plus dosé), tout en estimant que l'utilisation d'un vaccin à dose standard était également "acceptable" pour cette population, à condition "d'inclure des mentions dans le formulaire de consentement éclairé".

On note au passage que, comme d'habitude dans les essais sur les vaccins, le groupe de contrôle n'était pas soumis à un placebo, mais au produit actuellement utilisé contre la maladie...

Selon Moderna, "suite à la réussite de l'essai d'efficacité de phase 3 au cours duquel le vaccin ARNm-1010 a atteint tous les critères d'évaluation principaux prédéfinis", la firme avait tenu une réunion préalable au dépôt de dossier avec le CBER en août 2025. Dans ses commentaires, le centre d'évaluation aurait alors demandé "l'inclusion d'analyses complémentaires sur le comparateur dans le dossier" et aurait indiqué que ces données constitueraient un "point important lors de l'examen de la demande d'autorisation de mise sur le marché". Moderna dit s'être exécuté, en fournissant les données d'un second essai de phase 3 "comparant le vaccin ARNm-1010 à un vaccin antigrippal à haute dose autorisé". "À aucun moment, ni dans ses commentaires écrits préalables au dépôt, ni lors de la réunion, le CBER n'a indiqué qu'il refuserait d'examiner le dossier", souligne Moderna.

Pour Stéphane Bancel, "cette décision du CBER, qui n'a relevé aucun problème de sécurité ou d'efficacité concernant notre produit, ne contribue pas à notre objectif commun de renforcer le leadership américain dans le développement de médicaments innovants".

Certes, les arguments du CBER ne portent pas sur la sécurité et l'efficacité du vaccin ARNm-1010, mais sur la conformité de l'étude. Dans un communiqué cité par  Fierce Biotech, le porte-parole du HHS, Andrew Nixon, a soutenu la décision de Vinay Prasad en affirmant que "Moderna a exposé les participants âgés de 65 ans et plus à un risque accru de maladie grave, en leur donnant un traitement inférieur aux normes de soins, contrairement aux recommandations des scientifiques de la FDA".

Mais qu'en est-il exactement des résultats des deux essais de phase 3, qui ont inclus, selon Moderna, 43 808 participants?

La première étude, évaluée par des pairs, a été  publiée en mars 2025. Selon Karl Jablonowski, chercheur principal à l'association Children's Health Defense et cité dans un article de  The Defender,  les données publiées montrent des résultats "inquiétants", et notamment "un taux significativement plus élevé d'effets indésirables graves" dans le groupe ayant reçu l'ARNm-1010 par rapport au groupe ayant reçu le vaccin antigrippal classique. Le risque de subir un effet indésirable grave serait augmenté de 329% avec ARNm-1010 et celui de subir tout autre événement indésirable serait augmenté de 278%.

Citée dans le même article, la pharmacologue Maria Gutschi parle également de signaux de sécurité "potentiellement préoccupants", avec un taux plus élevé de mortalité toutes causes confondues, de cancers et de maladies vasculaires, dans le groupe ayant reçu le vaccin à ARNm. Maria Gutschi souligne qu'un participant à l'essai est décédé d'une "possible interaction médicamenteuse avec les nanoparticules lipidiques" contenues dans ce vaccin, ce qui mériterait, selon elle, une enquête plus approfondie.

L'immunologiste et biochimiste Jessica Rose a, pour sa part, déclaré que "comparer les thérapies géniques encapsulées dans des nanoparticules lipidiques à ARNm et les vaccins antigrippaux à dose standard qui reposent sur des protéines dérivées de virus inactivés revient à comparer des pommes et des poires".

Quant à l'efficacité du vaccin, Moderna  rapportait en juillet 2025 un taux d'efficacité relative de 26,6%. L'ancienne responsable de recherche et développement pharmaceutique Sasha Latypova a souligné dans un  article publié sur son compte Substack que ce chiffre était ridicule. Elle rappelle que l'efficacité relative annoncée pour les vaccins anti-Covid était de 95%, "ce qui signifie environ 1% d'efficacité absolue"  1. "Même les directives les plus boiteuses de l'OMS estiment que la plage d'efficacité acceptable pour un vaccin se situe entre 30% et 50%", ajoute-t-elle avec sarcasme.

Quoi qu'il en soit, Moderna ne compte pas en rester là et a sollicité une réunion avec le CBER, afin de mieux comprendre les motifs de refus et la voie à suivre.

Dans son communiqué du 10 février, la société pharmaceutique rappelle que l'Union européenne, le Canada et l'Australie ont d'ores et déjà accepté d'évaluer le vaccin ARNm-1010 et que des demandes d'autorisation sont prévues dans d'autres pays courant 2026. Cependant, ne pas obtenir le marché américain serait une pilule difficile à avaler en termes de rentabilité.  Comme l'a déclaré Stéphane Bancel lors d'une interview accordée à Bloomberg TV en janvier dernier, "vous ne pouvez pas faire un retour sur investissement si vous n'avez pas accès au marché américain".

Or, les nouvelles exigences de Kennedy et de ses équipes concernant la qualité des vaccins mis sur le marché, dont l'efficacité et la sécurité doivent désormais être démontrées par des preuves solides à partir d'études complètes et rigoureuses, sont une gigantesque épine dans le pied des fabricants. Ces dernières décennies, les industriels avaient pris leurs aises et leurs habitudes en sachant que la FDA, plus ou moins corrompue, n'était pas très regardante sur les défauts ou les manquements de certaines études (comme l'ont, par exemple, confirmé certains  documents révélés dans le cadre d'un procès mené contre Merck et son vaccin Gardasil).

Même si Moderna va tenter de sauver les meubles lors de sa prochaine réunion avec CBER, ses chances de faire approuver son vaccin ARNm-1010 aux États-Unis sont plus que minces. Les marchés boursiers l'ont déjà compris, puisque  les actions de la société ont chuté de 8% dès l'annonce de ce refus. Dans son interview à Bloomberg TV, Stéphane Bancel avait d'ailleurs précisé que Moderna ne prévoyait plus d'investir dans de nouveaux essais de vaccins en phase avancée, en raison de l'opposition croissante aux vaccinations des responsables américains. En 2024, le fonds d'investissement  Blackstone Life Sciences avait injecté jusqu'à 750 millions de dollars dans le programme de développement du vaccin antigrippal de Moderna. La chute est rude.

En août 2025, le HHS avait déjà  annulé près de 500 millions de dollars de financement prévu pour le développement de vaccins ARNm. Si Kennedy tient son cap, toute la plateforme à ARNm pourrait finir par sombrer.

[1] Pour bien comprendre la différence entre efficacité relative et efficacité absolue, nous renvoyons nos lecteurs à l'article pédagogique publié sur  RéinfoCovid à ce sujet.

Alexandra Joutel est une journaliste indépendante basée en France. Elle collabore également au magazine Nexus.

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