Saïd Outloud
Gaza avait parachevé la ruine morale et éthique des élites politiques et médiatiques françaises. L'affaire Quentin finalise leur mue fasciste.
De l'autre côté de l'Atlantique, la haine viscérale de toute idée de gauche, fut-elle modérée, s'est matérialisée dans le traitement gouvernemental et journalistique des meurtres de Renee Good et d'Alex Pretti, deux manifestants qui protestaient contre les méthodes de la police de l'immigration américaine. À peine criblés de balles par des agents de l'autorité publique, l'appareil étatique et les médias les qualifiaient de "terroristes" concluant ainsi une campagne incessante visant à diaboliser la gauche radicale et les antifas, bête noire de la renaissance fasciste à laquelle on assiste en Occident.
En France, la France Insoumise, mouvement politique de rupture se disant de gauche radicale, est de toutes parts confrontée depuis plus de deux ans aux tirs de barrages mensongers visant à repeindre en antisémitisme son soutien à la cause palestinienne et sa dénonciation du génocide commis par l'état d'Israël. Quelques jours après avoir été requalifiée, sans le moindre motif ni la plus petite évolution programmatique, en extrême-gauche, la mort de Quentin D. après une confrontation entre milices d'extrême-droite et militants antifas, arrive à point pour redynamiser une diabolisation en perte de vitesse et même contre-productive.
L'édification d'un nouveau mur de mensonges a démarré avant même la déclaration de décès du jeune homme, alors plongé en coma artificiel dans un hôpital lyonnais, dépeint instantanément comme le gendre idéal, dans l'indifférence et le mépris des faits et surtout du contexte lyonnais, faisant fi de la méconnaissance qu'on en avait et laissant libre cours à l'empressement de pointer du doigt les coupables idéals. La curée a dès lors pu commencer.
Quentin entre parenthèses
Quentin était un étudiant (fasciste, néonazi et raciste) de 23 ans. C'était un fervent catholique (membre de l' Academia Christiana - organisation intégriste et traditionaliste catholique, ouvertement islamophobe, antisémite et prônant la remigration massive) qui s'était tourné vers la religion en même temps que vers la politique (non par foi sincère mais parce que revendiquer sa christianité faisait partie de la panoplie du bon petit nationaliste identitaire). Il avait le coeur sur la main et participait régulièrement à des maraudes nocturnes pour porter secours aux sans domicile fixe de Lyon (en discriminant et en harcelant celles et ceux qui n'avaient ni la bonne origine ni la bonne couleur de peau, ni la bonne croyance). Il aimait le sport (surtout les sports de combat qu'il mettait en pratique dans des ratonnades et des rixes avec les groupes antifas). Il avait malgré tout des convictions politiques authentiques et non-violentes qui se traduisaient par un activisme intense au sein de divers groupuscules sympathiques (comme l' Action française, dont le projet, en plus d'être monarchiste et suprémaciste, est d'instaurer un antisémitisme d'état) et de confréries philanthropes (comme le Bastion Social, association néo-fasciste dissoute aujourd'hui fondée par d'anciens gudards, autre aréopage d'ultra-droite antisémite et violent). Il était investi dans la vie associative lyonnaise et avait même fondé sa propre amicale (nationaliste et suprémaciste baptisée les Allobroges Bourgoin ayant participé au défilé du C9M - Comité du 9-mai - démonstration néonazie parisienne en hommage à la mort d'un membre, tombé d'un toit en fuyant la police).
Toutes les mentions mises entre parenthèses ont été sciemment ignorées par les journalistes et on se demande comment la conscience de ces séides dévoués à la désinformation institutionnalisée a pu s'accommoder de la dissonance stupéfiante entre le portrait antisémite de la gauche radicale qu'ils n'ont cessé de faire ces derniers mois sans pour autant avoir pu en donner la moindre preuve et la responsabilité qu'ils font porter aujourd'hui à celle-ci dans la mort d'un jeune homme dont ils s'efforcent avec le même acharnement de dissimuler les pires penchants antisémites avérés.
La manifestation en hommage à Quentin, ponctuée de saluts nazis et d' insultes racistes, a été initiée et organisée par Aliette Espieux, militante pro-vie et par Eliot Bertin, figure centrale de l'ultradroite lyonnaise.
Les faits
Ou s'en approcher du mieux qu'on peut, comme se sont gardés de le faire l'écrasante majorité des médias dominants dès les premières heures qui suivirent les évènements.
Le jeudi 12 février 2026 de 18h à 20h devait se tenir une conférence de Rima Hassan, euro-députée de la France Insoumise et militante de la cause palestinienne à l'invitation de l'Institut d'Études Politiques de Lyon. Le collectif féministe (mdr) d'extrême-droite Némésis a alors décidé de s'y rendre afin d'en perturber le bon déroulement.
Selon les images vidéos disponibles et diffusées (au compte-goutte) dans les médias et sur les réseaux sociaux, deux incidents distincts ont eu lieu : une bousculade à l'entrée de l'IEP impliquant vraisemblablement des activistes de Némésis dont l'une d'elles a été poussée au sol et une rixe opposant deux groupes d'une quinzaine d'individus chacun dans une rue à proximité de l'IEP. Sur toutes les vidéos, il fait jour or, puisque le 26 février dernier le soleil s'est couché à 18h16, cela semble indiquer que les évènements se sont déroulés avant la conférence, donc probablement entre 17h et 18h.
Hypothèse simpliste : les membres de Némésis ont été empêchées de pénétrer dans l'enceinte de l'IEP. Elles ont alors quitté les lieux mais les hommes qui les escortaient, parmi lesquels Quentin D., rejoints par d'autres membres de divers groupuscules fascistes lyonnais, armés de barres de fer, de béquilles, de fumigènes, etc, sont restés aux alentours de l'établissement dans l'espoir d'évacuer leurs frustrations sur quiconque aurait la malchance de passer en allant à l'IEP. En embuscade dans les rues adjacentes, ils sont tombés nez à nez avec un groupe antifa averti de leur présence et venu assurer la sécurité des personnes qui se rendaient à la conférence. La suite, on la connaît.
Remarque accessoire : l'IEP avait averti à plusieurs reprises la police des menaces dont avait fait l'objet la conférence de Rima Hassan. En vain. La police n'en a même pas parlé à la mairie de Lyon qui en ignorait donc la teneur.
Questions connes : est-ce que Quentin D. serait mort si les fonctionnaires de police avaient fait le travail pour lequel les contribuables les paient ? Quel traitement médiatique aurait été apporté si, à la place d'un militant fasciste, un membre des antifas était resté sur le carreau ?
Réponses connes : non et aucun.
Le contexte lyonnais, la violence d'extrême-droite et la part de Némésis
La mort de Quentin D. et l'implication dans celle-ci de la Jeune Garde, organisation antifa, ne peuvent en aucun cas être dissociées du contexte lyonnais.
La métropole rhodanienne est depuis des décennies le lieu d'implantation d'une ultradroite violente et le berceau de la plupart des groupuscules qui la composent. Elle a été le théâtre permanent d'agressions racistes, lgbtphobes ou dont les victimes étaient identifiées comme étant de gauche. Cette emprise de l'extrême-droite sur la ville a été rendue possible par la complaisance voire la complicité de la préfecture, de la police mais aussi de la mairie, et la violence qui en a résulté a été globalement impunie. En réaction, entre 2010 et 2015, se sont constitués des groupes antifas, notamment le GALE et la Jeune Garde, visant à reprendre la contrôle de la rue et à protéger les populations-cibles de l'ultradroite.
Entre 1986 et 2026, 59 personnes ont été assassinées par l'extrême-droite : Rochdi Lakhsassi, Hichem Miraoui, Emine Kara, Mehmet Şirin Aydin, Abdulrahman Kizil, Fréderico Aramburu, Paul Dekeister, Marc Lehmhus, Aurélien Cugny, Mustafa et Ahmid, Djamel Bendjaballah, Aboubakar Cisse, Mahamadou Cissé, Ismaël Aali... La majorité de ces meurtres feront peu de bruit dans les médias et susciteront encore moins la moindre condamnation de l'extrême-droite politique. Le fascisme avance silencieusement dans les rédactions françaises qui, dans un réflexe désormais pavlovien, ne se réveillent plus à intervalle régulier que pour vociférer contre la gauche, coupable de tous les maux.
De même que le patron de bar qui verse le verre de trop à l'ivrogne qui va conduire, le collectif identitaire Némésis doit être pointé du doigt pour sa responsabilité morale dans la mort de Quentin D. Cette racaille pseudo-féministe instrumentalise de jeunes hommes en quête d'une mâle validation par l'action violente, à coups de poing américain ou de batte de base-ball, pour faire avancer leur propre agenda aussi idéologique que bassement pécuniaire.
Le moment Quentin matérialise encore un peu plus le niveau de crainte stratosphérique d'une bourgeoisie perdant son calme au fur et à mesure qu'elle perd le contrôle de la narration. Elle a créé un monstre - LFI - à la réalité duquel même ses plus ardents adversaires ont de plus en plus de mal à faire croire et à (feindre de) croire. Dès lors, comme un retour de flamme, la perspective d'une présence de Mélenchon au second tour en 2027 devient de plus en plus plausible. Elle s'expliquerait d'une part dans la force gravitationnelle grandissante que le mouvement insoumis exerce sur l'ensemble du peuple de gauche pour lequel les alternatives se sont taries au gré des retournements de veste répétés qui ont usé la garde-robe de ses alliés de circonstances. Et ce malgré une radicalité somme toute modérée sur certains sujets (comme l'Union Européenne et le capitalisme) qui révèle l'escroquerie récente du label "extrême-gauche". D'autre part, la bourgeoisie semble anticiper cette même perspective par le séisme que provoquera à droite l'absence de plus en plus réaliste de sa candidate par défaut devenue inéligible pour malversations en bande organisée. Le crack Bardella en remplaçant de dernière minute sautera sur les genoux de Mélenchon tétine en bouche. À cet horizon qui s'assombrit pour elle, la bourgeoisie qui panique préfère, on l'aurait deviné, l'horreur d'un avenir fasciste en France.
Saïd Outloud
