
Par Nate Bear, le 23 février 2026
La phrase de Lénine "Il y a des décennies où rien ne se passe, et des semaines où des décennies défilent" est souvent citée, car elle est si juste.
J'ai le sentiment que cette semaine est une de ces semaines.
L'empire a déplacé une grande partie de sa machine de mort vers le Moyen-Orient, et quelle que soit la décision prise par le régime Epstein, elle a de bonnes "chances" de bouleverser le monde.
Et cette fois, ce sera sans doute le cas.
Franchement, nous pourrions nous épargner un chaos potentiel (et supplémentaire).
En effet, que ce soit en Afghanistan, en Irak ou, plus récemment, au Venezuela, on a tendance à penser que la violence impériale n'affecte pas vraiment nos vies, du moins pas directement.
Ces guerres engendrent certes quelques actes terroristes, mais dans l'ensemble, en tant que concitoyens de l'homme orange, nous sommes relativement épargnés par les retombées des penchants meurtriers de l'empire.
Mais cette fois, si les États-Unis décident d'attaquer l'Iran, ce sera une autre histoire.
L'Iran n'est ni l'Irak, ni l'Afghanistan ou le Venezuela.
L'Iran l'a démontré en juin dernier en frappant des cibles militaires aux quatre coins d'Israël, y compris des sites dans Tel-Aviv. Mais cette fois, toutes les bases militaires américaines de la région vont se muer en cibles. Les bases militaires et les villes israéliennes aussi.
Si les États-Unis appuient sur la gâchette, le risque d'une guerre régionale est maximal.
Qui peut prédire les conséquences des frappes iraniennes contre les bases américaines en Jordanie, au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis ou même en Égypte sur leur politique intérieure ?
Ces pays sont des dictatures. Ils ne sont pas le fruit d'un processus révolutionnaire. Il n'y a plus de révolutions anti-impérialistes à soutenir. Au contraire, la plupart des pays arabes ne sont plus que des plateformes au service de l'impérialisme. Ces frappes pourraient bien déclencher des troubles civils parmi les populations qui n'éprouvent pas de sympathie particulière pour les laquais et les valets de l'empire qui les gouvernent. Au Qatar et aux Émirats arabes unis par exemple, 90 % de la population est composée d'étrangers. Ce sont des rejetons nés du croisement du capitalisme néolibéral et de l'hégémonie américaine. Pas d'une révolution. Une guerre prolongée entraînerait un exode massif, provoquant un effondrement économique.
Si les États-Unis attaquent, l'Iran bloquera le détroit d'Ormuz, par lequel transite un quart de la production mondiale de pétrole. Le prix du pétrole décollerait, avec l'inflation et un krach économique mondial au dessert.
Une guerre avec l'Iran aurait des répercussions financières comme aucune autre guerre à ce jour.
Mais même si l'économie mondiale se met à tanguer dangereusement, ça n'empêcherait pas les États-Unis de tenter de bombarder la marine iranienne depuis les airs et la mer.
Mais l'Iran n'est ni l'Irak, ni l'Afghanistan, ni le Venezuela.
L'Iran dispose notamment d'escadrons d'avions de chasse et de bombardiers lourds. Il s'appuie aussi sur une flotte de sous-marins d'attaque, de patrouilleurs rapides, de destroyers et de chasseurs de mines.
Ce serait LA guerre. Une vraie guerre.
Pas comme en Irak, où une armée démoralisée, déloyale et mal équipée n'a pratiquement pas opposé de résistance. Pas comme en Afghanistan, où l'invasion n'a réussi que grâce à la collaboration de l'Alliance du Nord. Pas comme au Venezuela non plus, où une opération éclair contre des effectifs militaires réduits a vite été pliée.
Contrairement à ces exemples, aucun nouveau gouvernement n'attend dans les coulisses, ni en exil ni en Iran. Le gouvernement iranien ne s'effondrera pas sous les tirs de missiles Tomahawk. S'il était aussi fragile, il se serait effondré pendant les émeutes, comme l'avaient imaginé les États-Unis et Israël. Il n'en est rien. Au contraire, des millions de personnes sont descendues dans la rue pour manifester leur soutien à leur gouvernement. Une attaque américaine ne ferait qu'accroître le soutien des Iraniens à leurs dirigeants.
Une fois la guerre déclenchée, on ne pourra pas éviter l'escalade.
L'Iran continuera à tirer des missiles sur Israël, des cibles américaines et les infrastructures économiques de la région, y compris les raffineries de pétrole.
Les États-Unis continueront à bombarder, sans résultat concret.
Car on ne peut pas tout régler depuis les airs. On peut détruire des infrastructures et appauvrir une population, mais on ne peut pas renverser un régime à 3 000 mètres d'altitude.
Les États-Unis seraient alors contraints d'intensifier leurs opérations, de modifier leur stratégie et de clarifier leurs objectifs. Ils pourraient même se croire obligés d'envoyer des troupes au sol pour opérer leur changement de régime.
car Israël l'exigera.
Et c'est là que la situation pourrait s'envenimer.
La Chine achète en effet 90 % du pétrole iranien et a renforcé ses liens militaires avec le pays ces dernières années, fournissant à Téhéran des avions de chasse, des drones, des radars et des technologies de défense aérienne.
Si l'Iran et son pétrole tombaient aux mains des États-Unis, Washington disposerait d'une arme dangereuse contre la Chine. La Chine est donc fortement motivée à veiller à ce que la République islamique ne tombe pas.
De son côté, le régime israélien sait que c'est sa seule et dernière chance de satisfaire son obsession de domination régionale, vieille de quelques décennies déjà.
Une telle concentration de ressources militaires américaines ne se reproduira pas avant des années. Et certainement pas sous Trump. Il ne va donc pas annuler cela, rapatrier tout le monde et recommencer dans quelques mois.
Pour les Israéliens, c'est maintenant ou jamais.
Ce cocktail est particulièrement détonnant et fait d'un contexte déjà instable une véritable poudrière.
Malgré le nombre de morts, les destructions et les répercussions mondiales potentielles, il est tout de même très probable que les États-Unis attaquent l'Iran.
Israël le veut, l'Iran ne cédera pas et ne renoncera pas à sa souveraineté en abandonnant son programme de missiles non nucléaires. Trump, avec son armada mobilisée, ne voudra pas passer pour un lâche.
Mais tout cela n'est pas encore arrivé.
Et si l'attaque ne devait pas avoir lieu, l'impact serait tout aussi conséquent et le monde s'en trouverait changé pour des années.
Si les États-Unis n'attaquent pas et si nous parvenons à un accord sur l'enrichissement de l'uranium, Trump déclarera que c'est une grande victoire pour sa politique de surenchère.
Mais c'est l'Iran qui aura gagné.
Car, dans le cadre de cet accord, les sanctions seront levées.
L'Iran pourra poursuivre son programme de missiles sans aucune restriction.
La menace de guerre disparaîtra, du moins à court terme.
La résistance palestinienne, et plus largement la résistance au sionisme dans la région, pourra compter sur un soutien plus important.
Israël en ressortira diminué face à l'Iran. Le lobby sioniste en sera fort mécontent et les relations entre Israël et l'administration Trump pourraient en être affectées. Humilié, Israël pourrait se mettre en tête de riposter, peut-être même contre les États-Unis. Les relations en prendront un coup.
L'absence de guerre et la conclusion d'un accord symbolique pourraient également modifier la dynamique à Gaza, en Cisjordanie et au Liban.
Israël, dans son habituel registre de tyran, ripostera presque certainement militairement contre les Palestiniens et les Libanais, qui seront les premières victimes de tout accord.
Mais à long terme, un Iran de nouveau influent pourrait offrir de nouvelles perspectives aux Palestiniens.
Quoi qu'il arrive, cette semaine va s'avérer décisive pour les années à venir.
Mon conseil à court terme ? Faites le plein d'essence et vos courses avant la fin de la semaine.
Mais nous ne pouvons pas continuer à vivre ainsi.
Nous ne pouvons pas continuer à laisser nos dirigeants se permettre de commettre des massacres, ou de menacer de le faire, tous les deux ou trois ans, histoire d'obtenir ce qu'ils veulent.
Si cette guerre a lieu et qu'elle affecte notre vie quotidienne, c'est l'impérialisme qui en sera la cause. Un prix que finalement, nous avons bien mérité.
C'est pourquoi je vous donne ce dernier conseil à long terme : organisons-nous, élaborons des stratégies et révoltons-nous pour renverser la caste Epstein, sans oublier ceci : tous les empires finissent par disparaître.
Traduit par Spirit of Free Speech