publié le 24/02/2026 Par Mikaël Faujour
Précarisation, concentration capitalistique, censure : les médias français sont en crise. Pourtant, malgré des propositions audacieuses de refondation, aucune mobilisation coordonnée n'émerge. Face à une droite très offensive, il est urgent, pourtant, que l'enjeu médiatique soit abordé comme central pour tout projet démocratique.
La profession journalistique n'en finit pas d'essuyer les plâtres du néolibéralisme : précarisation croissante, empêchements de plus en plus nombreux au métier d'informer, remise en question des modèles de financement par internet, dégradation de l'image du métier, attaques à la liberté d'informer par la police et la justice (loi sur la protection du secret des affaires, attaques policières, détentions, procès-bâillons). Impossible de penser la dégradation du débat public, l'enkystement d'un projet néolibéral et autoritaire rejeté par la majorité des citoyens et l'essor de l'extrême droite sans les rapporter au progrès de médias de propagande, où prospèrent le commentaire et l'opinion au détriment de l'étude longue du réel par l'enquête et le reportage.
Or, contrairement au secteur hospitalier ou aux transports en commun, la profession n'a pas la capacité de bloquer le pays. Les grèves de médias, même si elles se multiplient depuis 2016 (1), confirmeraient plutôt le mot de Nicolas Sarkozy qui, en 2008, déclarait goguenard que "désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit".
Angle mort
Que ce soit dans les médias privés ou publics, les grèves se suivent et se ressemblent - isolées les unes les autres. À la clé, les mêmes licenciements massifs et la même capitulation devant le pouvoir de l'argent ou de l'État. Si les syndicats de la profession revendiquent la nécessité de l'indépendance des rédactions et de la liberté d'informer et si Acrimed mène depuis près de trente ans un travail remarquable d'analyse des aberrations systémiques du monde de l'information, aucune mobilisation n'a jamais été organisée de manière coordonnée entre divers médias. Or, au-delà des cas singuliers, ce sont les mêmes fléaux : le moins-disant social, le refus d'investir dans l'enquête, la soumission aux intérêts du pouvoir, la censure - ce qui finit par conduire immanquablement à l'invisibilisation du réel.