24/02/2026 reseauinternational.net  3min #305787

L'effet Troxler dans l'écosystème politique occidental

par German Gorraiz Lopez

L'effet Troxler est un concept psycho-visuel qui explique comment "la fixation obsessionnelle sur un enjeu central fait disparaître les autres problèmes du débat public, de l'agenda médiatique et de la perception collective". Ainsi, le "cerveau politique", entendu comme l'ensemble des acteurs, des médias et de l'opinion publique, ignore les questions périphériques lorsqu'un scandale, une crise ou un discours dominant capte toute l'attention. Cela ne signifie pas que les problèmes secondaires cessent d'exister, mais plutôt qu'ils deviennent invisibles, ce qui leur permet de s'accumuler sans être résolus.

Tribalisme et polarisation politique

Dans les environnements tribalistes courants dans les pays occidentaux, les individus concentrent leur attention sur "ce qui est bon pour ma tribu" (le dirigeant, le parti, l'idéologie), et tout ce qui se situe en dehors de ce centre de gravité, comme leur propre corruption, les abus de "leur camp" et les contradictions internes, devient statique et périphérique, et l'attention s'estompe. Ainsi, l'adversaire est vivement critiqué pour les choses mêmes tolérées ou ignorées au sein de son propre camp, car le tribalisme agit comme point de fixation et tout le reste devient invisible.

Normalisation des abus, de la corruption et des crises chroniques

Les problèmes structurels et systémiques tels que les inégalités extrêmes, les violences structurelles, la dégradation des institutions, l'inflation persistante ou l'impunité cessent d'être un sujet de débat public et deviennent un arrière-plan flou. La population continue de "voir" le pays ou le système, mais elle n'en perçoit plus consciemment la gravité car le problème n'est plus nouveau ; seul un nouveau scandale ou un changement soudain le fait ressurgir temporairement. Cela explique pourquoi les sociétés tolèrent pendant des décennies des situations qui seraient intenables dans un autre contexte : le cerveau s'adapte et cesse de traiter le stimulus immuable.

Médias, propagande et attention sélective

Les médias et les campagnes politiques maintiennent l'attention focalisée sur certains enjeux (polarisation, scandales visant l'ennemi, récits émotionnels répétitifs) tandis que les enjeux périphériques (politiques concrètes, données économiques tangibles, conséquences à long terme) sont relégués au second plan. Dans la propagande populiste, un point focal (le leader, la dichotomie ("nous contre eux") est renforcé, ce qui contribue à estomper la complexité de la réalité.

Le miroir de la politique

De même que se regarder dans un miroir engendre des distorsions et des représentations monstrueuses, les sociétés ou les élites politiques qui passent trop de temps à se contempler (autosatisfaction, discours intérieurs fermés) finissent par se percevoir de manière déformée : elles voient des fantômes, des traîtres, des complots là où il n'y en a pas, ou bien elles perdent de vue leur propre déclin, créant ainsi un climat politique délétère où chacun voit des monstres chez l'autre camp.

Le changement politique et la nécessité du mouvement

Pour qu'un phénomène redevienne visible et suscite une réaction, il est nécessaire de rompre la stabilité perceptive par un scandale explosif, un mème viral, une crise soudaine ou un bouleversement du discours. En bref : l'effet Troxler nous rappelle qu'en politique, nous ne voyons pas ce qui est là, mais plutôt ce que notre cerveau choisit de continuer à traiter. Le statique devient invisible, le répétitif se normalise et le périphérique disparaît. Ceci explique en grande partie l'apathie, la polarisation aveugle et la tolérance de l'intolérable qui dominent le paysage politique occidental.

source :  Observateur Continental

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