26/02/2026 reseauinternational.net  7min #306033

À la recherche d'un « parapluie de sécurité » européen

par Pierre Duval

Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, Friedrich Merz, le chancelier allemand, a évoqué publiquement pour la première fois des discussions confidentielles avec le président français, Emmanuel Macron, sur une stratégie nucléaire commune. Les doutes quant à la fiabilité des États-Unis en tant que partenaire stratégique ont placé la question de la dissuasion nucléaire au sommet des priorités.

La France est le seul pays en Europe, avec le Royaume-Uni, à être doté de  la bombe atomique et Merz a pour objectif de l'utiliser pour les intérêts allemands. Les Européens recherchent des alternatives au parapluie nucléaire américain. Comme Observateur Continental le rapporte, "les USA  visent une nouvelle forme de l'OTAN". Les décisions de l'administration américaine signent la fin de l'OTAN sous sa forme actuelle surtout que l'Ukraine et l'Europe, selon Observateur Continental,  ne figurent pas parmi les priorités des États-Unis.

À la Conférence sur la sécurité de Munich (MSC), les Européens ont fait savoir qu'ils veulent une dissuasion nucléaire européenne plus forte. Cependant, Merz a rappelé  les traités existants dans lesquels l'Allemagne s'est engagée à s'abstenir de tout armement nucléaire : l'accord "2+4" sur la réunification allemande de 1990 et le traité de non-prolifération nucléaire de 1970. Ainsi, contournant le poids de l'Histoire sur les épaules allemandes, Merz exclut les armes nucléaires allemandes, mais ouvre la porte aux bombes françaises.

Le plus étrange, comme Observateur Continental le note, est le fait que le chancelier allemand  annonce dans un entretien au podcast Machtwechsel le refus de l'Allemagne de faire avec la France le SCAF. Aussi cet "altruisme" allemand envers la France n'a rien à voir avec la pseudo-amitié de ce couple franco-allemand, une invention de communication : l'Allemagne use de divers virages pour obtenir la dissuasion nucléaire française.

Déjà en mars de l'année dernière, Observateur Continental  annonçait : "Le futur chancelier allemand, Friedrich Merz, va demander l'extension du"parapluie nucléaire"de la France et du Royaume-Uni à l'Allemagne en raison du retrait des États-Unis d'Europe et du conflit en Ukraine". Macron  avait lancé l'idée d'étendre le "parapluie" nucléaire français aux pays de l'UE qui ne disposent pas d'armes nucléaires.

Observateur Continental avertissait que l'Allemand Carlo Masala, professeur de politique internationale à l'Université de la Bundeswehr de Munich,  annonçait la couleur sur l'utilisation de la dissuasion nucléaire française au niveau européen, avertissant : "Nous assistons à un changement tectonique dans les relations transatlantiques, les Américains ne sont plus les garants de la sécurité de l'Europe".

Les plans allemands consistant à dérober la bombe atomique française sont déjà vieux. En 2020 déjà, le président français Emmanuel Macron  avait proposé aux Européens de coopérer davantage et d'étendre la dissuasion nucléaire à l'Europe sur la base des armes nucléaires françaises.

Les prédécesseurs de Merz à la chancellerie allemande se montraient peu intéressés par de telles affirmations, conscients de la profonde crainte, ancrée chez de nombreux Allemands, de se retrouver à l'épicentre d'un conflit nucléaire. Aujourd'hui, cette réticence a disparu.

À la recherche d'un "parapluie de sécurité" européen

Nombreux sont ceux qui trouvent aujourd'hui séduisante l'idée que l'Europe puisse se réfugier sous la protection du Royaume-Uni et de la France. Comme Londres ne dispose que d'une force de dissuasion nucléaire navale, dont la maintenance dépend des États-Unis, les espoirs européens se tournent principalement vers la France. Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, Macron a évoqué une " approche globale" que Paris souhaite désormais "élaborer avec plusieurs partenaires importants".

Bruno Tertrais, expert nucléaire français et directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, qui plaide pour un élargissement du parapluie nucléaire français, suggérant d'européaniser la dissuasion sans en partager la responsabilité de décision, souligne que la dissuasion française contribue à la sécurité globale de l'Europe et de l'OTAN, agissant comme un centre indépendant. Selon l'expert, qui rappelle que ce partage de la bombe atomique française avec l'Allemagne est un vieux sujet de l'ère Kohl, cela pourrait se réaliser à travers un modèle en sept étapes. Les négociations et la participation à des exercices nucléaires conjoints en tant qu'observateurs ont déjà débuté. La France pourrait associer ses partenaires à une participation active à ces exercices ou autoriser le survol des territoires alliés par des Rafale transportant des armes nucléaires. La cinquième étape de ce modèle concerne la planification opérationnelle conjointe. La sixième porte sur le déploiement d'ogives nucléaires à l'étranger. Le septième point concerne la participation nucléaire d'autres pays européens. À l'instar de l'arsenal américain, le contrôle et le pouvoir de décision final resteraient entre les mains de Paris et de Londres.

Cependant, le fait que le dossier n'ait pas encore dépassé la première étape témoigne de la complexité de cette entreprise. La mise en œuvre de ce plan sera d'autant plus difficile si des armes françaises ou britanniques se retrouvent sur des bases allemandes. Dans ce cas, le dispositif européen cessera de compléter le dispositif américain pour devenir un système parallèle, ce qui le rendra "coûteux et politiquement délicat",  a déclaré Tertrais dans un entretien avec Die Zeit.

Le point le plus sensible réside précisément dans la coopération nucléaire. De longues négociations s'annoncent. Les Américains stockent des ogives nucléaires sur des bases en Allemagne, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas et en Turquie. En cas d'urgence, les militaires sur le terrain peuvent décider du lancement. En cas de conflit, des consultations auraient lieu au sein de l'OTAN, mais la décision finale reviendrait exclusivement au président américain. Merz admet un modèle similaire avec la France et le Royaume-Uni. Contrairement au Royaume-Uni, la France, qui tient jalousement à son indépendance, ne participe pas aux mécanismes de planification nucléaire de l'OTAN. L'utilisation de la bombe atomique française exigerait des concessions importantes de la part de Paris.

Les observateurs attendent avec impatience le discours de Macron sur la doctrine nucléaire : début mars, il prévoit de s'exprimer sur la base militaire de l'Île Longue, en Bretagne, où sont stationnés quatre des dix sous-marins nucléaires français. Selon ses proches, ce discours marquera un tournant décisif. Les experts, quant à eux, estiment que le cap fondamental restera inchangé : la France ne partagera jamais le pouvoir de décision en matière nucléaire. Une victoire du Rassemblement national (RN) aux élections de 2027 ne changerait rien à cela, bien au contraire. Les populistes de droite s'opposent déjà à l'extension de la protection à d'autres pays européens, y voyant un risque de perte de souveraineté pour la France.

La prudence des Européens s'explique aussi par d'autres raisons. Plus ils assument des responsabilités, plus ils craignent que Washington ne se désengage. Une telle évolution serait catastrophique. La France et le Royaume-Uni possèdent des arsenaux moins importants que ceux des États-Unis et sont dépourvus d'armes nucléaires tactiques, ce qui signifie qu'ils ne couvrent pas adéquatement les scénarios d'un conflit potentiel en Europe.

source :  Observateur Continental

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