The Cradle
Trump assiste à la réunion inaugurale du "Board of Peace" à l'Institut américain de la Paix à Washington, DC, le 19 février 2026 (AFP)
Le projet de cryptomonnaie impliquera des membres du nouveau comité technocratique soutenu par les États-Unis et chargé de gouverner la bande de Gaza.
Le Conseil de paix du président américain Donald Trump envisage la création d'une cryptomonnaie pour la bande de Gaza, présentée comme une tentative de relancer l'économie de Gaza après deux ans de génocide israélien contre les Palestiniens.
La "stablecoin" sera indexée sur le dollar américain et aura une valeur similaire, selon des sources citées par le Financial Times (FT) le 23 février.
Le Conseil de paix fera appel à des entreprises palestiniennes et du Golfe spécialisées dans les cryptomonnaies, qui participeront à l'initiative, poursuit le journal.
Selon l'une des sources, la "stablecoin" sera un moyen pour les Palestiniens de Gaza d'effectuer des transactions numériques, et non une nouvelle monnaie.
Les discussions en sont encore à leurs débuts, ajoute le FT.
Ce projet est mené par Liran Tancman*, ancien responsable des services de renseignement israéliens et entrepreneur dans le domaine des technologies. Il serait également conseiller de Donald Trump.
Liran Tancman a annoncé la semaine dernière que le comité technocratique (NCAG : National Committee for the Administration of Gaza) soutenu par les États-Unis et chargé de gouverner Gaza travaillait sur "une infrastructure numérique sécurisée, une plateforme ouverte permettant les paiements électroniques, les services financiers, l'apprentissage en ligne et les soins de santé, avec un contrôle des données par les utilisateurs".
Ce comité n'est pas encore entré dans la bande de Gaza et opère depuis Le Caire en raison des retards persistants de la part d'Israël.

Gaza "doit être reconnectée numériquement au reste du monde", a-t-il ajouté, promettant de mettre à jour la 2G de Gaza "avec un accès haut débit gratuit" d'ici juillet.
Le rapport indique que les membres du comité technocratique sont impliqués, ainsi que le directeur du Conseil de paix, Nickolay Mladenov.
L'économie de Gaza a été ravagée par le génocide perpétré par Israël. L'ensemble de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté et l'insécurité alimentaire reste grave. L'aide humanitaire reste fortement restreinte par Israël, en violation du soi-disant cessez-le-feu, et l'argent liquide n'est pas autorisé à entrer dans la bande de Gaza.
Une autre source a déclaré au FT que l'un des motifs derrière la "stablecoin" est d'empêcher le Hamas de "générer" des fonds.
Selon le média, la cryptomonnaie de Gaza permettra au commerce de se développer à Gaza sans être lié au gouvernement israélien.
Les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie occupée utilisent le shekel israélien. Le rapport indique que la cryptomonnaie pourrait "détacher économiquement" la bande de Gaza de la Cisjordanie, toutes deux considérées comme faisant partie intégrante de tout futur État palestinien.
Trump et les membres de sa famille ont largement profité d'au moins cinq projets de cryptomonnaie, qui leur ont rapporté des centaines de millions de dollars.
"Les Trump ont gagné au total environ 650 millions de dollars grâce à la cryptomonnaie depuis août. Cela porte le total de ses gains depuis qu'il s'est présenté pour la première fois à la présidence à plus de 4 milliards de dollars", écrit le New Yorker.
Le rapport du FT intervient quelques semaines après que The Guardian ait révélé que les Émirats arabes unis s'apprêtaient à financer la construction d'un ghetto étroitement surveillé pour les Palestiniens sur les ruines de Rafah, dans le sud de Gaza, offrant à un nombre limité de Palestiniens des services de base à condition qu'ils se soumettent à la collecte de données biométriques et à des contrôles de sécurité.
Trump prévoit désormais un projet de reconstruction de plusieurs milliards de dollars à Gaza.
Le gendre du président, Jared Kushner, a dévoilé le mois dernier ce qu'il a appelé un "plan directeur" pour la "nouvelle Gaza", comprenant plus de 100 000 logements permanents, plus de 200 centres éducatifs, plus de 180 centres religieux et culturels et plus de 75 établissements médicaux.
* Liran Tancman est lié au COGAT (Coordination des activités gouvernementales dans les territoires occupés).
Le journal libanais al-Akhbar critique ce qu'il considère comme un contrôle économique et sécuritaire accru de Gaza par des acteurs israélo‑américains.
L'économiste Mohammed Abu Jayab estime que le projet construit un système financier à dimension sécuritaire et vise à imposer une hégémonie économique sur Gaza. Il permettrait de surveiller et manipuler les comportements de consommation, donnerait aux autorités extérieures un contrôle sur les dépenses publiques et les matières premières et enfin servirait à assécher les financements des factions palestiniennes.
L'Euro-Med Human Rights Monitor (Genève) avertit que les portefeuilles numériques pourraient devenir une "nouvelle génération d'armes silencieuses de génocide". La transition forcée vers une économie numérique retirerait toute souveraineté financière à Gaza. L'accès à l'argent deviendrait un privilège révocable, dépendant d'évaluations sécuritaires. La nourriture, le logement et la médecine pourraient être conditionnés à ces mécanismes. Nous sommes clairement dans une ingénierie sociale visant à appauvrir et déplacer la population.
Tancman a été impliqué dans la Fondation humanitaire de Gaza, accusée d'avoir contribué à des morts et blessures lors de distributions d'aide, tout cela sous la supervision de Washington et Tel-Aviv.
Ce projet de monnaie numérique présenté comme une innovation technique s'apparente plutôt à un outil de contrôle économique. Il est un prolongement du génocide sur le plan économique et un moyen de reconfigurer Gaza selon des paramètres définis par des acteurs extérieurs.
Source : The Cradle
Source : al-Akhbar
