
Par Nate Bear, le 26 février 2026
Cette semaine, les Pays-Bas ont élu leur premier Premier ministre gay, qui est également le plus jeune de leur histoire.
Les médias traditionnels ont fait leurs gros titres sur cet événement historique.
Les libéraux sur les réseaux sociaux et les groupes de défense des droits des homosexuels se sont pâmés devant sa jeunesse et sa sexualité (et ses antécédents cardiaques ?).
Mais Robert Jetten n'est pas quelqu'un de bien. Centriste typique brandissant le drapeau arc-en-ciel, il prévoit de réduire drastiquement la sécurité sociale du pays, appauvrissant les personnes handicapées, les sans-abri et les chômeurs, tout en augmentant massivement les dépenses militaires par l'imposition de ce qu'il appelle "une taxe sur la liberté".
En d'autres termes, c'est un connard rétrograde.
Mais tous les gros titres, et une grande partie de l'attention des libéraux, se sont concentrés sur sa sexualité et son âge, et non sur sa politique.
Amir Ohana
Amir Ohana est le président du Parlement israélien, la Knesset. Ohana est un fidèle de Netanyahu qui, en tant que ministre de la Sécurité publique sous Netanyahu, a supervisé l'infrastructure policière d'apartheid d'Israël. Il a si bien travaillé que Netanyahu l'a promu en 2022 à la tête du Parlement israélien.
Cela a été considéré en Israël comme un événement marquant. Pourquoi ? Parce qu'Ohana, dont les parents sont originaires du Maroc, est gay.
Son histoire et son orientation sexuelle ont été une aubaine pour les sionistes libéraux qui l'ont présenté comme un symbole des valeurs supposées tolérantes et ouvertes du pays. Ces "valeurs", bien sûr, sont l'apartheid et le génocide, deux pratiques auxquelles Ohana, en tant que président de la Knesset, contribue activement. Pourtant, comme tous les homosexuels en Israël, il est un outil essentiel, aux couleurs de l'arc-en-ciel, permettant de blanchir les crimes d'apartheid et de génocide commis par Israël.
Shabana Mahmood
Shabana Mahmood est la ministre britannique de l'Intérieur. Musulmane ayant participé à des marches pro-palestiniennes, Mahmood a qualifié Israël de puissance occupante, a plaidé en faveur du mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions et s'est jointe aux appels à la libération de la Palestine.
Mais tout cela a changé lorsqu'elle a pris goût au pouvoir. En tant que ministre de l'Intérieur, elle a soutenu avec véhémence l'interdiction de Palestine Action en tant que groupe terroriste et, en réponse à la récente décision de la Haute Cour jugeant cette interdiction illégale, elle a promis de faire annuler le jugement. Une personne vraiment détestable, dépourvue d'éthique, de valeurs et de morale.
Mais en matière de trahison de la Palestine et de ses coreligionnaires musulmans, Mahmood a de la concurrence.
Zia Yusuf
Zia Yusuf est le porte-parole chargé des affaires intérieures pour Reform, le parti d'extrême droite britannique. Musulman pratiquant et fils d'immigrés, il a promis, s'il était élu, de créer une agence de type ICE au Royaume-Uni afin de rassembler et d'expulser chaque année des centaines de milliers de personnes semblables à ses parents. Yusuf a évoqué à plusieurs reprises le rétablissement de "l'héritage chrétien" de la Grande-Bretagne.
Sajid Javid
Sajid Javid, fils d'immigrants pakistanais et ancien ministre de l'Intérieur britannique, est en concurrence avec Yusuf Zia Yusuf pour obtenir les faveurs des nationalistes blancs sur le thème "Je déporterais mes parents". Javid a récemment déclaré qu'il ne laisserait pas ses parents s'installer dans le pays aujourd'hui.
Peter Thiel
Peter Thiel, fondateur de Palantir, une entreprise spécialisée dans les technologies de guerre basées sur l'intelligence artificielle, sans doute l'organisation la plus dangereuse de la planète, est homosexuel. Son cofondateur, Joe Lonsdale, a récemment déclaré que la seule raison pour laquelle lui et Thiel ont créé Palantir est d'exterminer les communistes. Car les fascistes sont fidèles à leur caste, au capitalisme et à l'empire, et non à ceux qui partagent la même identité qu'eux. L'objectif de Thiel est de s'assurer que les fascistes hétérosexuels triomphent des antifascistes homosexuels.
Shabana Mahmood brandissant une pancarte "Free Palestine"
Scott Bessent
Trump compte plusieurs homosexuels dans son administration, dont le plus haut placé est Scott Bessent, le secrétaire au Trésor milliardaire qui a supervisé la campagne de guerre économique destinée à paralyser l'Iran. Des groupes militants ont demandé avec incrédulité comment un homosexuel peut se regarder dans le miroir en servant dans une administration anti-LGBT. C'est simple. Bessent est loyal envers l'empire, et non envers ceux qui partagent ses préférences sexuelles.
Safra Catz
Safra Catz est régulièrement citée en exemple en matière d'émancipation des femmes. En tant que PDG d'Oracle, l'une des plus grandes entreprises au monde, elle est décrite comme ayant "pulvérisé la loi du genre" pour les femmes dans le monde des affaires. Mais sous sa direction, Oracle a fourni plus de soutien matériel au meurtre de femmes que n'importe quelle autre entreprise de la planète. Ce soutien comprend le don de sept tonnes d'équipement militaire aux unités de l'armée israélienne à Gaza, un approvisionnement en serveurs et en logiciels pour faciliter le génocide, et l'organisation d'un hackathon pour les services du renseignement militaire israéliens pour développer des "solutions" technologiques en vue d'automatiser le génocide. Catz a également validé le versement d'un double salaire à tous les employés d'Oracle en Israël, y compris les réservistes, avec une garantie d'emploi pour ceux qui reprenaient du service après avoir participé au génocide. Catz, milliardaire et icône féministe, s'est impliquée dans des crimes de guerre et le meurtre de dizaines de milliers de femmes.
Barak Obama
Venons-en au pionnier de la politique identitaire libérale : Barack Obama.
L'homme noir qui a dirigé l'empire depuis une maison construite par des esclaves.
L'homme noir qui a fait passer l'ICE à la vitesse supérieure et a effectivement élaboré la machine à expulser de Trump.
L'homme noir qui a mis en œuvre l'impérialisme de manière aussi brutale et efficace que n'importe quel homme blanc. Peut-être même davantage, et sans grande opposition, précisément parce qu'il était noir.
Une idéologie dangereuse
La politique identitaire est une idéologie creuse et apolitique, dépourvue des valeurs qu'elle prétend incarner.
Mais surtout, elle est incroyablement dangereuse.
La politique identitaire a permis aux capitalistes et aux impérialistes de vendre une structure de relations sociales fondamentalement régressive et répressive comme une idéologie émancipatrice. L'identité primant sur le matériel a été un pilier central du succès du néolibéralisme : "Regardez ce politicien gay, ce chef d'entreprise gay, cette femme d'affaires PDG, cette pilote de chasse, ce président noir. Regardez tous ces changements !"
L'identité nous vend un loup déguisé en agneau.
Elle nous vend l'idée que les choses doivent s'améliorer si des groupes historiquement opprimés accèdent désormais au sommet de la structure des relations sociales de l'impérialisme. Mais ce n'est qu'une ruse conçue pour nous détourner de la seule frontière qui compte vraiment : la classe sociale. Nous et eux. Les élites vs le reste du monde.
Cela relève vraiment du génie.
Car si vous, en tant que gay, femme, noir ou immigrant, pouvez être persuadé que c'est l'identité qui compte plutôt que les intérêts de classe ou les relations sociales, vous adhèrerez à des politiques rétrogrades et réactionnaires prônées par ceux avec qui vous partagez une identité commune. Ce qui contribue à perpétuer le problème éternel des gens qui votent contre les intérêts de leur classe.
Et avant que quelqu'un ne se fâche : cela ne veut certainement pas dire que la discrimination fondée sur la couleur de la peau, la race, le sexe ou l'orientation sexuelle n'existe pas.
Elle existe bel et bien.
Mais cette discrimination, qui découle directement des structures de classe et du capital, a été instrumentalisée par les intérêts de la classe et du capital pour nous faire regarder vers le bas plutôt que vers le haut. Elle a été instrumentalisée par les partisans du statu quo pour pervertir les concepts de justice et réduire à néant les revendications légitimes en matière de justice.
Et bien évidemment, les membres de groupes historiquement opprimés peuvent être, et sont souvent, de bons dirigeants.
Mais il faut cesser de ne pas remettre en question les opinions politiques de quelqu'un en raison de son identité, comme nous l'avons vu avec Jetten, comme nous l'avons vu auparavant avec Obama et, dans une certaine mesure, comme nous le voyons avec Mamdani. Il est dangereux de partir du principe qu'une personne est forcément du bon côté de la barrière en vertu de sa couleur de peau, son genre ou sa sexualité. C'est une hypothèse propagée par le système de classes et le capitalisme pour saper les luttes en faveur d'une véritable justice. Déguisée sous le discours et l'apparence du progrès, cette hypothèse permet aux politiques fascistes et impérialistes de s'immiscer dans la pensée et le discours dominants.
Et cette incapacité à nous frayer un chemin à travers la politique identitaire repose sur la dépolitisation des citoyens, une dépolitisation si efficacement encouragée et orchestrée ar le néolibéralisme. Les relations sociales dépolitisées sont essentielles au succès de la politique identitaire, car elles occultent efficacement la réalité selon laquelle la classe sociale et le capital restent les clivages durables.
La fin du faux progrès annoncé par la politique identitaire et la réémergence d'une politique axée sur l'appartenance sociale et le capital sont essentielles aux progrès réels et une véritable justice pour les opprimés.
Traduit par Spirit of Free Speech