02/03/2026 legrandsoir.info  13min #306429

Le vrai danger gîte à l'Ouest

Maryse Laurence LEWIS

J'ai écouté la conférence intitulée "États-Unis, de pire empire", donnée à Montréal en janvier 2026. La conférencière, Élisabeth Vallet, enseigne au Collège militaire royal de Saint-Jean. Cette femme connaît bien la politique nord-américaine. Encore une fois, cependant, elle nous brandissait la menace venue de l'Est. La Russie, même sous le régime soviétique, n'a jamais été une menace pour l'Europe de l'Ouest. On s'y est toujours contenté de s'ingérer dans les contrées de l'Est. Tandis qu'en Europe de l'Ouest, tous les pays ont eu leur période de colonisation forcée, en Afrique, Asie, Amérique et Océanie.

On me dira que les énumérations que je vais faire sont connues, mais il existe encore des gens qui croient les États-Unis démocratiques. Un pays érigé sur les cadavres d'autochtones, l'esclavage d'Africains, l'exploitation d'Européens de l'Est en usines !

Après la doctrine Monroe de 1823, les États-Unis ont pris le Texas, le Nouveau-Mexique et la Californie aux Mexicains. Pour des partisans de la libre entreprise et de l'intervention minimale de l'État, ils se sont ingérés dans la politique étrangère, entre 1891 et 1915, une ou plusieurs fois, dans les pays suivants : Haïti, Chili, Nicaragua, Porto Rico, Cuba, Venezuela, République dominicaine, Colombie, Guatemala et Honduras. ¹

Ils sont entrés en guerre contre l'Axe pour empêcher les Japonais de dominer l'Asie du Sud-Est et, surtout, avoir leur part dans le partage de zones européennes. Les Anglais se sont fait bombarder en masse par les V2 de von Braun, alors que les dégâts en Normandie et en Bretagne ont été causés par l'armée des États-Unis qui bombardait tout ce qui encombrait son passage, pour éviter une confrontation inattendue avec les nazis. La guerre n'a pas été gagnée grâce à eux, mais au sacrifice de deux millions de Russes de l'armée rouge.

États-Unis versus Nazis

Par l'intervention nommée Operation paperclip, les États-Unis ont accueilli des centaines de scientifiques nazis, échappant au Tribunal de Nuremberg. Von Braun était du lot, ainsi que le premier directeur de la NASA, Kurt Debus. Tout ce que nous a donné la pseudo menace des Russes est la création de la CIA et de l'OTAN, qui font fi des lois et des accords internationaux.

Parler de démocratie aux États-Unis est une farce. Il faut des millions de dollars pour être candidat aux élections et seuls les Grand électeurs votent pour le président. Trump est excessif, mais ses prédécesseurs n'ont guère été mieux. Et Hillary Clinton n'est pas autre chose qu'une Dame de fer made in USA. Et Kamala Harris, avec son époux Juif, n'aurait pas amélioré le sort des Palestiniens de Gaza.

En ce moment, la menace ne vient pas des Russes, lesquels ont enduré pendant huit ans les bombardements venus d'Ukraine sur le Donbass, avant d'envahir ce pays. On a bousillé les Accords de Minsk et le vrai danger vient de l'Union Européenne qui veut continuer à armer les Ukrainiens, c'est-à-dire les endetter pour des années, tuer encore des civils, et se faire rembourser en négociant des droits sur leur pétrole, leurs mines et leurs terres fertiles. Tout comme les États-Unis avaient raison de ne pas tolérer de missiles soviétiques pointés de Cuba vers eux, les Russes n'ont pas à accepter que des missiles soient installés à la frontière entre l'Ukraine et leur pays. C'est tout à fait légitime. En 1867, s'il avait pu deviner l'avenir, le tsar Alexeï II n'aurait pas vendu l'Alaska aux États-Unis...

Voici un petit rappel de la politique états-unienne

Au Guatemala : les protestations des travailleurs, contre les abus de la United fruit company (devenue Del Monte) et des propriétaires terriens, menèrent à l'élection de Jacobo Árbenz, lequel sera victime d'un coup d'État en 1954. La guerre civile y durera pendant 36 ans. Ronald Reagan soutiendra Efrain Rios Montt, le dernier dictateur de cette période.

En Argentine : après le renversement de la Présidente Isabel Peron, en 1976, les États-Unis, sous Jimmy Carter, appuieront la dictature militaire de Jorge Videla qui prendra fin en 1983. Des milliers de gens, en particuliers des étudiants, ont été assassinés ou portés disparus. Henry Kissinger, alors Secrétaire d'État, connaissait les crimes commis par la junte et y contribuait avec le plan Condor.

En Bolivie : quoique ce gouvernement ait été militaire, le dirigeant Juan José Torres espérait améliorer la vie de la population, en organisant une Assemblée du peuple, composée de représentants ouvriers, enseignants, étudiants et paysans. Les États-Unis ont soutenu le coup d'État du général Hugo Banzer, en 1971, et lui ont apporté de l'aide militaire. En plus de torturer et faire disparaître des milliers de personnes, on abolit des syndicats et ferma des universités. Réfugié en Bolivie, Torres fut assassiné comme bien d'autres politiciens ou militants, lors de la répression exercée durant l'opération Condor, une campagne de planification d'assassinats commanditée par les États-Unis.

Au Brésil : en 1964, le Président João Goulart dû s'exiler en Uruguay, puis en Argentine, suite au coup d'État militaire appuyé par les États-Unis, au temps de John Kennedy puis de Lyndon Johnson. S'ensuivit une série de dictatures militaires.

Au Chili : Richard Nixon imposa des contraintes économiques, en vue d'entraîner une crise pouvant mener à la chute d'Allende, un socialiste aux réformes pourtant bien modérées. Trois militaires réussirent un coup d'État, dont Augusto Pinochet, lequel exerça une dictature jusqu'en 1986, grâce à l'appui du gouvernement états-unien, de la CIA et son amie Margaret Thatcher !

Au Costa Rica : voici l'unique fois où un gouvernement états-unien a rapidement retiré son appui à un dictateur, sous la présidence de Woodrow Wilson. En 1917, le ministre de la guerre Federico Tinoco renversa le président González qui espérait augmenter les impôts des citoyens fortunés et les redevances de la United Fruit ! Fait exceptionnel, les États-Unis ont contribué à chasser Tinoco peu après son coup d'État.

En Équateur : le Président Velasco Ibarra, du Parti communiste équatorien, conservant ses liens avec Cuba, fut renversé par un Coup d'État et remplacé par son vice-président Carlos Arosemena Monroy. Celui-ci n'étant pas davantage disposé à se soumettre aux diktats états-uniens, sera déchu par un nouveau coup d'État. Cette fois, c'est la junte militaire qui gouvernera avec l'appui des États-Unis.

Au Salvador : après de multiples gouvernements militaires, le peuple voulut se débarrasser de compagnies ‒ telle que la United Fruit ! ‒ qui exploitaient les paysans et les ouvriers. Des révoltes populaires éclatèrent. Encouragées par les discours de monseigneur Romero, assassiné en 1980, puis conduites par le "Parti Farabundo Martí de libération nationale", le pays subira une guerre civile de 1979 à 1992.

En Haïti : Papa Duvalier exerça une dictature de 1957 jusqu'à sa mort en 1971. Fiston Duvalier poursuivit son œuvre de corruption, en détournant à son profit l'aide internationale pendant des années. En 1986, face à la révolte populaire, les États-Unis forcèrent Bébé Doc à quitter le pouvoir. Il sortit indemne du pays, sur les ailes de la United Air Force et fut accueilli par la France, avec 900 millions de dollars US pris dans les caisses de l'État. Ce ne sera pas l'unique fois que la "république" française abritera un dictateur.

Au Nicaragua : en 1979, le Front de libération sandiniste parvint à se débarrasser du dictateur Anastasio Somoza. Ne pouvant continuer à soutenir le trop corrompu Somoza, les États-Unis se contenteront de lutter contre le gouvernement de Daniel Ortega, en finançant, formant et armant des contre-révolutionnaires.

Au Panama : en 1903, la France et les États-Unis contribuèrent à rendre le Panama indépendant de la Colombie. Ce qui permit à leur Compagnie franco-états-unienne de construire un canal, permettant de relier l'océan Atlantique et le Pacifique, sans naviguer jusqu'à l'extrémité du continent... Un chantier qui entraînera la mort de 22,000 ouvriers, et dont le peintre Gauguin sortira vivant. Peu après, le Président Omar Torrijos se montra favorable aux revendications des sandinistes nicaraguayens, et se mit à négocier l'expansion du canal avec des gens d'affaires... japonais. Sa mort "accidentelle" fut célébrée par le dictateur Manuel Noriega et ses souteneurs états-uniens.

Au Paraguay : de 1954 à 1989, les États-Unis encouragèrent le dictateur Alfredo Stroessner. Ses excès devenant compromettant, le Partido Colorado blêmit, à la suite d'un coup d'État appuyé par ses anciens alliés green go. En 2008, l'ex-évêque, Fernando Lugo, fut élu par un suffrage exceptionnel. Malgré ses réformes concernant la santé, l'éducation, il sera soustrait de ses fonctions sous des accusations non prouvées, s'étant malencontreusement opposé à l'exploitation de son pays par des multinationales.

Au Pérou : en 1962, le Président Victor Haya de la Torre fut démis avec l'aide de la CIA, mettant en place le dictateur Pérez Godoy. Très actifs dans cet ancien Eldorado, les responsables de la Central Intelligence Agency privilégieront la dictature d'Alberto Fujimori, de 1990 à 2000. Il sera finalement accusé de crime contre l'humanité et de corruption. Auxquels s'ajoutent les multiples stérilisations forcées de femmes indigènes : un projet subventionné par Henry Kissinger, sous le nom de Memorendum-200. Le militaire Vladimiro Montesinos, devenu premier conseiller de Fujimori et agent de renseignements, à la fois pour Fujimori et la CIA, lui, fut reconnu coupable de trafic d'armes.

En Uruguay : en 1973, un coup d'État mit un dictateur au pouvoir, en la personne de Juan Bordaberry, lequel s'empressa d'embaumer la Constitution et les syndicats.

Au Venezuela : en 2002, après avoir pris en otage le Président, légitimement élu, Hugo Chávez, les états-uniens durent le libérer, en raison de manifestations massives de la population. Sans relâche, les États-Unis aidèrent les opposants oligarques et nantis, en décrétant des embargos, causant des pénuries, en vue de soulever la population contre le successeur de Chávez, Nicolás Maduro. Compte tenu de l'appui populaire malgré tous leurs efforts, on décida de séquestrer Maduro en 2026.

Au Viêt-Nam : en 1956, un gouvernement autoritaire fut soutenu par les États-Unis. En 1963, un coup d'État eut lieu contre Ngô Dinh Diem. Alors que le "Front national de libération" socialiste, du Viêt-Nam Nord, tente de rallier le Sud, les États-Unis appuient la résistance à Saïgon. Ils sortiront du pays suite à un cessez-le-feu en 1973.

En Corée : pour contrer l'influence soviétique dans le nord, les États-Unis s'incrustent au sud. Le conflit persistera entre les deux contrées de 1950 à 1953. Et depuis 1948, la Corée du Nord est dirigée par la dynastie Sung...

À la Grenade : le gouvernement de Maurice Bishop améliora les conditions de vie des gens : consultations médicales gratuites, alphabétisation, prêts pour les agriculteurs, formation de coopératives, éradication des cultures de marijuana au profit des plantations vivrières... Pour ces efforts, on l'assassine en 1983, et une coalition menée par les États-Unis envahit l'île.

À Guam : cette île, située près des Philippines, fut reprise aux envahisseurs japonais et passa sous la mainmise des États-Unis. Ils la transformèrent en base militaire et en paradis fiscal.

Aux Philippines : au pouvoir de 1965 à 1986, Ferdinand Marcos fut particulièrement contesté en 1972, lors de sa lutte anticommuniste. Il décrète alors la loi martiale et est soutenu par les États-Unis, malgré l'emprisonnement de 70,000 opposants et 34,000 cas de victimes soumises à la torture. En dépit de la fatigue de ses conseillers ne pouvant plus endurer les frasques de Marcos, le cowboy de la Maison Blanche hésitait à trahir son ami... Durant son règne, Marcos aura détourné dix milliards de dollars du trésor national, pendant que la population crevait de faim. ²

La morale à tirer de ces dictatures

Il y a un point commun à toutes ces interventions, menées en habit de camouflage, portés par des opposants fortunés et des multinationales soutenus par les États-Unis : on ne tolère pas les gouvernements favorables aux intérêts du peuple.

Tous les présidents assassinés ou renversés émettaient des lois qui restreignaient la rapine des multinationales, avantageaient la population de classe pauvre ou moyenne, plutôt que les nantis. Et à chaque fois, pour justifier les invasions et l'augmentation du budget militaire, on brandissait la menace du communisme !

Les impardonnables rémissions de peine (à l'exception de deux justifiables) ³

La Constitution permet au Président des États-Unis d'accorder un pardon ou de commuer une peine de prison, à des gens condamnés pour un crime fédéral. (Non applicable en cas d'infraction des lois d'un État.)

C'est le premier président, George Washington, qui inaugura ce privilège en 1795. En pardonnant à deux condamnés à mort, suite à la "Révolte du whisky", un mouvement de protestation contre un impôt sur l'alcool !

Je tiens à souligner deux amnisties pour des motifs opposés : Andrew Johnson accorde une grâce complète aux soldats ayant servi dans l'armée du Sud esclavagiste... Alors qu'en 1977, Jimmy Carter, lui, amnistiait plus de 200,000 objecteurs de conscience, ayant refusé la conscription, lors de la guerre du Viêt-Nam.

En 1974, Gerald Ford accordait une grâce à Richard Nixon, suite au scandale du Watergate... et tous les crimes qu'il aurait commis pendant son mandat ! (En 1972, les membres du Parti républicain espionnaient ceux du Parti démocrate installés à l'immeuble nommé Watergate.)

En 2001, Bill Clinton gracie son demi-frère, Roger Clinton, condamné pour possession de cocaïne. Pire : il exempte de toute poursuite le milliardaire Marc Rich, un des hommes les plus recherchés par le FBI. Né dans une famille juive, ayant fui le nazisme vers États-Unis, il acquiert sa fortune en contournant les embargos internationaux : il maintient des relations commerciales avec l'Afrique du Sud durant l'Apartheid ; achète du pétrole à l'Iran pendant la crise des otages de 1979-81 ; pourvoie Israël en pétrole pendant l'embargo fait par l'OPEP. En 1983, les États-Unis le poursuivent en justice pour évasion fiscale, avec plus de 60 de chefs d'accusations : fraude, extorsion, corruption, délit d'initiés, violation d'embargos. Il s'enfuit en Suisse où on lui accorde l'asile. (Il possède la nationalités belge, états-unienne, israélienne, espagnole et suisse !) Le FBI tente de l'enlever sans y parvenir. Denise Rich, son ancienne épouse, finançait le Parti démocrate pour plus d'un million de dollars, et la campagne sénatoriale d'Hillary Clinton pour plus de 100,000 billets. Marc Rich, fondateur de l'entreprise Glencore qui contamine à l'arsenic, au plomb et cadmium des dizaines de pays et des milliers d'humains, put revenir libre aux État-Unis, par la grâce de Bill Clinton ! ⁴

En 1992, George H.W. Bush gracie l'ancien secrétaire à la Défense Caspar Weinberger, l'ex-conseiller à la sécurité nationale Robert McFarlane et quatre responsables impliqués dans la vente illégale d'armes made in USA à l'Iran, pour financer les Contras luttant contre les Sandinistes au Nicaragua.

En 2017, Barack Obama obtient la libération de Chelsea Manning, condamnée à 35 ans de prison par une cour martiale. En 2010, cette soldate avait transmis à WikiLeaks des centaines de milliers de documents confidentiels, militaires et diplomatiques. Elle doit se présenter régulièrement à la justice, pour son refus de témoigner contre Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks.

Joseph Robinette Biden a gracié son fils Hunter, même si celui-ci avait déjà plaidé coupable... Investisseur de fonds spéculatifs, de capital à risque, auparavant lobbyiste, banquier, avocat d'une société de lobbyistes. De 2014 à 2019, il fut membre du Conseil d'Administration de Burisma Holdings, gros producteur de gaz naturel ukrainien. Accusé de corruption par ses liens commerciaux en Ukraine, d'évasion fiscale et blanchiment d'argent, ces jolis antécédents culminent, avec la possession d'arme à feu sous l'influence de drogues ! Son père le gracie en 2024, alors qu'il risquait de 17 à 25 ans de prison selon les délits. ⁵

Trump a gracié ou réduit les peines de plusieurs alliés politiques, dont son ancien conseiller à la Sécurité nationale, Michael Flynn, coupable d'avoir menti au FBI lors d'enquêtes sur ses rencontres avec un ambassadeur russe, en vue d'un soutien à la candidature de Trump, un an avant les élections.

À l'image de ses prédécesseurs, experts en invasions sans cause, Trump exploite encore davantage le privilège de la grâce : il désire instituer "le pardon préventif".

Selon le quotidien New York Times, dès son premier mandat, Donald Trump souhaitait accorder une grâce préventive à ses enfants et à son gendre Jared Kushner ‒ déjà illégal selon la loi anti-népotisme ‒. (Notons que le père de Jared Kushner fut accusé de fraudes fiscales en 1981.) Tant qu'à y être, Trump voudrait se gracier lui-même, de crimes pour lesquels il pourrait être accusé durant son règne !

Pour finir, une petite anecdote française

En 1910, un parti féministe, dont aucune membre n'avait le droit de se présenter, fit accepter un homme déficient mental comme candidat. Elles le montraient au public, en disant qu'on ne permettrait pas à Marie Curie de se présenter en politique, mais qu'on accepte les idiots. ⁶
Oui, les idiots peuvent même devenir présidents. L'Histoire le confirme.

Maryse Laurence Lewis

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