03/03/2026 francais.rt.com  4min #306557

Meurtre de Samuel Paty : en appel, la justice française prononce des peines réduites

© Michael Evers/picture alliance Source: Gettyimages.ru

Des voitures de police devant le Palais de Justice de Paris, à l'occasion de l'ouverture du procès en appel pour le meurtre de Samuel Paty, le 26 janvier 2026 [Photo d'illustration].

Trois des quatre accusés, dans l'affaire du meurtre de Samuel Paty, enseignant décapité en pleine rue en octobre 2020 pour avoir montré lors d'un cours sur la liberté d'expression des caricatures du prophète Mahomet, ont vu leurs peines allégées en appel. Un écart incompréhensible pour la famille.

"On a l'impression que la cour a abandonné encore une fois Samuel". Au micro de RTL, ce 3 mars, Bernadette Paty, mère de Samuel Paty, enseignant décapité par un islamiste tchétchène en octobre 2020 à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), a  fait part de son émotion au lendemain du verdict rendu par la cour d'assises spéciale de Paris. La juge, qui n'a pour l'heure pas expliqué sa décision, a revu à la baisse trois des peines prononcées à l'issue du procès qui s'était tenu fin 2024.

La magistrate n'a en effet pas retenu le caractère terroriste à l'encontre des deux amis et complices du tueur. Reconnus coupables d'association de malfaiteurs terroriste (AMT), ils avaient été condamnés à 16 ans de réclusion criminelle en première instance. Le 2 mars, ils ont vu leurs peines réduites à 6 et 7 ans. Le père d'une collégienne, à l'origine de la campagne de haine qui avait visé l'enseignant, Brahim Chnina, a également vu sa peine passer de 13 à 10 ans de prison.

Un jugement "à mille lieues des réquisitions du parquet général", a souligné le quotidien Le Monde, mettant en avant qu'"en matière d'antiterrorisme, rares sont les procès en appel dont le verdict est plus clément qu'en première instance".

Seul le prédicateur Abdelhakim Sefrioui s'est vu à nouveau condamné à 15 ans de prison. L'avocat de ce dernier, Maître Francis Vuillemin, a dénoncé une justice antiterroriste "discriminatoire" ainsi qu'une condamnation "de toute la communauté musulmane française". Des propos dans la  droite de ligne de ceux qu'il avait tenus fin janvier en accusant face aux caméras Samuel Paty de "procéd[er] à la discrimination des élèves musulmans" lorsque celui-ci proposait aux élèves qui pourraient se sentir offensés par des caricatures de Mahomet de sortir de la salle de classe.

Un des complices d'Anzorov libre "dans quelques semaines"

"On ne comprend pas cet écart", s'est émue Bernadette Paty auprès de son intervieweuse qui venait de lui faire remarquer que l'un des complices du meurtre de son fils "va donc sortir dans quelques semaines". "Comment ces deux jeunes, qui sont allés avec lui acheter des armes, l'ont véhiculé jusqu'au collège, puissent être exonérés d'une peine exemplaire ? Ce n'est pas possible qu'ils n'aient pas été au courant de ce que voulait faire Anzorov" a poursuivi la mère du professeur assassiné.

Celle qui ne s'était pas prononcée jusqu'à présent de crainte que sa parole "puisse entacher en quoi que ce soit les procès qui allaient se dérouler" estime qu'"on est allés trop loin". "On a voulu salir à nouveau la mémoire de Samuel qui n'a fait que son travail", a-t-elle fustigé.

Professeur d'histoire-géographie, Samuel Paty avait projeté deux caricatures du prophète de l'Islam, issues du journal satirique Charlie Hebdo, une dizaine de jours avant son assassinat, lors d'un cours d'enseignement moral et civique sur la liberté d'expression. S'en était suivie une violente campagne de calomnie à l'encontre de l'enseignant sur les réseaux sociaux, à grand renfort des mensonges de l'une de ses élèves.

Lot de consolation pour les proches de Samuel Paty : la reconnaissance par la cour d'assises - selon eux - de cette "fatwa numérique" qui avait été lancée contre l'enseignant et qui avait abouti à son meurtre. Un "pas historique" qui "marquera l'histoire judiciaire", a salué l'avocate de la famille de Samuel Paty, Maître Virginie Le Roy. "L'association de malfaiteurs terroristes est devenue l'association de musulmans terroristes", a pour sa part dénoncé Me Francis Vuillemin, annonçant un pourvoi en cassation. Depuis ce meurtre, un  autre professeur, Dominique Bernard, a été tué en France dans des circonstances similaires, par un islamiste également originaire du Caucase et qui - selon un témoin - cherchait "un prof d'histoire".

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