04/03/2026 euro-synergies.hautetfort.com  4min #306649

La fermeture du détroit d'Ormuz est la dernière touche à un commerce maritime déjà fragilisé

Source:  mpr21.info

Le transport maritime est à nouveau confronté à une crise politique grave, à durée incertaine. Depuis les attaques contre l'Iran par les États-Unis et Israël, le centre géographique de la crise est la région du Golfe Persique, complètement isolée depuis que la Garde révolutionnaire a imposé un blocus aux navires souhaitant franchir le détroit d'Ormuz. Chaque navire reçoit une alerte radio indiquant que le franchissement est interdit.

Dimanche, trois petits pétroliers qui tentaient de naviguer dans ce détroit de 30 kilomètres de large, bordé au nord par la côte iranienne, ont été attaqués. En quelques heures, presque tous les navires tentant d'entrer ou de sortir de la zone ont décidé de changer de cap et de chercher un mouillage sûr. Il s'agissait de porte-conteneurs, mais aussi d'autres types de navires, tels que pétroliers, vraquiers transportant des produits chimiques ou alimentaires, y compris des méthaniers de gaz liquéfié.

Environ 170 porte-conteneurs de toutes tailles, représentant 1,4% de la flotte mondiale en termes de capacité de charge, sont bloqués dans les eaux du Golfe Persique, incapables de poursuivre leur route. D'autres ont regagné leurs bases.

Dans la flotte de CMA CGM, par exemple, une quarantaine de navires sont actuellement cloués dans le Golfe, et sept ont été déviés car ils ne pouvaient pas entrer dans la zone. Certaines compagnies, comme MSC et Maersk, ont suspendu leurs réservations de cargaisons destinées à cette zone, tandis que CMA CGM, depuis lundi, se limite à refuser les produits périssables.

Au total, 72 navires naviguaient encore dans le détroit d'Ormuz samedi, contre 116 la veille. Une réticence marquée est observée parmi les transporteurs d'hydrocarbures: seuls huit navires ont traversé dimanche la passe (7 pétroliers et 1 méthanier), contre une moyenne quotidienne de 55 à 80 navires dans les deux sens.

Le Secrétaire général de l'Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Domínguez, a dénoncé le blocus: "La liberté de navigation est un principe fondamental du droit maritime international et doit être respectée par toutes les parties, sans exception [...] Dans la mesure du possible, les navires doivent éviter de transiter par la région affectée jusqu'à ce que les conditions s'améliorent".

La fermeture affecte déjà de nombreux flux commerciaux. Les pays du Golfe importent la majorité de leurs biens de consommation, arrivant en conteneurs, ainsi que de nombreux produits alimentaires (céréales, riz, maïs, viande, etc.). Par ailleurs, ils exportent dans le monde entier, en plus du pétrole et du gaz, des marchandises et matières premières telles que l'aluminium, les fertilisants, l'ammoniac, le soufre et le polyéthylène.

Les ports du Moyen-Orient ne sont que des escales sur une route maritime beaucoup plus longue. Avant de traverser le détroit d'Ormuz, des ports comme Jebel Fakkan (Émirats arabes unis), Sohar et Duqm (Oman) pourraient remplacer les grands centres régionaux comme Jebel Ali, le port principal de Dubaï, ou Jalifa, à Abu Dhabi... si l'espace est suffisant pour tous les navires. Les itinéraires alternatifs pourraient rapidement congestionner les quais, même dans les ports asiatiques, perturbant une chaîne logistique très bien rodée.

Les compagnies maritimes ne peuvent éviter ces escales dans leur transport intercontinental, et laissent leur cargaison dans le port offrant l'option la moins dommageable, avant de la transporter par route jusqu'à sa destination finale.

De la mer d'Oman à la mer Rouge

Un autre point stratégique compromis par l'attaque de samedi est la traversée de la mer Rouge et du canal de Suez, qui donne accès à la Méditerranée. Plusieurs compagnies, dont Maersk et CMA CGM, avaient repris prudemment cette route depuis plusieurs mois, pour éviter les importants détours par le sud de l'Afrique, imposés depuis octobre 2023.

Mais les répercussions de l'agression militaire mettent également fin aux espoirs d'un retour massif du transport maritime de conteneurs dans la mer Rouge cette année. Les Houthis, situés à l'entrée de la mer Rouge, dans le détroit de Bab El Mandeb, à 2000 kilomètres au sud du canal de Suez, ont averti que les premiers attaques pourraient commencer très bientôt.

Les missions d'escorte avec des frégates, comme la mission européenne Aspides, avaient déjà subi des coupes budgétaires.

Les conséquences de cette agression impérialiste entraîneront une militarisation accrue du commerce et anéantiront l'espoir d'un retour massif du transport maritime de conteneurs dans la mer Rouge. La déviation par l'Afrique du Sud va se poursuivre longtemps, faisant monter les prix sur tous les marchés mondiaux.

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