
Pendant que l'agression américano-israélienne embrase le Moyen-Orient et sature les média, la Chine, tout en restant vigilante à l'actualité, poursuit méthodiquement son processus de gouvernance à long terme. Le 4 mars, s'ouvre la session annuelle du plus haut organisme consultatif politique chinois, les "Deux Sessions".
C'est lors de ce rendez-vous que sera définitivement adopté le XVe Plan dont 2026 marque le lancement et que j'ai détaillé à l'occasion de la tenue du 4ème Plenum du 20ème Comité Central du PCC en décembre dernier.
Si le monde reste sidéré par l'actualité du Moyen-Orient, les décideurs politiques, les investisseurs et les géopolitologues seront extrêmement attentifs aux débouchés des Deux Sessions de Pékin en matière d'économie et d'orientation stratégique, y compris cette année la place qui sera donnée aux commentaires sur la situation au Moyen-Orient.
Dans cet article (à paraître cette semaine), je réponds aux questions du GB Times, dans le contexte des Deux Sessions, sur le concept de "démocratie populaire intégrale" qui caractérise le mode de gouvernance en Chine en le mettant en perspective avec celui des démocraties occidentales.
Jean Pégouret
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GB Times : La quatrième session de la 14ème Assemblée populaire nationale et la quatrième session du 14ème Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois s'ouvriront respectivement à Beijing les 5 mars et 4 mars 2026. En tant que fenêtre importante pour que le monde observe la démocratie populaire intégrale en Chine, comment pensez-vous que les "Deux Sessions" reflètent cette forme de démocratie ?
Jean Pégouret : Les deux réunions sont un moment très important de la gouvernance de la Chine. Elles sont observées par les dirigeants et les décideurs du monde entier car elles définissent les orientations de la Chine, désormais première puissance mondiale en termes de croissance économique et de progression sociale de sa population. Non seulement la Chine est le premier marché mondial avec ses 1,4 milliards d'habitants dont le niveau de vie a rattrapé en termes de pouvoir d'achat celui des pays occidentaux, mais surtout, a réduit les inégalités et la pauvreté par rapport à ces mêmes pays. Les "Deux Sessions" sont un exemple de gouvernance démocratique pour le reste du monde. Les décisions qui y sont prises ne sont pas, comme dans les démocraties multipartites, le fruit de longues confrontations d'opinions entre des partis dont le but est d'affirmer leur influence et de prendre ou conserver le pouvoir. Cette problématique n'est pas celle du Parti Communiste Chinois qui n'a de compte à rendre que devant le Peuple. Les décisions adoptées sont le fruit de l'expérience et de l'expérimentation comme le XIème Congrès l'avait affirmé : "le critère de la Vérité, c'est l'épreuve des faits", et non pas l'idéologie ni la lutte pour la conquête du pouvoir au profit d'élites dirigeantes politiques et financières souvent étrangères au pays, contre le Peuple.
GB Times : Marquant le début du 15ème plan quinquennal, les deux sessions nationales de 2026 suscitent des attentes particulières. Du point de vue de la planification à long terme, comment le gouvernement chinois, à travers le modèle de gouvernance de la démocratie populaire en tout temps - caractérisé par la consultation, la participation et le retour d'information sur les politiques - parvient-il à mieux aligner les politiques sur les objectifs de développement à long terme et les besoins immédiats de la population ?
Jean Pégouret : Le gouvernement chinois, à travers le modèle de gouvernance de la démocratie populaire en tout temps, a démontré qu'il assurait un alignement efficace entre les objectifs de développement à long terme et les besoins immédiats de la population en adoptant une approche intégrée et participative.
Préalablement à l'élaboration des politiques, le gouvernement consulte divers acteurs - experts, représentants des secteurs industriels, organisations de la société civile et citoyens ordinaires - pour recueillir des avis diversifiés et s'assurer que les politiques reflèteront les préoccupations et les aspirations de la population.
Les citoyens sont encouragés à apporter leur contribution à travers les assemblées populaires, les consultations politiques et les plateformes en ligne. Cette participation directe permet de s'assurer des besoins réels de la population.
Une fois les politiques mises en œuvre, des mécanismes de retour d'information permettent d'évaluer leur impact et de les ajuster si nécessaire pour corriger d'éventuelles lacunes et s'assurer qu'elles restent appropriées et efficaces.
Enfin, le gouvernement élabore les plans quinquennaux et les stratégies à long terme dans la transparence et la responsabilité.
L'ensemble de ce processus permet au gouvernement chinois à la fois de satisfaire les besoins immédiats de la population et d'assurer une croissance durable et harmonieuse.
GB Times : Il est dit que la démocratie populaire intégrale est la démocratie socialiste la plus large, la plus authentique et la plus efficace. Comment comprenez-vous ces trois termes ?
Jean Pégouret : Ce que vise la démocratie populaire intégrale, aspect important de la démocratie socialiste chinoise, s'inscrit dans l'action du Parti communiste chinois au service du Peuple. Les trois termes évoqués le confirment. "La plus large" indique que tous les domaines des affaires de l'État et de la société sont ouverts à la participation du Peuple. "La plus authentique" signifie que, sous la direction du Parti communiste, les droits et les intérêts légitimes du Peuple sont protégés et que le Peuple peut s'exprimer par divers canaux au lieu de subir des décisions qui iraient à leur encontre. "La plus efficace" est le résultat du constat que la Chine, sous la direction du Parti communiste, a réalisé un développement rapide et stable marqué par la qualité et la rapidité des prises de décision, de leur mise en œuvre et de leur contrôle.
GB Times : Certains soutiennent que les systèmes démocratiques occidentaux existants présentent des "défauts génétiques". Comment percevez-vous ces "défauts" ? Par rapport à la démocratie occidentale, quelles sont les différences et les avantages de la démocratie chinoise, notamment en termes de stabilité de la planification à long terme ?
Jean Pégouret : "Consubstantiel" serait plus pertinent que "génétique", sinon, on pourrait se voir reprocher d'alléguer que certaines populations seraient prédisposées à être dotées de défauts inscrits dans leurs gènes.
Il est préférable d'invoquer l'histoire en remontant à une séparation en philosophie politique qui s'est opérée aux deux extrémités du contient eurasiatique à peu près à la même période de l'Antiquité, débutant au Ve siècle avant J-C. pour répondre à des situations de conflits similaires, guerres entre cités grecques en Occident et entre Royaumes combattants en Chine. Les deux régions devaient répondre à la nécessité de survivre militairement et de définir une efficacité administrative permettant la paix sociale et la stabilité de la vie en général.
En Chine, un penseur comme Xun Zi affirmait que "la nature humaine est mauvaise", ouvrant la porte au légisme. Han Fei Zi concluait qu'il fallait "gouverner par la loi, non par la vertu". Le légisme a ainsi été adopté lors de l'unification de la Chine à l'époque Qin complété plus tard par le confucianisme. Ces deux philosophies ont marqué la gouvernance de la Chine encore aujourd'hui, y compris dans la démocratie communiste.
En Occident, Aristote définissait l'homme comme un "animal politique" porté à vivre en société. Socrate et Platon pensaient que l'éducation pouvait rendre les citoyens vertueux. C'est ainsi que la démocratie représentative est née dans les cités grecques mais en excluant les femmes, les esclaves et les "métèques" (individus résidant dans la cité mais venus d'ailleurs). Les monarchies de droit divin se sont également développées, appuyées plus tard sur le christianisme. Mais jusqu'à l'époque des Lumières où l'influence de la Chine était soulignée par Voltaire et Leibnitz, les élites occidentales étaient héréditaires alors qu'en Chine, elles découlaient de la méritocratie des examens impériaux.
Aujourd'hui en Occident, les républiques et les monarchies constitutionnelles se sont généralisées mais toujours basées sur le multipartisme. Le problème "consubstantiel" à ce système est que la désignation de ceux qui débattent et prennent les décisions est liée à leur élection, donc à la satisfaction qu'ils donnent à leurs électeurs propres, à ceux qui soutiennent financièrement leur campagne électorale. Et pire, des intérêts financiers non élus font et défont les gouvernements ou même rendent des pays ingouvernables.
Au nom de la liberté et du marché, voire de règles communes d'intégration dans un ensemble multinational, il n'est plus possible dans les pays européens par exemple, de projeter l'avenir par un système de plan quinquennal qui avait pourtant fait ses preuves à l'issue de la deuxième guerre mondiale.
C'est en mettant ces carences consubstantielles aux démocraties occidentales que sont mis en lumière les avantages incontestables de la démocratie chinoise en termes de stabilité et de planification à long terme.
GB Times : La démocratie est un instrument pour résoudre les problèmes qui préoccupent le peuple. Comment la démocratie populaire intégrale a-t-elle offert la sagesse chinoise pour résoudre les problèmes auxquels l'humanité est confrontée ?
Jean Pégouret : La Chine a permis, jusqu'aux Guerres de l'Opium, d'enrichir les commerçants des pays occidentaux, comme leurs colonies. Depuis l'Ouverture et la Réforme, les produits chinois ont offert du pouvoir d'achat aux classes peu aisées de ces mêmes pays et au reste du monde. Les droits de douane sont une façon de capter ce petit avantage au détriment des classes défavorisées sans pour autant leur donner du travail.
Dans le système chinois, le mécanisme de prise de décision est scientifique, démocratique et rapide et non pas le fruit de combats idéologiques et partisans. Sous la direction du Parti communiste chinois, les intérêts de toutes les parties sont pris en compte afin de réaliser un développement rapide et à long terme dans le cadre de l'État de droit.
Les ressources du pays ne sont pas gaspillées en prébendes accordées à des élites qui dépendent de leurs électeurs ou financeurs au détriment du Peuple. La capacité de la démocratie chinoise à concentrer les forces et le temps a permis de réaliser de grandes choses dans le domaine de la qualité de vie et d'apporter une expérience précieuse à la communauté internationale.
Depuis plusieurs années, j'affirme que la Chine est passée du statut d'"Atelier du monde" à celui de "Laboratoire des idées pour le monde". C'est pourquoi, je souhaite que la coopération entre la Chine et les autres pays privilégie désormais le domaine de la gouvernance. N'oublions pas que le premier "Siècle des Lumières" avait été inspiré par la Chine.