
Par Michael Brenner, le 6 mars 2026
Comment faire face au fou furieux américain qui rôde de par le monde...
Avec Trump, l'Amérique s'apparente à un fou furieux rôdant de par le monde. Il attaque férocement quiconque se met en travers de sa route, envahit son univers mental détraqué et rechigne à satisfaire ses désirs.
Si vous vivez au Moyen-Orient, vous êtes en permanence sous la menace du bâtard tout aussi dépravé et sanguinaire qui sévit à Jérusalem.
Comment affronter cette menace ? Tuer la bête est une option théorique. Mais elle semble peu réalisable au regard des capacités hors normes de la créature. Toute tentative militaire pour l'éliminer mettrait en péril la survie de toutes les parties. Ce pouvoir le rend difficile à capturer et à enfermer.
Reste donc à envisager des stratégies incitant le monstre à s'autodétruire. Son comportement névrotique pourrait ainsi se retourner contre lui et le ronger de l'intérieur.
Pour accélérer le processus, les populations de la communauté internationale doivent exercer une pression maximale sur sa pathologie en lui infligeant une douleur physique en représailles à chaque crime commis.
Le malmener, comme les talibans et les Irakiens l'ont déjà fait. Le faire saigner, comme le font les Iraniens. Saper son sentiment de toute-puissance, comme l'ont fait les Chinois en tirant parti des ressources en terres rares.
Le soumettre à un déluge de sarcasmes et de moqueries. Le tourmenter psychologiquement via l'insulte et l'humiliation, chaque fois que l'occasion se présente et par tous les moyens possibles.
Recourir aux tactiques du picador pour semer la confusion, harceler, déstabiliser et désorienter. Jouer sur l'insécurité et son ego surdimensionné. Lancer des initiatives inattendues pour lui faire perdre pied.
Il faut être prêt à consentir des sacrifices pour défendre l'intégrité nationale, si celle-ci est menacée (l'exemple ultime étant le sacrifice de l'ayatollah Khamenei pour galvaniser la résistance chiite face à l'offensive israélo-américaine).
Certes, une stratégie de confrontation implique d'endurer une part inévitable de souffrance et de préjudice. Mais c'est l'unique alternative pour éviter d'être dévorés un par un par le démon.
La stratégie suggérée présente toutefois un certain avantage potentiel.
Elle augmente les chances, aussi minces soient-elles, d'une réinitialisation du système immunitaire de la bête, qui pourrait alors générer les anticorps susceptibles de guérir la maladie, ou du moins d'atténuer les symptômes comportementaux dévastateurs.
À qui de droit
Le président Donald Trump à Riyad, en Arabie saoudite, le 13 mai 2025. (Maison Blanche /© Daniel Torok)
Cette approche stratégique, conçue pour contrer les manœuvres de plus en plus téméraires des États-Unis pour soumettre d'autres États à leur volonté et à leur contrôle, ne cible personne en particulier. Elle s'adresse simplement à "qui de droit".
Mais lorsqu'on se demande qui pourrait bien revêtir l'armure et brandir l'épée, les candidats sont rares et insaisissables.
Les nations de la vieille Europe ? L'idée seule est risible, vu leur statut de sous-fifres de l'Amérique de Trump. Des dirigeants serviles comme Keir Starmer, Emmanuel Macron ou Friedrich Merz ? Ursula von der Leyen et Mark Rutte n'osent même pas, en présence de "Daddy", détacher le regard de leurs mocassins pour croiser celui de Trump.
Et l'Inde ? Le Premier ministre Narendra Modi a brillamment discrédité la prétention de l'Inde au statut de grande puissance en se précipitant à Jérusalem pour se prosterner devant Netanyahu, quelques heures avant qu'Israël n'agresse l'Iran.
Il n'a cherché qu'à s'attirer les faveurs du clan Bibi à la Maison Blanche et de la clique sioniste au Congrès, dans l'espoir vain que Washington allège les conditions de son racket économique, auquel Modi est incapable de résister. Une grande puissance ne peut vraiment pas se permettre un comportement aussi lâche et complaisant.
Le Japon ? Après 80 ans de politique étrangère sensée et mesurée, Tokyo, sous sa direction actuelle, affiche une puissance militaire croissante, avec l'objectif déclaré de servir d'auxiliaire aux États-Unis pour défendre vaillamment Taïwan/Formose, désormais officiellement considérée comme partie intégrante de la zone de sécurité nationale vitale du Japon.
Il ne nous reste donc plus que la Chine et la Russie, qui, agissant de concert, pourraient s'opposer aux États-Unis en suivant une stratégie globale de résistance et de concurrence. C'est donc à vous, président Xi Jinping et président Vladimir Poutine, que s'adresse ce message.
Pour l'instant, cette hypothèse semble peu probable. Voici toutefois les questions clés :
- 1. Reconnaissent-ils le Léviathan que sont devenus les États-Unis, la menace pour leur prospérité et l'ordre international stable qu'ils représentent, et l'intransigeance de leurs élites qui exclut tout compromis diplomatique ?
- 2. Sont-ils prêts à s'engager dans un combat ouvert et total, comme l'exige l'ampleur du défi ? À ce jour, leurs réponses sont plus implicites qu'explicites et susceptibles d'évoluer selon l'évolution de la situation intérieure et extérieure. Nous ne pouvons que tirer des conclusions basées sur les indices actuellement disponibles.
1. Xi semble avoir une compréhension plus claire que Poutine des motivations qui sous-tendent les actions américaines. Bien que très rationnel et objectif dans ses réflexions et actions, Poutine semble néanmoins accorder de l'importance à des relations plus ou moins cordiales avec les États-Unis, malgré la duplicité chronique et l'absence flagrante de bonne volonté de ses interlocuteurs.
2. Ni la Russie ni la Chine ne sont prêtes à prendre les armes pour lutter contre des États-Unis déterminés à s'engager dans une aventure impériale et à éliminer leurs deux rivaux de taille, pour des raisons complexes et diverses. L'Ukraine et Taïwan sont les deux seuls points où la confrontation suscite une opposition implacable.
La stratégie de retenue et de patience de Moscou et Pékin comporte un double danger.
Le rythme effréné de l'expansion et l'intensification de la campagne de domination mondiale de Washington risque de réaliser ses ambitions mégalomanes avant que ses rivaux potentiels n'aient pu se mobiliser pour l'en empêcher.
Par ailleurs, l'imprudence d'un leadership américain instable, enhardi par la passivité des anciens, pourrait entraîner une crise majeure où l'enjeu involontaire concernerait l'intégrité nationale, avec le spectre d'une guerre cataclysmique en toile de fond.
L'Iran laisse déjà entrevoir l'hypothèse hautement préoccupante selon laquelle Israël, gouverné par des extrémistes messianiques confrontés aux limites de leur viabilité en tant qu'État, pourrait opter pour l'arme nucléaire, anéantissant tout espoir de survie. L'Iran pourrait même menacer d'y recourir s'il prenait l'envie aux Américains d'envahir l'Iran par voie terrestre.
Traduit par Spirit of Free Speech
* Michael Brenner est professeur émérite d'affaires internationales à l'université de Pittsburgh et membre du Center for Transatlantic Relations à la SAIS/Johns Hopkins.